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ANNALES
DE LA
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION
DU
DÉPARTEMENT DES VOSGES.
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ANNALES
DE LA
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION
DU
DÉPARTEMENT DES VOSGES.
TOME CINQUIÈME.
PREMIER C AH 1ER.
ÉPINAL,
CHEZ GLEY, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ.
4843 .
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MARVARD COLLEGE LIBRARY
INGRAHAM FOND
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ANNALES
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION
DU DÉPARTEMENT. DES VOSGES.
SÉANCE PUBLIQUE
DU 2 MAI 1843 ,
LENDEMAIN DE LA FÊTE DE SA MAJESTÉ.
Conformément à l'annonce du programme publié
par ordre de la Société, la séance publique et annuelle
a eu lieu le 2 mai , à a heures après midi , dans la grande
salle de l'Hôtel-de-Ville , sous la présidence de M. le
Préfet , et au milieu d'un nombreux concours des ha-
bitants de la localité et du département. On remarquait
parmi ces derniers , MM. Lenfant , président du comice
de Mirecourt , Husson , membre du même comice,
et le premier des lauréats , Houel aîné , secrétaire du
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ANNALES
comice de Saint-Dié, Lequin (Frédéric), vice-pré-
sident du comice de Neufchâteau , tous deux lauréats,
et un grand nombre d'autres membres des comices du
département.
M. le président a ouvert la séance par un discours
plein d'entraînement et de chaleur qui a vivement élec-
trisé l'assemblée.
M. le président a donné ensuite la parole à M. Leroy,
avocat, membre titulaire, chargé deprésenterle compte-
rendu des travaux de l'année.
M. Mansion , membre titulaire , a ensuite obtenu la
parole pour une pièce de vers dont la lecture a excité
une vive sympathie.
Enfin , la parole a été donnée à M. Briguel pour la
lecture du rapport sur les primes décernées dans celte
séance.
Immédiatement après la lecture de ce rapport, M. le
président a procédé à la distribution des primes et des
médailles.
Le Secrétaire perpétuel , L. BRIGUEL.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMOLATIOH.
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DISCOURS D’OUVERTURE
PAB U. DE LA BERGERIE ,
PRÉFET DES VOSGES , PRESIDENT DE LA SOCIÉTÉ.
Messieurs ,
Si nous portons nos regards en arrière, vers
ces douze mois qui viennent de s’écouler, nous
retrouvons les plus grands sujets d’affliction.
Le 8 mai , un chemin de fer brûle et dévore
ceux qui le suivent pour leur plaisir; le 1 3 juillet,
des chevaux emportés brisent la vie d’un Prince
que le cœur adore , que l’esprit admire , que
la raison vénère; le 8 lévrier, chez nos frères
d’outremer, une ville, une population s’abîment
dans les fissures d’une terre embrasée.
Nous avons gémi, nous avons pleuré, nous
avons porté secours, et pourtant, au milieu de
ces grandes infortunes , au pied de ce trône d’où
tombaient de saintes larmes , nous nous sommes
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abkalk
relevés, nous nous sommes rappelé nos devoirs,
et regardant tour à tour le ciel et le pays , dans
un sentiment tout à la fois religieux et patrio-
tique , nous nous sommes dit : ne désespérons
point; dans les malheurs d’un peuple, le courage
se retrempe ; dans le spectacle des infortunes
royales, le dévouement et la fidélité se ravi-
vent; dans les rudes épreuves qui frappent un
pays, les vertus natives de ses citoyens se mon-
trent toujours plus belles et plus fortes.
Ces profonds regrets, ces saintes émotions,
ces larmes, mais en même temps cette rassurante
fermeté, tout cela vous a saisis, car, j’en suis
sûr, jamais vous n’avez cessé de conserver en
vous le sentiment de ces secrets consolateurs,
qu’une Société comme la vôtre porte heureu-
sement dans son sein; jamais, au milieu de ces
déplorables secousses , vous n’avez perdu de
vue, ni l’idée créatrice de votre Société, ni la
pensée intime de ses travaux, ni leur haute portée,
en regard de l’ordre , de l’action constamment
réparatrice et de la .sociabilité; et jamais, pour
tout dire, vous n’avez cessé de retrouver en
vous cette force particulière qui n’est autre que
le courage de la raison.
C’est beaucoup : cette grande pensée est à elle
seule l’éloge de votre compagnie. Elle l’est ,
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#•»
»
DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
parce que c’est dans les associations qui ont pour
but le bien-être de l’homme, que s’incrustent
davantage les mœurs solides et la foi stable pour
les institutions, sau ve-garde de l’ordre et de la
paix chez tout un peuple.
C’est dans le sens de ces graves pensées que
le moraliste sait faire sortir du malheur même
les plus hauts enseignements ; c’est lorsque le
calme est revenu , lorsque la résignation et l’es-
pérance ont ressaisi les cœurs, lorsque le dévoue-
ment et la tendre sympathie ont adouci les hautes
infortunes d’un Roi , d’un père , d’une mère ,
d’une veuve désolée , lorsque la charité , cette
vertu de céleste origine, a travaillé au secours
des malheureux, c’est alors que l’on se prend
à reconnaître le bienfait de c es centres de savoir,
de ce6 forges intellectuelles où le bien se repro-
duit avec constance et sous toutes sortes de (ormes ,
grâce à la garde de ce feu sacré qui a le nom
de savoir, grâce à cette ardeur de progrès et
d’application qui transforme en résultats utiles,
les idées, les inventions, les découvertes.
C’est un enchaînement : mais , Messieurs ,
l’anneau est fort qui rattache une Société comme
la vôtre à la grande société française ; qui relie
vos travaux à ce qu’il y a de plus désirable pour
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AHNALCS
le bonheur des populations : à la sagesse dans
les résolutions , à la grandeur dans les oeuvres ,
à l’abondance dans les produits.
Je ne flatte point; je n’adresse point ces pa-
roles à votre Société comme l’harmonie d’une
phrase élogieuse : ce que j’exprime ici est sincère
et sérieux. Tout le monde aujourd’hui rend
justice à vos travaux ; tout le monde reconnaît
l’utile influence que vous exercez dans ce dé-
partement; tout le monde reconnaît que vous
vous êtes placés à cette hauteur respectable des
bonnes associations où le bien se fait , où , quel
que soit le mouvement du dehors , le bien se
retrouve, comme le principe chimique au fond
du récipient de la science.
Une compagnie telle que la vôtre, Messieurs,
dont tous les membres sont animés de la même
pensée et vivent du même culte, est en même
temps l’heureüx symbole d’une douce frater-
nité , et c’est précisément cette analogie , si sen-
sible chez vous, des liens de l’association avec
ceux de la famille qui, quelquefois, doit vous
rendre certaines pertes plus cruelles.
Vous .comprenez que je veux rappeler une
mémoire chère à vos cœurs, que je veux vous
parler du digne Parisot, du respectable vieil-
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
lard qui , pendant si longtemps , fat Pâme de
cette compagnie, et dont cette cruelle année 1842
a terminé l’utile et belle carrière.
Pour la première fois, depuis bien des années,
il manque à cette place; pour la première fois
son oeil vigilant ne suit pas avec une tendresse
paternelle les détails de çette cérémonie de
famill e ; pour la première fois , hélas ! ce ne sera
pas lui qui , à la fin de la séance , et d\ine voix
ferme et bonne comme Pespérance , viendra vous
dire : à revoir!
Le père Parisot (et que ce nom de père,
d’une si touchante familiarité , demeure à sa
mémoire ! ) , le père Parisot brillait au milieu de
nous de toute la verdeur de Pâme la mieux
trempée. Il réalisait ce mot de Cicéron ; « que
» les facultés de Pesprit restent aux vieillards
» dont le travail et Pétude éveillent sans cesse
» l’intelligence. » Belle pensée et qui , par son
admirable rencontre, devrait être textuellement
creusée sur l’une des faces du monument que
notre piété va faire élever à la mémoire du vieux
Parisot. Manent ingénia senïbus , modo per-
maneant studium et industrice .
C’est que vraiment M. Parisot n’avait jamais
cessé de travailler , d’apprendre , de recueillir.
Semblable à nos fleuves vosgiens, parti humble
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ABSAIÆS
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de sa source , il s’était enrichi de savoir , il avait
grandi. De toutes parts, sur son chemin, des
affluents , quelquefois larges et puissants , quel-
quefois légers comme la goutte de rosée , mais
toujours tributaires, lui avaient profité • et le
jour où il arriva vers l’océan de cet avenir où
Dieu nous tend les. bras, il pouvait glorieuse-
ment lutter de force et de grandeur avec l’image
que je viens de vous offrir.
Les traits saillants du caractère de cet homme
de bien étaient la persévérance et la bonté.
La persévérance , non cette tendance irréflé-
chie que la sagesse ne saurait admettre , mais
celle qui se marie avec bonheur à la philoso-
phie ; celle qui vise au bien , qui demande aux
essais la lumière de l’expérience et la rigueur
de la démonstration. 11 savait d’ailleurs , ce vieil-
lard contemporain de tant de grandes décou-
vertes , avec quellé peine les ouvriers de la
science parviennent à foire admettre l’œuvre de
leur génie et la pratique des hautes innovations.
La bonté? mais cette bonté du père Parisot
est chez nous proverbiale. Tous ici nous pour-
rions en révéler mille traits pleins de charme et
de délicatesse ; et, je l’avoue , j’aurais peut-être
cédé à l'entraînement de ces révélations et à l’in-
térêt d’une telle biographie , si je n’eusse su que
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ta
DE LA SOCDÉrf D'ÉMULATIOK.
tout à l’heure un de nœ collègues, dans quelques
pages remplies de sensibilité et de judicieuses
remarques , devait présenter à votre souvenir
l’ensemble et les détails d’une vie qui se résumé
dans ces deux mots : le bien du pays et l'honneur
de la science !
Je me suis arrêté avec bonheur sur cette gloire
d’un homme, parce qu’elle fut réellement la gloire
de votre compagnie , parce que M. Parisot con-
tribua pendant bien des années et plus que per-
sonne , à Vous placer comme point central d’étude
et de savoir, au milieu de ce bon pays des Vosges
où, grâce à vous et à lui, beaucoup de bien a été
&it, où beaucoup de bien est en bonne voie de
se faire encore.
Son excellent esprit et sa sagesse pratique lui
avaient fait comprendre un des premiers, que
des avantages certains devaient surgir de la créa-
tion des comices agricoles parmi noos.
Il avait vu avec beaucoup de bons esprits que
la forcé même des choses faisait naître cette
institution , et qu’elle était à la science propre ce
que le laboratoire est à l’œuvre chimique.
A une époque où la terre , cette première base
des richesses sociales, est devenue de toutes parts
un sujet d’études et d’expérimentations , il avait
reconnu qu’il était naturel que des associations se
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AKHAU&
formassent avec mission , non plus seulement de
raisonner ou d’écrire , mais avec mission d'entrer
dans le guérét, de suivre le sillon , de surveiller
de près la croissance et les progrès du bétail,
d’apprécier les races , de les régénérer , de recon-
naître les vices des cultures, de transformer les
vieilles pratiques en moyens nouvellement éprou-
vés , de répandre pour ainsi dire de leurs mains
les bons engrais et les bons semis.
Tant de bien, Messieurs, le père Parisot l’avait
admirablement pressenti ; il m’en avait éntretenu ;
et quand la mort nous l’a enlevé, une grande
partie de ce bien se trouvait réalisé par les comices
de Coussey et de Neufchâteau, et surtout par
ceux de Mirecourt et de Saint -Dié.
Ces comices , Messieurs , sont ce que je viens
de dire. Leurs assemblées se tiennent en plein
champ , sous le ciel , ce pavillon de l’homme ,
comme le disait votre Gilbert , et dans quelques-
uns de ces sites ravissants , comme savait les
peindre cet autre vosgien ,' Claude le Lorrain.
Là, sans aucune des préoccupations que don-
nent souvent aux esprits les plus sages, des théo-
ries préconçues et l’opinion des livres , les
membres du comice raisonnent entr’eux , comme
de bons cultivateurs, au milieu de leurs troupeaux,
de leurs charrues, de leurs cultures, de leurs
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOH. 15
récoltes. Ils se transportent à l’instant d’un point
à un autre de leur modeste circonscription; ils
recueillent les laits , les discutent , en apprécient
les conséquences probables, et répandent avec
l’intelligence du métier les bonnes méthodes et
les procédés éprouvés.
N’est -ce donc pas une œuvre d’action, laite
pour compléter la noble tâche à laquelle se sont
vouées depuis long-temps les sociétés telles que
la vôtre ? Un comice comme celui de Mirecourt,
par exemple, n’est -il pas une sorte d’enquête
perpétuelle sur les questions qui vous occupent
journellement dans l’intérêt du pays ? Mais
qu’ai-je besoin aujourd'hui de faire devant vous
de pareils appels à la réflexion? N’est- ce pas
paraître douter ? Et qui donc doute aujourd’hui
de l’effet des comices agricoles, soit comme
moyen direct d’action, soit comme intermé-
diaire entre la théorie pure et la pratique simple,
soit comme simple propagande au nom du. bien
et de l’humanité?
Outrons les bras aux comices, soutenons-les
par nos discours, par nos conseils, par notre in-
fluence , par nos encouragements. Que toutes ces
institutions de perfectionnement social , grandes
et petites, se rapprochent sans cesse; qu’elles
fraternisent, qu’elles mêlent et confondent leurs
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aunaIiKb
* travaux ! Dans cette œuvre si douce au cœur de
l’homme , quelle autre idée que celle d’une sainte
émulation oserait prendre place ? Liberté et con-
fraternité , que ce soit là la devise de la Société
et des comices , et que , pour symbole de cette
union , se voyent entr’eux , deux mains amies ,
étroitement serrées.
Mais , Messieurs , si l’agriculture est pour vous
comme une fille aînée , comme une fille toujours
avantagée, vous avez d’autres affections qui, chaque
jour, vous trouvent prêts à agir dans le but du
progrès et des encouragements. C’est même le
cercle complet de ces affections et de ces intérêts,
sous une unique inspiration , qui donne à votre
institution la haute part d’éclat et d’influence
qu’elle a dans le pays.
Ces primes , que tout à l’heure vous allez dé-
cerner, offrent chaque année la preuve de votre
sollicitude, de votre intérêt, de vos soins per-
sévérants dans la carrière utile où vous savez
marcher.
Vos travaux annuels portent , non-seulement
sur tout ce qui concerne l’agriculture, mais ils
s’étendent encore sur les observations de la mé-
téorologie , sur les recherches géologiques et les
découvertes qui s’y rattachent et qui viennent
éclairer l’histoire de notre vieux monde} ils s’é-
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
17
tendent sur l’archéologie , sur la numismatique ,
sur l’histoire naturelle dans ses diverses branches;
enfin sur tout ce qui élève l’esprit et l’entraîne
davantage vers ces penchants paisibles et fruc-
tueux qui font le bonheur, le charme et la sûreté
d’un état social tel que le nôtre.
C’est ainsi, Messieurs, que vous vous montrez
dignes de votre temps , dignes de votre pays ,
dignes du Roi que la France chérit; c’est ainsi
que vous consolez noblement le cœur du père
et du monarque.
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• ANNALES
COMPTE RENDU
DES
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION
DU DÉPARTEMENT DBS VOSGES,
DEPUIS LE 3 «il 1843 , ÉPOQUE DE Si DERÉIÈM SÉANCE PUBLIQUE,
jusqu’au 3 MAI 1843 ,
PAR M. LEROY ,
MEMBRE TITULAIRE.
Messieurs ,
Chaque année, à cette réunion venait s’asseoir un vieillard
à cheveux blancs *, son front vénérable rayonnait d’une
modeste sérénité , lorsqu’il voyait ses concitoyens se presser
dans cette enceinte pour applaudir aux encouragements
décernés aux hommes qui avaient bien mérité du pays:
C’était son plus beau jour de fête , à lui !
Aujourd’hui , nos yeux le cherchent en vain , notre
secrétaire perpétuel n’est plus ! 11 est descendu dans la
tombe emportant nos regrets. Je n’ai pas besoin de faire
l’historique d’une vie qui s’est écoulée au milieu de nous.
Etranger à tous les événements politiques , sans ambition
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
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et sans orgueil , M. Parisot passa par le monde comme un
ouvrier laborieux , en recueillant des trésors de science
et en contribnant an progrès social , autant peut-être que
certains hommes dont les noms retentissent dans le siècle.
Malicieux avec bonhomie , il avait quelques traits de
ressemblance avec notre bon Lafontaine. Ses connaissances
étaient variées ; son style pur , simple et quelquefois bril-
lant , était comme un reflet des traditions littéraires
du' grand siècle. Ses études météorologiques appelèrent
souvent l’attention des hommes les plus élevés dans la
science. Professeur, il sut mériter l’estime de ses nombreux
élèves -, bibliothécaire , il mit en ordre une des collections
les plus précieuses de France. Les manuscrits curieux , les
éditions rares étaient pour lui l’objet d’un véritable amour.
Patient comme nn bénédictin , il disposa et annota cette riche
bibliothèque qui nous venait en grande partie de l’abbaye de
Moyenmoutier, dans laquelle Voltaire avait puisé, près de
Dom Càlmet , les documents de son histoire générale ; secré-
taire perpétuel de la Société d’Émulation depuis son origine,
il savait avec un tact infini s’effacer lui-méme pour foire
ressortir le mérite de ses collègues ; jamais il ne manqua
à une de nos réunions , à moins que des souffrances trop
aigâes ne le retinssent sur un lit de douleur. Sa mort fut
un deuil pour nous tous qu’il affectionnait comme ses
enfants. Son nom snrnagera-t-il au milieu de l’abyme des
temps? Il n’en avait pas même la pensée. Pour lui C’était
assez d’avoir été l’un des fondateurs les plus actifs de la
Société d’Émulation. Après les grandes commotions poli-
tiques qui , au commencement du 19 e siècle, ébranlèrent si
fortement le sol de l’Europe , toute l’activité de l’esprit
humain se porta avec enthousiasme vers les divers genres
de progrès. Au bruit des armes avaient succédé le calme et
le repos si favorables à l’étude. Notre département ne
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ANNALES
voulut pas rester en dehors de cet immense développement
intellectuel qui marqua les quinze années de la restauration.
Les hommes de cœur, comme M. Parisot, s’apercevant que,
réduits à leurs propres ressources , ils ne pouvaient rien ,
s’unirent en une pensée commune pour marcher, appuyés
les uns sur les autres , vers le but que l'humanité doit se
proposer. Ce n’était pas une académie que l’on avait voulu
fonder , dans laquelle les poètes de la localité , montés sur
un piédestal , devaient lire à un auditoire endormi des
bouquets à Chions. Ce qu’on voulait avant tout , sans
exclure toutefois les travaux de l’esprit , c’étaient des con-
naissances pratiques. Il fallait pour ainsi dire parler aux
yeux , mettre la maiq à l’œuvre , descendre des hauteurs
de la théorie pour se faire comprendre des masses , initiées
plus rapidement de cette manière à tout ce qui pouvait
augmenter leur bien-être moral et matériel.
Les fondateurs de la Société appelèrent donc à eux l’his-
torien qui aime à feuilleter les annales du passé et à retrouver
les traces à demi effacées des peuples disparus , et ils lui
dirent : ici les Druides , au fond des forêts ou sur la cime
des monts , ont célébré leurs sacrifices sanglants après avoir
coupé avec une serpe d’or le gui mystérieux ; là , sont
étendus les débris de villes anciennes , de monuments
gigantesques , élevés par un peuple conquérant qui pensait
créer des œuvres aussi durables que son empire ; sur la
hauteur c’est le château féodal avec ses tours et ses cré-
neaux, .d’où le guerrier frank après la conquête dominait
la nation asservie ; plus loin c’est la chapelle , le monastère
aux flèches gothiques, bâtis au fond de nos montagnes
pour recueillir, comme dans un port assuré , ces âmes tristes
et mélancoliques qui ne pouvaient trouver, au milieu des
agitations et du chaos du moyen âge, la paix et le repos
dont elles avaient besoin.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
21
Ils appelèrent le laboureur et loi répétèrent : allons ! à
l’œuvre , au travail ! Dans notre bean pays , l'agriculture
ne pent rester stationnaire ! Vous avez de l’intelligence ,
étudiez , voici de nouvelles cultures que nous indiquons ,
voici de nouvelles semences qui paraissent convenir au sol
des Vosges !
Au poète , au peintre , ils montrèrent ces gais vallons ,
ces fraîches campagnes, ces bois solitaires, dans lesquels
plus d'une fois a murmuré la lyre des Gilbert et des Pellet,
ces paysages enchanteurs , ces eaux limpides dont le sou-
venir resta gravé dans le cœur de Claude le Lorrain.
A tous ceux en un mot qui ont force et courage , ils ont
fait appel , et je puis le dire , leur voix a été entendue. Cette
beureuse pensée de ces hommes , dont plusieurs déjà sont
descendus sans bruit dans la tombe , ne peut plus être
étouffée. Vous avez accepté le legs qüi vous avait été fait ,
vous avez suivi le chemin qui vous avait été tracé. A chacun
d’apporter une pierre si petite qu’elle soit à l’édifice social !
Begardez ! de toutes parts autour de vous se fondent des
comices agricoles , où les hommes de science et de pratique
apportent le tribut de leurs découvertes et de leurs expé-
riences. Que ces comices soient les rayons dont la Société
d’Émulation sera le foyer ! Qu’une union de plus en plus
étroite et solide , sans esprit de parti , comme vous avez droit
de l’attendre , s’établisse , et alors , par un échange rapide
d’idées et d’observations , vous pourrez réaliser ce qui est
votre but : le progrès et le bien-être de tous.
C’est en partant de ce principe que , cette année , sur la
proposition de votre secrétaire perpétuel , vous avez décidé
qu’on bulletin mensuel de vos séances serait publié et qu’il
serait répandu dans toutes les communes du département.
Cette résolution a déjà reçu un commencement d’exécution ,
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22
ANNALES
et nous avons le juste espoir que cette publication répondra
de plus en plus aux vues de la Société.
C’est surtout en vue des intérêts agricoles que ce bul-
letin de nos séances a été créé; en France, et principalement
dans les Vosges , la propriété tend à se morceler à l’infini ;
chacun a sa petite parcelle de terre qu’il cultive avec plaisir
et qui suffit aux besoins de sa famille. Ces lois T qui trans-
•> mettaient tous les biens à l’aîné et empêchaient de cette
manière le morcellement des terres , n’existent plus ; par
notre constitution et par les principes sur lesquels elle
repose , nous tendons à nous séparer de {dus en plus de
l’Angleterre , qui conserve ce que je pourrais appeler encore
de vastes fiefs. Dans ce dernier pays , le propriétaire im-
mensément riche peut,^sans aventurer sa fortune , se livrer
à des expériences nombreuses et variées. L’élève des bes-
tiaux est l’objet de toute son attention ; aussi les races
sont- elles en général plus perfectionnées que celles que
nous rencontrons dans nos campagnes , parce que nos la-
boureurs , resserrés dans un petit coin de terre , demandent
ayant tout au sol la nourriture de leur famille. C’est pour
prévenir les inconvénients d’un tel système que, sur la
demande d’un de vos collègues , vous avez proposé des
primes d’honneur aux cultivateurs qui , d’un terrain donné,
sans distinction d’étendue , auraient tiré tout le parti pos-
sible , par des assolements judicieux combinés avec l’élève
des bestiaux par le moyen de récoltes racines et sarclées
et de prairies artificielles.
Mais ce n’est pas tout encore : par la position même de
nos laboureurs , la nécessité de sociétés d’agriculture se fait
impérieusement sentir : vous ayez donc une belle et grande
mission à remplir. Quel est l’homme de la campagne qui
voudra engager des capitaux pour faire des expériences
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23
DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION.
qui par malheur ne réussissent pas toujours? Quel est
celui qui osera, sans craindre pour son avenir et celui
de ses entants , confier à la terre ces nouvelles semences
qui amélioreraient peut-être sa position ? Pressé par l'in-
térêt du moment , il ne peut risquer la récolte d’une année
qui entraînerait sa raine. 11 faudrait qu’il suivit les or-
nières du passé , si , grâce aux subsides de l’État et du
conseil général et aux sacrifices que vous vous imposez ,
vous n’étiez tout naturellement amenés à faire ces expé-
riences , à détruire les préjugés de la routine et à confier
an sol des semences inconnues. Et après que vous avez
mis la main à l’œuvre , après que le succès a couronné vos
essais , vous les montrez au cultivateur émerveillé qui , sans
courir alors des chances de perte , accepte cette nouvelle
source de bien-être matériel. C’est là le rôle que doit joner
toute société d’agriculture ; mieux vaut , je le crois , cette
pratique de tous les jours que ces belles théories élevées
avec beaucoup de fracas et qui s’évanouissent bientôt sans
bruit et sans retentissement.
Ainsi, persuadés que le meilleur moyen de répandre
les bonnes espèces était de les répartir entre les agricul-
teurs zélés et intelligents dont vous pouviez contrôler les
expériences, vous avez fait venir à vos frais du lin de
Riga , du chanvre du Piémont et du seigle multicaule ;
vous avez aussi reçu, par l’entremise de M. Bergé, votre
correspondant , de la semence de trèfle du Caboul. Cette
plante fourragère, essayée pour la première fois en France
en 1841 par M. Loiseleur-Deslongchamps , promet, sauf
nouvelles expériences , de surpasser la luzerne en précocité
et en abondance ; mais avant de recommander d’une manière
spéciale cette plante aux laboureurs , vous avez voulu que
des essais fussent tentés sous vos yeux à Epinal , par les soins
de M, Prosper Petot , qui a été chargé d’en constater le produit
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ANNALES
et la qualité , et si , comme on peut l’espérer, les résultats sont
satisfaisants , vous aurez contribué à faire connaître une
nouvelle espèce de fourrage , source si féconde de pro-
spérité pour l’agriculture. M. Ottmaim père, de Stras-
bourg , dont le zèle est infatigable et le concours précieux
pour la Société , vous a envoyé du blé de Talavéra et
de l’orge Nampto , avec une instruction fort bien faite
sur Ja culture de cette dernière céréale. Depuis long-temps
vous étiez en rapport avec cet agronome distingué, et vous
échangiez avec lui le résultat de vos observations agricoles.
Un lien plus intime devait unir M. Ottmann à la Société
d’Emulation ; aussi c’est avec empressement que vous avez
accueilli la demande qu’il vous a faite , cette année , de
devenir votre correspondant.
Vous ne pouviez vous arrêter à la culture de nouvelles
semences ; votre mission doit s'étendre à tout ce qui se
rattache à l’agriculture et au bien-être des gens de la
campagne. Aussi , en apprenant que certains animaux
arrivaient à un développement prodigieux , vous vous
êtes empressés d’en faire venir 16 à grands frais. Vous
le deviez , car ces animaux se rencontrent et chez le riche
propriétaire , dont ils augmentent' la fortune et chez le
pauvre fermier, dont ils sont presque la seule nourriture
et la principale ressource. Vous comprenez que je veux
parler des porcs de Hampshire , dont la vente a été opérée
par les soins de la commission d’agriculture. Le résultat
a dépassé vos espérances et le concours nombreux d’a-
cheteurs venus des lieux les plus éloignés du département ,
en vous montrant l’heureuse influence que vous exercez,
vous a engagés à faire un nouvel achat de 12 paires de
ces animaux qui arriveront en juillet prochain. Ceux qui
ont été acquis par diverses personnes ont d^à atteint
un tel développement , que sans aucun doute on s’em-
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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULÀTION.
25
pressera de répondre à votre appel et à vos désirs , en
répandant avec rapidité cette nouvelle source de richesse
pour le pays.
J’ai encore à vous signaler les nouveaux efforts tentés
cette année par MH. Dutac frères , pour canaliser la Moselle.
Espérons que bientôt ces grands et magnifiques travaux ,
qni font l’admiration de tous , seront terminés , et que notre
rivière , resserrée dans un seul lit depuis Epinal jusqu’aux
limites du département , ne portera plus sur ses bords
l’aridité et la dévastation.
Quoique la pratique soit avant tout l’objet de votre at-
tention , vous avez cependant reçu avec plaisir plusieurs
mémoires fort importants sur l'agriculture , qui vous ont été
adressés par des collègues. Je pourrai citer , entre autres ,
un mémoire de M. le docteur Turck , sur les obstacles à
l’amélioration de l’agriculture et à l’augmentation des bes-
tiaux : cet écrit ne traite d’agriculture qu’indirectement ;•
mais les questions qu’il touche s’y rattachent d’une manière
très-étroite , et ne pouvaient être agitées que par un homme
aussi versé dans les sciehces physiologiques que l’est M. le
docteur Turck ; c’est une nouvelle face donnée aux questions
agricoles , et certes ce n’est pas la moins importante. Notre
collègue, laissant de côté tes causes ordinaires et bien connues
de l'infériorité de notre agriculture , se préoccupe beaucoup
plus d’une cause presque ignorée et qui passe inaperçue anx
yeux mêmes des agronomes. Cette cause incessante de dété-
rioration, c’est la cherté excessive du sel, et par conséquent
Finn possibilité pour l’agriculteur d'en foire usage dans l’a-
limentation des bestiaux. Nous ne suivrons pas l’auteur dans
les preuves variées qu’il apporte à l’appui de ses assertions ,
m dans les vues tontes philantropiques auxquelles il se
livre , concernant l’hygiène du pauvre ; tout cela a besoin
d’être lu et médité attentivement , et sans doute la Société
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ANNALES
»
ne manquera pas de donner à cette oeuvre remarquable
toute la publicité qu’elle mérite.
Vous avez accueilli également une excellente notice faite
par M. de Villepoix , sur la culture du lin , soit comme plante
textile , soit comme plante oléagineuse ; un mémoire sur les
engrais, par H. Monnier de Nancy, dont le rapport confié
aux soinq. éclairés de M. Mathieu , sera inséré par extrait
dans le Bulletin mensuel , et enfin une notice sur la culture
de la betterave, par M. Prosper Petot, agronome à Epinal.
Mais ce qui doit avant tout nous rassurer sur l’avenir de
l’agriculture dans les Vosges , c’est l’activité , c’est le dé-
vouement des comices agricoles. Des relations bienveillantes ,
des communications nombreuses et importantes s’établissent
entre eux et la Société d’ Emulation, Débarrassés alors de
toutes entraves , avec l’appui d’une administration sage et
éclairée , vous pourrez réaliser de concert la pensée de vos
devanciers.
Je ne pnis terminer ce qui concerne l'agriculture , sans
vous rappeler une proposition qui a été faite à la dernière
séance par M. Berlier. Votre collègue demande que, chaque
année , comme à Nancy , un concours soit ouvert, et que
des primes soient décernées en faveur de l’horticulture.
Cette proposition a été prise en considération , et nous
pourrons sans doute bientôt apprécier les heureux résultats
produits par ce concours.
Après l’agriculture , qui assure la nourriture à l’homme ,
nous devons tout naturellement vous parler de la science qui
prévient et combat les maladies qui l’affligent. Vous vous
rappelez que naguère une maladie cruelle , la fièvre ty-
phoïde, frappait d’effroi nos populations. M. le docteur
Turck , dont le zèle est infatigable , s'est empressé de vous
adresser un mémoire sur cette terrible maladie. Dans ce
travail , votre collègue , s'appuyant de l’observation des
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
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médecins de l'antiquité et des temps modernes , a montré
que le début de cette fièvre est caractérisé par des frissons
ou par une plus grande sensibilité au front, que la chaleur
qui succède souvent à ces frissons n’est qu’une des consé-
quences possibles du défaut d’action de la peau , et que
l’examen microscopique du sang des malades affectés de
eette fièvre , examen fait surtout par MM. Andral et Gavaret ,
vient encore confirmer l'observation chimique , en constatant
qu’il existe beaucoup plus de globules que dans l’état de
santé , c'est-à-dire , beaucoup plus d’albumine concrète ou
de fibrine , résultat nécessaire du défaut d’action de la peau
qui , laissant trop d’acides dans le sang , neutralise ses bases
en trop grande proportion.
Après l’examen des causes de la fièvre typhoïde , M. le
docteur Turck a montré que , suivant lui , le traitement doit
avoir pour base le rétablissement des secrétions intérieures ,
et qu’au lieu de saigner ou de purger les malades , comme
beaucoup de médecins le font encore aujourd’hui , il faut
provoquer des sueurs d’autant plus abondantes que l’af-
fection revêt des caractères plus menaçants. Ce mémoire
intéressant , dont les principes sont déjà développés dans
plusieurs ouvrages de M. le docteur A. Turck , son frère
et votre correspondant , a fixé l'attention de la Société , qui
en a ordonné l’impression dans ses Annale».
Je dois rappeler ici que, dans la séance du 19 janvier
et sur la proposition de M. le docteur Haxo , la Société a
décidé qu’un concours serait ouvert sur cette importante
question , et qu’une médaille d’or de la valeur de 20Q fr.
serait décernée, dans la séance publique du 2 mai 1814 ,
à l’auteur du meilleur mémoire sur la 'fièvre typhoïde.
Dans un mémoire adressé l’an dernier au conseil général
et lu dans une de nos séances, M. le docteur Haxo , critiquant
la .marche suivie jusqu’à présent pour la propagation de la
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ANNALES
vaccine dans le département , demandait une surveillance
exacte et la vérification de toutes les opérations vaccinales,
afin que l’administration ne rétribuât que celles qui avaient
réussi , et qu’on pût faire recommencer celles qui n'avaient
point donné de résultats. Ce travail , dont l’importance avait
été justement appréciée par la Société , a provoqué une ré-
ponse de M. le docteur Turck , qui pense que les moyens
employés sont suffisants. Il en donne pour preuve la di-
minution très - considérable des cas de petite vérole ; il
craindrait d’ailleurs la création d’un privilège en faveur
de quelques médecins* '
M. Haxo a cru devoir répliquer ; et dans la séance soi*
vante , il a donné de nouveaux développements aux consi-
dérations qu’il avait exposées dans son premier mémoire.
Vous avez encore reçu la Physiologie intellectuelle , ou
l'esprit de l'homme considéré dans ses causes physiques
et morales , d'après la doctrine de Gall , Spurzheim et
d'autres auteurs . Cet ouvrage , dont M. le docteur De-
mangeon , votre collègue , a fait hommage à la Société ,
est la réimpression du travail qu'il a fait paraître en 1806
pour répandre en France les idées de Gall sur les fon-
ctions du cerveau , idées qui n’étaient point alors rassem-
blées en corps de doctrine , et qni n’étaient connues que
des savants de l’Allemagne. Cet ouvrage qui reçut , lors
de son apparition , l’accueil le plus distingué , ne peut
manquer d’intéresser encore davantage , aujourd’hui que ta
théorie du docteur Gall a reçu la sanction du temps et de
l’expérience , et que la phrénologie est l’objet de l’examen
des hommes les plus éminents qui s’occupent de philosophie
et de législation.
Et enfin un mémoire plein d’intérêt de M. le docteur
Chevreuse , de Charmes^ sur une dysenterie épidémique qui
a exercé ses ravages dans cette ville. Cet ouvrage , dont
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29
de la société d’émulation.
M. Haxo a rendu compte à la Société , tous a décidé à
admettre M. Cbevreuse au nombre de vos associés libres.
Ce sont de graves questions que celles qui ont été discu-
tées par vos collègues qui s’occupent de médecine ; mais si,
avant tout , la vie de l'homme doit être assurée , vous ne
pouvez négliger cette branche de la médecine qui conserve
au fermier son bien et sa nourriture.
Au nombre des communications faites à la Société par ■
M. Mathieu , médecin vétérinaire du département , sur des
maladies qui auraient eu le caractère épizootique , on peut
citer l'indigestion vertigineuse qui a régné l'automne dernier
sur les chevaux de Frizou et de plusieurs communes situées
sur les rives du Durbion -, plusieurs chevaux en sont devenus
les victimes ; mais il est incontestable que la perte eût été
moindre si le mal eût été signalé plus promptement. Les
causes qui ont engendré la maladie ont aussi paru à notre
collègue essentiellement différer de celles que , jusqu’alors ,
il avait observées comme la déterminant, puisque c'était
pour la première fois qne, dans sa longue pratique , il
voyait l’indigestion vertigineuse exister épizootiquement
dans une année sèche et chaude.
La gastro- entérite suraigüe a pareillement occasionné
d affreux ravages l’automne dernier sur les porcs , dans la
commune de Dogneville. Avant l'arrivée de M. Mathieu ,
sur un troupeau d’environ 300 bêtes la perte s’élevait déjà
à 54 animaux ; et qui peut dire où le désastre se serait
élevé si des soins entendus ne fussent venus arrêter son
cours !
L’année dernière , votre rapporteur vous a annoncé le
voyage scientifique d’un de vos collègues , M. Mougeot , de
Bruyères. Vous vous en promettiez d’heureux résultats : cet
espoir n’a pas été déçu. Des échanges ont été opérée , et
les objets d’histoire naturelle des Vosges , offerts à MM. les
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ANNALES
professeurs administrateurs du muséum de Paris, les ont
vivement intéressés. La géologie , la végétation des Vosges
sont en effet si riches , si instructives , qu elles devaient
amener ce résultat, d’autant plus que les échantillons de
roches , de fossiles , de minéraux , ainsi que ceux des plantes
phanérogames et cryptogames de notre département avaient
été si bien choisis , si bien préparés par notre collègue, qu'il
était difficile d’offrir rien de plus complet. Une collection
d’échantillons de marbres des Vosges a surtout attiré l'at-
tention des professeurs du muséum, qui ont témoigné le
désir de les faire connaître au commerce de Paris. Il faudrait
que ce vœu fût rempli , car ce serait une nouvelle source
de richesses pour le département.
En Normandie , M. Mougeot a trouvé le même empres-
sement à établir des échanges et il en a profité largement.
Votre collègue prépare en ce moment la récapitulation des
objets déposés dans la galerie d’histoire naturelle du musée
vosgien , et , sans aucun doute , vous ferez insérer dans
vos Annales le travail d’un collègue dont le dévouement
à la science est sans bornes.
Si , préoccupés du but vers lequel vous tendez , vous
mettez en première ligne l’agriculture et les sciences , vous
ne voulez pas cependant laisser dans l’oubli les études
littéraires. Combien de fois vos séances n’ont-elles pas été
animées par la lecture de quelques œuvres d’imagination?
Sans vouloir vous constituer en académie de province et
peut-être mériter par là quelques-unes de ces épigrammes
lancées souvent avec raison contre ces génies de clocher,
dont la réputation ne s’étend pas au-delà de la ville qui
les a vu naître , vous avez accueilli de ces compositions
faciles et légères, dont le plus grand mérite était d’être
faites sans orgueil et sans prétention. Entraînés par les évé-
nements qui nous emportent avec une rapidité effrayante ,
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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMÜLATIOW.
31
desséchés par l'égoïsme qui nous presse de toutes parts ,
on aime à écouter ces bruits inconnus et mystérieux qui
sont comme un écbo des souvenirs riants de la jeunesse.
Hélas ! nous arrivons vite à l’été de la vie , qui consume
tonte fleur , qui sèche toute illusion. Pourquoi doncn’accep-
terious-nous pas avec plaisir ces œuvres littéraires qui nous
sont offertes par nos collègues ; vous l’avez fait , Messieurs ,
en applaudissant à quelques pièces de poésie de notre col-
lègue M. Mansion ; vous avez reconnu dans ses vers une
fraîcheur de coloris et surtout une hauteur de raison et
d’idées qui se rencontre par malheur trop rarement dans
les œuvres de nos auteurs modernes , qui , pressés du besoin
de l’or , enfantent chaque jour tous les produits les plus
bizarres' d’une imagination désordonnée. J’en parle avec
d’autaht plus de plaisir et de justice , que , rédacteur du
compte-rendu l’année dernière , M. Mansion a cru devoir
s'abstenir de rappeler les poésies qu’il nous avait lues en
1842 .
Votre collègue , M. Salmon , procureur du Roi à Saint-
Mihiel , vous a adressé ses additions aux conférences des
instituteurs primaires. A l’apparition de cet ouvrage , vous
ma avez compris toute l’importance et la portée , et vous avez
témoigné le désir que ce manuel des instituteurs fût ap-
prouvé par le conseil royal de l'instruction publique. Ce
vœu que vous aviez formulé a été exaucé , et ces confé-
rences , devenues livre classique , seront bientôt répandues
dans tontes lés écoles de France. Vous en aviez tellement
compris l’utilité que vous aviez chargé M. Mansion de vous
en flaire un rapport spécial. Sa critique , consciencieuse et
éclairée , vous a été lue dans une de vos séances : elle peut
se résumer en deux mots i l’ouvrage de M. Salmon est
l’œuvre d’un homme de cœur et d'intelligence. Vous avez
reçu aussi la relation du voyage de l’infortuné duc d’Orléans
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ANNALES
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dans les Vosges , par notre collègue U. Cbarton ; quelques
pièces de poésies et le Guide universel du voyageur à Paris ,
par M. Albert-Montémont.
Toutefois , si un charme tout particulier nous attire vers
les œuvres littéraires , il est d’autres ouvrages que l’homme
sérieux et grave aime à lire et à méditer : je veux parler
de l’histoire. Le passé prépaie l’avenir. L'humanité s’élève
sur les ruines des temps anciens. Nous marchons riches des
idées qu'ont apportées les peuples qui se sont succédés tour-
à-tour dans le monde.
Vous avez donc reçu avec un égal intérêt deux documents
historiques d’une certaine importance pour le chef-lieu du
département. Le premier est la relation du siège et de la prise
d’Epinal en 1670 par le maréchal de Créquy. Louis XIV
promenait son niveau sur toute la France et jetait les
fondements de cette puissante unité nationale . qui place
notre pays à la tête de l’Europe. Ses armes victorieuses
s’arrêtèrent quelques jours devant les murs d’une petite
ville de Lorraine qui avait un instant conçu la pensée
de conserver , en dépit du. grand roi , ses franchises et ses
libertés. Les détails du siège, recueillis dans une gazette
de l'époque , conservée à la bibliothèque royale de Paris ,
par V. Ballon , avocat , ont été adressés à la Société qui
en a ordonné l’impression dans nos Annotes.
Le second de ces documents est la fédération de, 161 5,
qui vous a été envoyée par notre collègue , M. Salmon.
Vous connaissez ces temps de douloureuse mémoire. L’é-
tranger menaçait nos frontières. Les Vosgieas se réunirent
et jurèrent de défendre le sol de la • patrie de concert
avec les envoyés d’une ville qui nous adressait un dra-
peau d’honneur , pour le courage qu’avaient montré nos
concitoyens. N’est-il pas vrai , Messieurs , que l’on ressent
un noble orgueil lorsque l’on retrouve dans les annales
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33
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
du passé des traits de valeur de nos pères? Aussi vous
avez ordonné que cette feuille glorieuse de notre histoire ,
sauvée comme par miracle de la destruction de nos ar-
chives , serait déposée dans notre bibliothèque.
Votre collègue, H. de Cherrier , vous a adressé le premier
volume d’un ouvrage fort important. C’est Y Histoire de la
lutte des papes et des empereurs de la maison de Souabe,
sujet vaste et fécond , qui renferme les plus hautes questions
d’histoire et de philosophie. Presque tous lès historiens qui
ont abordé ce sujet , préoccupés d’idées politiques ou reli-
gieuses , n’ont pu examiner avec sang-froid et impartialité
cette puissance temporelle des papes , qui a joué un si grand
rôle dans le moyen âge et contribué d'une manière si active
au. progrès de l’humanité. Pressés par les circonstances au
milieu desquelles ils vivaient, nourris des principes de
cette philosophie railleuse et sceptique de Voltaire , ils ne
se sont pas inquiétés dès temps , de la situation de la so-
ciété et des chaos du moyen âge en fermentation , qui
menaçait d’abolir à jamais le règne du droit. M. de Cherrier
a su mettre de côté toute prévention; son ouvrage, qui
dénote un homme qui a recouru aux textes , compulsé les
mémoires et documents de l’époque, mérite une place dans
le monde littéraire et nous fait désirer la continuation d’une '
œuvre si bien commencée.
M. Pensée nous a fait hommage de nouvelles livraisons
de son recueil des anciens monuments civils et religieux
d’Orléans. Vous avez accepté avec plaisir ce don de votre
correspondant , qui , malgré l'éloignement , se souvient
toujours de ses amis et de ses collègues qui applaudissent
à ses succès.
Enfin, Messieurs, vous avez voté des remerciements à
M. Bourion , géomètre , pour des fouilles qu’il a exé-
cutées sur le territoire de la commune de Trampot, dans
3
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34
ABKALES
le but d’examiner quelle pouvait être la destination d’un
canal creusé dans le roc et trouvé dans le chemin de grande
communication n° 35. La commission des antiquités, à la-
quelle vous avez renvoyé le rapport de M. Bourion , a regretté
que son auteur n’eût pas recherché si ce canal ne se reliait
pas à celui qui a une longueur de 200 mètres et traverse
Grand dans la direction de Trampot.
Il paraîtrait, d’après les observations faites par quelques-
uns de vos collègues , que ce pourrait bien être un de ces
souterrains par lesquels , en cas de siège , on communiquait
avec le dehors.
L'histoire tient à la statistique par des liens très-étroits.
Les améliorations, les réformes ne peuvent s’exécuter d’une
manière convenable qu’autant qu’elles reposent sur des bases
exactes et positives. C’est dans ce but que , l’année dernière ,
vous avez créé une commission permanente de statistique.
Cette commission s’est réunie et plusieurs modifications
importantes à l’ancien programme ont été proposées et
accueillies.
Cependant il est un ouvrage qui , chaque année , se publie
sous les auspices de la préfecture , et qui peut déjà fournir
des documents précieux pour une statistique. Je veux parler
de l 'Annuaire des Vosges , de notre collègue M. Charton,
dont le Moniteur , cette année , a fait l’éloge dans un article
remarquable. L’autenr poursuit avec zèle et courage la tâche
qu’il s’est imposée ; ne voulant pas se renfermer dans une
nomenclature sèche et aride , il fait connaître tour à tour
chacune des parties de notre département. 11 peint dans un
style pur et élégant les mœurs variées et les coutumes pit-
toresques de nos montagnes.
Cette rapide esquisse de vos travaux , vous fera remarquer,
Messieurs , que , cette année, vous avez continué à marcher
dans la voie du progrès. Le but de la Société, l’influence qu’elle
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
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peut exercer dans sa sphère , sont de plus en pins établis
d’une manière nette et précise. ÂHssi , permettez-moi de vous
montrer de quelle manière les étrangers jugent la Société
d’Emulation. Il y a quelques mois . le congrès scientifique
de France s’était réuui à Strasbourg. Plusieurs de vos col-
lègues ont sollicité l’honneur de vous y représenter. Voici
ce que nous écrivait , il y a peu de temps , l’un des hommes
les plus dévoués à la science et à votre Société T M. le doc-
teur Mougeot , de Bruyères :
« À cette réunion nombreuse de personnes s’occupant de
sciences , j’ai entendu avec une vraie satisfaction vosgienne
les paroles d’encouragement accordées aux travaux de la
Société d’Emulation , sortir de la bouche d’hommes capables
de les apprécier, et certes , cette approbation spontanée est
bien faite pour soutenir notre zèle et nons engager plus que
jamais à rechercher et à faire connaître à nos concitoyens ,
ce qui peut contribuer à leur bien-être et à leur conten-
tement, but unique de notre Société. »
Voilà ce qu’on pense au dehors de la Société d’Emulation !
Aussi, n’est -il pas étonnant de voir des hommes recom-
mandables solliciter l’honneur de devenir vos collègues.
Vous avez , dans le cours de cette année , reçu comme
membres titulaires,
V M.Sarazin, professeur de mathématiques au collège,
qui vous a présenté un mémoire fort ingénieux sur les pro-
priétés des liquides. Votre nouveau collègue a cherché ,
dans Ce travail , à expliquer la différence qui existe entre
les liquides et les solides sous le rapport de la compressi-
bilité. Il attribue cette différence à une force particulière ,
à l’aide de laquelle il explique également l'expansion de
qnelques-uns d’entre eux , lorsqu’ils passent de l’état liquide
à l'état solide , et les divers degrés de volatilité qu’ils pré-
sentent lorsqu’ils passent de l’état liquide à l’état gazeux.
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ANNALES
Cette théorie , qui appartient à l’auteur , et qui n’a pu être
cependant considérée par vous comme formulée d'une
manière définitive , a mérité vos suffrages ;
2° M. Beaurain , qui vous a offert plusieurs plans d'é-
difices, dans lesquels l’habileté de l'architecte s'unit au
goût de l’artiste ;
3° M. Mougeot , percepteur à Epinal , qui fait exploiter
sous sa direction un domaine , dit au Haut-du-Bois , de la
contenance d'environ 40 hectares. La culture de M. Mougeot
est une culture exceptionnelle , par rapport à ce qui est usité
dans la plaine ; car son domaine est situé sur une hauteur
de 793 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les nom-
breuses expériences faites par notre collègue , ses connais-
sances théoriques sur l'agriculture, vous ont fait penser
que , dans une société avant tout agricole , M. Mougeot
serait une utile acquisition.
Vous avez aussi admis comme associés libres ou corres-
pondants ,
M. Beaupré, juge au tribunal civil de Nancy, auteur de
plusieurs notices fort intéressantes sur quelques points peu
connus de notre histoire de Lorraine , entre autres sur l'in-
dustrie verrière qui , dans le moyen Age , a orné nos vieilles
cathédrales de ses riches et brillants produits ; sur l’origine
et les progrès de l’imprimerie dans notre pays, et enfin sur
l’emprisonnement du due Ferry m , l’un des épisodes les
plus curieux du xin e siècle. Ces ouvrages , où brillent à la
fois les connaissances de l’historien et l’esprit consciencieux
du juge , ont fixé d’une manière toute spéciale l’attention
de la Société , qui a décidé que des rapports lui seraient
faits sur chacun de ces mémoires ;
M. Thomas , professeur en Russie pendant dix années ,
auteur d’un travail manuscrit sur Saint - Pétersbourg et
Moscou. A cet ouvrage s’attachait un intérêt puissant d’ac-
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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 37
tualité , car , tous savez , Messieurs , combien les nations
d'origine slave désirent établir des barrières entre elles
et nous. Tous les hommes sérieux qui se préoccupent de
l’avenir examinent , étudient avec inquiétude ce colossal
empire, qui semble renfermer dans son sein les destinées
des temps modernes. Sa littérature , ses mœurs , sa civilisa-
tion nous sont à peine eonnus. M. Thomas , par une peinture
fidèle et exacte des deux grandes cités de la Russie , a fait
disparaître bien des préjugés qui étaient répandus parmi
nous ;
M. Halphen , adjoint au maire du deuxième arrondis-
sement de Paris , auteur d’un opuscule sur le diamant èt
les pierres fines , et l’un des collaborateurs au dictionnaire
du commerce;
M. deVillepoix, ancien professeur d’agriculture à Roville,
dont les leçons manuscrites offertes à la Société ont été juste-
ment appréciées. Ce travail , écrit avec une pureté que l’on
rencontre bien rarement dans ces sortes d’ouvrages , décèle
un esprit dont les connaissances sont variées et nombreuses ;
MM. Ottmann, de Strasbourg, etCbevreuse, de Charmes,
dont j’ai eu l’honneur déjà de vous entretenir, et enfin
M. Lenfant , président du comice agricole de Mirecourt ;
ce titre seul devait foire accueillir avec empressement
M. Lenfont, dont le mérite est si justement reconnu dans
le pays ; mais il a voulu en outre vous présenter un
réglement spécial pour la tenue des conférences de ce
comice. La Société, après avoir entendu la lecture de ce
réglement, en a été tellement satisfaite, qu’elle en a or-
donné l’insertion par extrait dans son Bulletin mensuel.
Mais si plusieurs nouveaux collègues sont venus prêter
à la Société d’Emulation le concours de leurs talents et
de leurs lumières , j’ai le regret de vous rappeler une
perte que vous avez encore faite t M. Jollois , directeur
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ANNALES
des ponts et chaussées de la Seine , est mort dans le cours
de cette année.
Jeune encore , votre correspondant avait été choisi pour
faire partie de cette mémorable expédition d’Egypte qui jette
sur la vie de Napoléon un si brillant reflet de poésie.
Avec les autres savants qui accompagnèrent le général en
chef sur les bords du Nil , M. Jollois alla , au péril de
sa vie , dans les hypogées de Thèbes dessiner les monu-
ments silencieux d’une civilisation éteinte. 11 remplit avec
talent le rôle qui lui avait été assigné dans l’un des plus
grands drames de l’histoire moderne. Sur les ruines mer-
veilleuses de la Haute-Egypte , il obéit à la pensée de
l’homme qui , peut-être par un pressentiment de l’avenir,
voulait ranimer les étincelles d’une civilisation autrefois
puissante qui dormait à l’ombre des pyramides , accroupie
comme le Sphinx dans les sables du désert.
De retour en France, M. Jollois fut nommé en 1819
ingénieur en chef des ponts et chaussées dans les Vosges.
Notre département offrait un vaste champ à ses recherches
. historiques. Une commission d’antiquités , principe de la
Société d’Emulation , fut créée , et grâce au concours actif
et dévoué de plusieurs collègues, le Donon, Bleurville,
Grand , les voies romaines , que sais-je , toutes ces ruines
d’un passé évanoui furent explorées , étudiées avec une
attention particulière. On allait demander à la mort les
secrets du passé. Chargé de présenter uu projet pour l’é-
rection d’un monument à la vierge de Çomremy, il conçut
et réalisa la pensée d’écrire l’histoire de cette fille mer-
veilleuse , dont le souvenir est uu des plus beaux titres de
gloire de notre pays.
Des Vosges , M. Jollois se rendit dans le Loiret, où il
publia plusieurs ouvrages empreints d’une véritable éru-
dition. Enfin, nommé officier de la légion d’honneur, di-
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DE LA SOCIETE D’ ÉMULATION .
39
recteur des ponts et chaussées de la Seine, il termina un
ouvrage sur les antiquités les plus remarquables de notre
département , qu’il légua avant de mourir à notre Société ;
legs précieux que nous avons accepté avec bonheur, car il
rappelait à la fois les liens qui nous unissaient à un homme
de haute intelligence , et les monuments historiques qui
offrent un attrait si puissant à l’érudit et au voyageur.
Ainsi, la mort, Messieurs, marque chaque jour son
passage parmi nous ; mais si les hommes disparaissent ,
les institutions leur survivent. Quand une pensée utile a
sa raison d’existence, quand du monde des idées elle est
passée dans le monde matériel, aucune puissance humaine
ne peut l’étouffer. Il faut qu’elle fasse son chemin! C’est
la légende d’Ahasvérus ! Qu’importe donc que demain l’a-
byme de l’oubli nous engloutisse , pourvu que nous ayons
fait , dans la sphère qui nous a été désignée par le créateur,
ce que la société était en droit d’êxiger. Oui , Messieurs ,
Vœuvre des Parisot et des Jollois restera debout , parce
qu’elle est l’expression d’un besoin du pays, parce quelle
est éminemment civilisatrice.
Réunissons -nous donc autour de ces tombes ouvertes,
cette année , pour accepter l’héritage qui nous a été transmis.
Le Christ a dit qu’une obole donnée en son nom serait
remboursée au centuple. Eh bien 1 si nous ne pouvons
donner qu’une obole à notre pays, donnons-la et peut-être
nos concitoyens justes et reconnaissants sauront apprécier
nos travaux , nos efforts et surtout notre bonne volonté !
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a
10 ANNAT,I!S
RAPPORT
SUR
LA DISTRIBUTION DES PRIM ES,
PAR M. BRIGUEL ,
SECRÉTAIRE PERPETUEL
Messieurs ,
Indépendamment des primes que vous êtes dans l’habitude
de décerner tous les ans et qui comprennent once catégories ,
vous avez décidé l’an dernier qu’une douzième leur serait
• ajoutée en faveur des cultures perfectionnées et des grands
travaux d’amélioration en tous genres de produits. Un appel
a été fait à tous les comices du département ; nous leur
avons demandé de vouloir bien nous désigner eux-mêmes
4 ceux de leurs membres qu'ils jugeraient avoir le plus de
droits à ces primes , et vous savez avec quel empressement ,
flatteur pour nous , mais en même temps salutaire aux pro-
grès agricoles , cet appel a été entendu. Interprète de vos
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 41
sentiments dans cette circonstance , je leur adresse publi-
quement ici , et en votre nom , de vifs remerciments pour
le concours qu’ils nous ont prêté de si bonne grâce , et qui
va resserrer plus étroitement que jamais les liens qni nous
unissaient. Hais ce qui ajoute encore un nouveau prix
aux procédés des comices, c’est la manière avec laquelle
ils ont répondu à notre appel , c’est le choix même de
leurs candidats. Vous verrez figurer parmi eux les noms
des hommes les plus recommandables , soit par leur position
sociale, soit par leur réputation d’habiles agronomes et
de praticiens consommés ; et certes , s’il est beau pour eux
de recevoir ces couronnes des libres suffrages de leurs con-
citoyens , il ne l’est pas moins pour vous d'avoir à les
offrir à de si honorables concurrents.
Onze demandes nous ont été adressées par les comices ,
savoir : trois par le comice de Mirecourt , quatre par celui
de Conssey , et quatre par celui de Saint-Dié. Sur ces onze
demandes , pas une n’a été éliminée , mais toutes ne sont
pas sur la même ligne. 11 y en & quatre qui n’ont pu être
classées parmi les grandes primes ; elles rentrent dans le
cadre des primes ordinaires que vous distribuez depuis
long-temps , et qui se rapportent & la création et à l’irri-
gation des prairies et à l’introduction de cultures nouvelles ;
ce sont celles de MM. Français et Thomassin du comice de
Mirecourt , et de MM. Chevalier et Grandidier du comice
de Coussey. Les sept autres répondent parfaitement à la
douzième catégorie de votre programme , et peuvent figurer
avec distinction parmi vos grandes primes.
COMICE DE MIBECOURT.
La prime d’honneur , consistant en nne médaille d’or de
la valeur de 200 francs , a paru à votre commission devoir
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42
AHHALES
ètreadjugéeàM. Husson , de Mirecourt. Ce candidat a satisfait
entièrement aux conditions d’une exploitation exemplaire
et d'nne bonne administration agricole. Chez lui la théorie
est sagement appliquée, soit dans la culture des terres,
soit par l’introduction des prairies artificielles et l’emploi
des jachères en productions utiles , soit enfin par la tenue
dés étables. Sans se précipiter dans des innovations aven-
tureuses , M. Husson sait se tenir au niveau des progrès.
La plupart des instruments perfectionnés lui sont connus
et sont employés habituellement dans sa ferme. Il va cher-
cher lui-même , soit à Alfort , soit à Autun , les animaux
précoces et d’un facile engraissement ; c’est ainsi qu’il
possède les Tunquins, lès Anglo-Chinois, les Hampshire,
moins toutefois dans des vues de spéculation que dans
le but d’introduire et de répandre ces races dans le pays ,
après avoir étudié celle qui pourrait s’y acclimater le plus
avantageusement. Il essaie également toutes les plantes
nouvelles , soit fourragères , soit eéréales , soit légumi-
neuses , et on trouve chez lui le trèfle hybride , le trèfle
de Caboul , le pe-tsaie ou chou chinois , le seigle multi-
caulc , l’orge nampto , etc. Cette année , il va cultiver en
grand le seigle multicaule dont le produit est si abondant
et si varié.
L’étendue de son domaine est de quatre-vingts hectares
trente-trois ares. Plus de la moitié y est consacrée aux
fourrages et aux tubercules , entièrement dépensés dans
la ferme à l’entretien de nombreux bestiaux de toute nature ,
qui s’élèvent à près d’une tète par hectare. Dans ce nombre
on compte vingt vaches laitières qui , vu la proximité de
Mirecourt et par conséquent la vente facile du lait , sont
d’un revenu assuré , et en même temps une cause puis-
sante de fécondité territoriale.
Les deux autres candidats du même comice , MM. Fçan-
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DE LA SOCIETE D’ÉMULATION . 43
çais (Laurent) d’Offroicourt , et Thomassin (Jean-Laurent)
d’Ahéville , ne peuvent concourir pour nos grandes primes ,
puisque leurs travaux ne rentrent point dans les conditions
de cet article du programme ; mais tous deux ont des droits
incontestables à une distinction , d’après les articles 2 et 6
du même programme , où il est question de la création
et de Tirrigation des prairies et de l'introduction de cul-
tures nouvelles.
« Le premier, suivant le rapport du comice , est parvenu ,
* à force de travaux et de soins , à transformer en prairies
» naturelles plus de trois hectares d’un terrain contigu
» à une prairie de la même contenance. Il a ainsi obtenu
» une grande prairie d’une seule pièce , dont il a préparé
» la fertilité par des travaux de nivellement et un système
» d’irrigation jusqu’à présent inconnu dans sa contrée.
» Le second , résistant au déplorable préjugé qui entache
» encore cette partie de l’arrondissement contre les prairies
» artificielles , s’est livré pendant sept années à cette pré-
» cieuse culture avant de rencontrer des imitateurs ; il
» a fait plus , il a étudié cette branche de production ,
» et en a fertilisé des champs impropres à d’autres cultures.
» Enfin , par des épierrements considérables , des ni-
» vellements et des transports de terre végétale , M. Tho-
» massin a transformé en une bonne vigne , un terrain de
» seize ares jusque-là improductif, et en un beau verger,
» une petite friche qu’il possédait à l’entrée de son village. »
En conséquence , la commission vous propose de décerner
à chacun de ces candidats une médaille de bronze.
COMICE DE COUSSEY.
Le comice de Coussey nous a adressé quatre demandes
de primes. Sur ce nombre deux seulement ont pu concourir
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44
ANNALES
pour les grandes primes de culture ; les deux autres rentrent
dans la catégorie des créations et irrigations de prairies
artificielles.
Le jury de ce comice nous a présenté en première ligne
M. Lequin (Frédéric) , cultivateur à la ferme de Boinville ,
commune d’Autigny-la-Tour , et en seconde ligne M. Quinot
(Joseph), maître de poste à Martigny-lès-Gerbonvaux. La
commission , partageant tout-à-fait cette manière de voir ,
vous propose de la confirmer en décernant au premier une
prime de cent francs et une médaille d’argent , et au second
une médaille d’argent sans prime.
La ferme de Boinville exploitée par M. Lequin ne donnait
que de chétifs produits et pouvait à peine , sous les pré-
cédents fermiers, fournir à la nourriture de vingt- cinq
tètes de bétail , tant’ chevaux , vaches que moutons.
Aujourd’hui M. Lequin, par la création de prairies
artificielles, la culture de récoltes racines et sarclées ,
obtient sur cette ferme des produits abondants qui suf-
fisent à nourrir un nombreux bétail , composé de quatre
cent cinquante-neuf moutons , quinze chevaux , trois mulets ,
trois vaches et cent quatorze porcs. L’amélioration obtenue
par la grande extension donnée à ces diverses cultures pro-
cure à cette exploitation une masse considérable d’engrais ,
et a fait disparaître de son sol les ronces et les épines
dont il était couvert avant ces judicieux assolements.
14 e maire de la commune atteste en outre qu’il s’est assuré ,
par la comptabilité qui lui a été soumise , que les produits
en grains ne rapportaient en moyenne , dans les premières
années de l’exploitation du candidat , commencée en 1833 ,
que quatre fois et demie la semence , et que, dans les trois
qui viennent de finir, ils l’ont rapportée en moyenne près de
quatorze fois.
Le même fonctionnaire atteste encore , et le comice le
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bE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 45
cob firme , que M. Lequin emploie les instruments perfec-
tionnés pour faciliter la main-d’œuvre de la culture des
betteraves et des pommes de terre , qu’il cultive en grand ;
qu’il se sert de charrues nouvelles , extirpa teur , etc. ; que
l’exemple qu’il a donné parla création d’une grande quantité
de prairies artificielles s’est propagé dans le pays , où il
en existait fort peu avant lui.
Enfin , sur une étendue de 80 hectares que comporte
ce domaine , plus de la moitié est consacrée aux fourrages
et aux racines , employés à l’élève de nombreux bestiaux
qui , d’après (es chiffres donnés précédemment , appro-
cheraient de beaucoup la quantité requise pour une cul-
ture perfectionnée.
La ferme de Gerbonvanx , qui est également de la con-
tenance de 80 hectares , appartient à M. Quinot depuis
1833. Elle était louée, avant cette époque, moyennant
un canon annuel de 28 hectolitres 80 litres de blé et de
38 hectolitres 40 litres d’avoine. Les fermiers étaient bien
loin de pouvoir payer le fermage stipulé. Ils n'entrete-
naient qu’un chétif bétail , bien au-dessous de celui qu’il
eût fallu pour suffire à l'exploitation de la ferme.
Aujourd’hui M. Quinot, par la création de 21 heetares
de luzerne et le grand développement qu’il a donné aux
récoltes racines et sarclées , a considérablement amélioré
cette ferme , sur laquelle il nourrit trois cents mérinos , •
sept bœufs et vaches , et douze chevaux pour le service
de la poste. De la sorte il se procure de nombreux engrais ,
avec lesquels il porte l’amélioration de sa propriété à un '
haut degré , sans avoir recours aux produits de ses grandes
prairies naturelles , qu’il livre au commerce.
Les deux antres concurrents dn même comice rentrent,
comme je l’ai déjà «fit , dans la catégorie de nos primes
ordinaires.
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ANNALES
46
1° M. Chevalier (Denis- Hector) , maître de forges à
Rebauvois , commune de Saint - Elophe , a entrepris des
travaux ingénieux pour l’irrigation d’un pré de la conte-
nance de 6 hectares 61 ares, attenant & son usine, mais
qui ne sont pas de nature à être pratiqués dans beaucoup
de localités : la nature du terrain et sa disposition toute
particulière ont seules permis de les èxécuter. Ce pré est
bordé dans toute sa longueur par la rivière du Vair et par
le petit étang qui alimente son usine. Dans sa partie su-
périeure , ce pré se trouve de beaucoup plus élevé que
le niveau -ordinaire de la rivière , mais dans sa partie infé-
rieure le sol est d’environ 50 centimètres au-dessous des
eaux , qui sont retenues dans cet endroit par des digues
bien nivelées et gazonnées. 11 arrivait de cette disposition
naturelle du sol que, dans les débordements , les eaux passant
avec rapidité sur la partie submergée la dégradaient et la
creusaient dans divers endroits. Pour remédier à ce grave
inconvénient, M. Chevalier a fait creuser un canal trans-
versal dans la partie la plus basse du pré , et continuant
ce canal en retour sur toute la rive opposée à la rivière ,
il a fait de ce pré une petite Ile qu'il entoure d'eau à
volonté.
U résulte de ces dispositions , 1° que le pré étant barré
dans sa partie inférieure par le canal et par des digues
établies à une hauteur convenable , les eaux dans les grands
débordements ne dégradent plus le sol , et y déposent au
contraire leur limon ; 2° que ce pré , constamment entouré
d’eau , est convenablement arrosé et peut être assimilé &
ceux de première qualité.
2° M. Grandidier (Nicolas), maire à Autreville. Par
suite de travaux assez difficiles , exécutés il y a 5 mis ,
M. Grandidier a converti en prairies naturelles une pièce
de terre de la contenance de 2 hectares 50 ares , sise au
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 47
finage de la commune de Punerot. Cette terre qui ne pro-
duisait presque rien était submergée une très-grande partie
de Tannée ; mais depuis les améliorations introduites , son
rapport annuel a été considérablement augmenté.
La commission vous propose nne médaille de bronze
pour chacun de ces deux candidats.
COMICE DE SAIET-DIÉ.
Le comice de Saint -Dié a présenté quatre candidats,
savoir : deux pour la culture perfectionnée et deux pour
les prairies modèles. La commission adoptant les conclu-
sions du jury spécial de Sainl-Dié vous propose ,
Pour les cultures perfectionnées :
1° Une médaille* d argent à M. May , de Mandray ;
2° Une médaille de bronze à M. de Bazelaire , de Saulcy ;
Pour les prairies modèles :
1° Une médaille d’argent àM. Houëlatné, ancien principal;
2° Une médaille de bronze à M. Ferry ( Edouard) , avocat
à Saint-Dié.
Les cultures dans les montagnes n’ont rien d’analogue
avec celles de la plaine; elles n'ont et ne peuvent avoir
ni la même étendue de terrain , ni les mêmes espèces
de plantes. Dans les montagnes , abondent surtout les
prairies naturelles , où elles sont portées au plus haut degré
de perfection : la nature et l’art en ont fait de vrais modèles
dans ce genre. La culture proprement dite y est par cela
nécessairement restreinte , et vu la qualité du sol , elle ne
peut embrasser une aussi grande variété de plantes : en
un mot , les prairies , voilà l’état normal des montagnes ;
les cultures y font pour ainsi dire exception , et sont au-
tant de conquêtes de l’industrie humaine sur une nature
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ANNALES
48
rebelle. C ent ce que va vous confirmer un rapide examen
des beaux travaux présentés au concours par les quatre
candidats du comice de Saint-Dié.
Le domaine exploité par M. May est d'une contenance
de 13 hectares, dont près de la moitié en prairies naturelles.
Avant son exploitation , ces prairies produisaient peu et
en mauvaise qualité ; les champs , vu leur position for-
tement inclinée , étaient regardés comme impropres à la
culture ; ils étaient laissés en friche ou fourrière , servant
de pâturages , et produisant tous les 8 ou 10 ans une grande
quantité de genêts , après lesquels et sur un écobuage on
semait une ou deux céréales pour les laisser de nouveau
produire des genêts. Le revenu en était pour ainsi dire nul.
Aujourd'hui , sous la main habile de M. May , les prairies
fournissent deux coupes d’excellente qualité au lieu d’une
seule très-mauvaise. Les champs offrent aussi un aspect
bien différent : en place de genêts et de ronces , on y voit
prospérer les pommes de terre , le seigle , le sarrazin ,
le trèfle et le froment. Les assolements pratiqués par l’ha-
bile agronome sont aussi très-variés et adaptés à la nature
des terres. C’est ainsi que , suivant qu’elles sont fertiles ,
médiocres , ou de qualité inférieure , l’assolement est de
4 , de 5 ou de 6 années. Le nombre des bestiaux est dans
un rapport très - favorable à la prospérité du sol et lui
fournit en aboûdance de quoi réparer les vices de sa nature.
Je regrette beaucoup de ne point entrer dans plus de dé-
tails , et àe ne pouvoir suivre M. May dans les révélations
instructives de son intelligente pratique. C’est une lacune
fâcheuse que nous aurons à combler dans notre bulletin
mensuel , en y inscrivant tout au long les documents pré-
cieux fournis à la petite culture par un homme qui est
tout à la fois praticien consommé et habile agronome.
La culture de M. de Bazelaire offre également des amé-
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
49
liorations importantes. Ainsi 10 hectares de terre , situés
sur une hauteur, abandonnés en maigres p&turages, et
qui n’étaient cultivés qu’à de longs intervalles faute d’en-
grais, sont maintenant rendus à la culture et soumis à
un assolement quadriennal où figurent des récoltes racines,
des céréales et des fourrages artificiels. Des luzernes semées
en lignes depuis 2 ans , dans des terrains privilégiés , pro-
mettent des récoltes d’autant plus abondantes que le sol
est proprement tenu entre les lignes.
Les instruments perfectionnés sont mis en usage par
M. de Bazelaire , tels que l’araire de Roville , le rouleau ,
la houe à cheval , le battoir. Le bétail y est en rapport
très - favorable avec les exigences d’une bonne culture.
Parmi les taches , les unes sont de race suisse , les autres
de la race dite de Bouquenom (Lorraine allemande) ; mais
la. préférence est donnée à ces dernières , qui fournissent
on lait beaucoup plus riche.
Le domaine de M. Houël était primitivement de la con-
tenance de 8 hectares i;2 , dont moitié en terres labourables,
et moitié en prairies naturelles : aujourd’hui, grâce aux
travaux les plus persévérants et lès mieux dirigés , il est
de pins de 12 hectares, par la conversion de terrains impro-
ductifs en prairies excellentes , qui sont de véritables
conquêtes sur la nature la plus sauvage.
Les travaux entrepris par M. Houël ont eu d’abord
pour objet l’assainissement des parties basses et tourbeuses ,
au moyen de fossés profonds d'un mètre et au-delà, avec
empierrement recouvert de mousse. Il a ensuite abaissé
plusieurs mamelons pour régulariser les cours d’eau. Le
fond ainsi nivelé livre passage à un canal d’irrigation
qui féconde une prairie de près de 5 hectares. Ce canal,
en passant près des écuries -de la ferme , recueille tous
les débris fécondants et les distribue le long de son cours.
4
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50 ,
ANNALES
Un antre avantage de oe véhicule naturel , c'est qu’il Marrie
les graviers et les sables terreux que pousse le torrent ,
lors de la fonte des neiges et des grandes pluies , et qui
plus tard servent de remblais pour améliorer les parties
basses. Enfin un troisième moyen de fertilisation employé
par le même agronome , c’est de faire passer dans les
étables et dans le voisinage des réduits à porcs , «n filet
d’eau qui sert à laver les dalles et les rigoles , recueille
les purins et les emmène dans la prairie ; c’est en outre
ua excellent moyen de salubrité pour les habitations des
bestiaux.
C’est par ces travaux ingénieux et persévérants que
M. Houël est parvenu à doubler dès •maintenant les re-
venus de son domaine , revenus qui avant peu auront
amorti les brais occasionnés , et deviendront une pleine et
entière jouissance.
La prairie de H. Ferry , avocat à 8aint-Dié , est située
sur la rive gauche de la Meurtbe ; sa contenance totale
est de 18 hectares. Avant 1 829 , ce terrain était divisé en
3 2. parcelles , dont la plupart n'étaient arrosées que par
des eaux de mauvaise qualité. Les terrains étaient mal
nivelés et ne donnaient que de faibles produits; La réunion
de toutes ces parcelles dans la même main pouvait seule
permettre les améliorations nécessaires. C’est ce que tenta
d’abord un agriculteur obligé plus tard de vendre sa
propriété à M. Ferry , qui en devint acquéreur à la fin
de 1838.
Tous les travaux de oe dernier se concentrèrent d’abord
sur deux points , 1° réunir les eaux suffisantes et de bonne
qualité pour arroser tons les points de la prairie ; 2° creuser
des rigoles et des canaux d’écoulement pour ressuyer promp-
tement le sol. Je n’entrerai pas ici dus les détails d’exé-
cution relatés au procès-verbal ; ils sont oe qu’on peut
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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION.
&1
attendre due pays oi» de semblables travaux sent portés
depuis long-temps à leur pe rfe ction. En résumé , rétablis-
sement d’nae nouvelle prise d’eau dans la Mearthe et
les tranu d'amélioration. exécutés depots 4 ans ne dé-
passent pas une somme de 2500 francs , et cependant les
produits ont été augmentés de moitié de ce qu'ils étaient
avant 1830 , et Us devront doubler «buis quelques années ,
lorsque le soi ans profité pendant on temps suffisant des
bienfaits d’une bonne irrigation.
SUITE DES PRIMES ACCORDÉES A L AGRICULTURE.
A «es onze primes décernées sur les présentations des
comices viennent s’en ajouter boit antres appartenant aussi
à l'agriculture , mais parvenues an secrétariat de divers
points da département ; en tout , dix-neuf primes pour
l’agriculture. Ce résultat est on ne peut plus satisfaisant ;
il témoigne à la fois de l’importance qn’on attache h voa
encouragements , et partout d’on esprit de pr o grè s et de
louable émulation dans la pratiqué d'un art si utile,
mate trop long -temps abandonné à une aveugle routine.
Le premier de cette seconde catégorie de candidats , celui
que votre omnmission vous présente avec une sorte de
prédilection , est le nommé François Michel , d’Épinal.
Elle est beu cesse d’avoir h vous si gna l er , dans un jeune
hamms obscur et modeste ignoré de tons et s’ignorant
lui-même , les pins nobles qualités du cœur et la pratique
intelligente de son art.
Je ne saunas mieux fore , pour vans dévoiler tout le
mérite de cet intéressant cultivateur, que de reproduire
en partie le rapport que noos en a fait l’un de nos eon-
càtojens en signalant ce candidat aux recherches de la
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52 ANNALES
Société. « Comme cultivateur, bous a dit M. Petot, Mi-
> cbel est intelligent , observateur et passionné pour son
» art. Personne mieux que lui n’est au courant de ce qui
» se sème et se récolte sur le finage ; à force d’observations ,
» il a fini par acquérir à un haut degré le tact de ce qui
» convient à un sol pour l'améliorer et en obtenir de bous
» produits, H a compris qu’il est inutile de recourir aux
> versaines avec la puissance de l’engrais ; aussi , plus de
> la moitié de . son exploitation est-elle annuellement con-
» sacrée aux prairies artificielles et aux plantes sarclées.
» Tous les ans , Michel augmente l'étendue de son ex-
» ploitation. Il a commencé avec 2 hectares et demi de
» terre , aujourd’hui il en cultive près de 6 en plus , qu’il
» a pris à bail , et que les propriétaires lui louent avec
> plaisir, parce qu’ils sont assurés qu’entre ses mains les
» terres ne peuvent que s’améliorer.
» Voilà le cultivateur ; voici maintenant l’homme moral.
> Les parents de Michel avaient sept enfants. En sa
» qualité d’atné de cette nombreuse famille , à peine eût-
» fi atteint sa douzième année qu'il lui fallut supporter
» les plus rudes travaux. A partir de cette époque , il
» n’y eut plus ni jeux ni plaisirs pour lui. Il se plia
» cependant aux exigences de sa position ; jamais un mur-
> mure n'est sorti de sa bouche. C’est probablement à
» cette constance et à ce dévouement que ses parents ont
> dû de ne pas connaître une extrême misère ; cas déjà un
» jardin avait été vendu , et ils redevaient plus de la moi-
» tié de leur petit domaine.
» C’est en cet état que François Michel trouva les affaires
» de sa famille , lorsqu’à peine âgé de 25 ans , il perdit en
• moins de six mois son père , sa mère et l’atnée de se»
. soeurs. Il fut laissé , lui sixième , tuteur de cinq enfants
» mineurs dont le plus jeune n’avait que 5 ans. Le fardeau
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
53
» était bien lourd pour un jeune homme : une nombreuse
» famille & soutenir et des dettes pour héritage ! Il ne se
» découragea pas néanmoins ; il ne vendit rien et entreprit
» ce que ses parents n’avaient pu faire : élever ses frères
» et sœurs sans mendier le secours d’autrui , et dégager
» leur faible patrimoine des charges qui le grevaient.
» Les deux aînés apprirent un état ; une sœur , enfant
« de 12 à 13 ans, fut installée, ménagère; les deux plus
» jeunes furent envoyés à l’école. Depuis quatre ans qu’il
» remplit les devoirs d’un bon père de famille , son activité
• et son zèle ne se sont pas ralentis ; les dettes se payent ;
» les enfants sont bien nourrit , bien vêtus , convenable-*
» ment élevés ; Michel seul n’a pas plus de soins de sa per-
« sonne, il ne vent pas se créer de nouveaux besoins. *
Telle est, Messieurs, la noble et pieuse conduite de
François Michel envers les siens , telle est sa vie d’abné-
gation , de sacrifiées de tous les instants. Il n’est pas besoin
de commentaires à de pareils faits ; ils sont assez^ éloquents
par eux - mêmes , ils parient à tous les cœurs. Et tout cela
cependant se passait dans l’ombre , à nos portes , loin des
regards excitateurs de la foule, sous un sarreau de bure !
Ob ! qu’un pareil dévouement est beau ! qu’il nous est doux
de le révéler, de le proclamer, de l’apprendre peut- être à
ce digne jeune homme pour qui la vertu n’a rien que de
facile , et chez qui le bien est une inspiration du cœur !
Aussi votre commission s’empresse - 1 - elle , tout en re-
grettant de ne pouvoir faire davantage , de vous proposer
une prime de 100 francs et une médaille de bronze en faveur
de François Michel.
Tiennent ensuite trois propriétaires qui , par des travaux
intelligents , ont amélioré leurs terrains et donné ainsi aux
autres cultivateurs un exemple salutaire; une médaille en
bronze est proposée pour chacun de ces candidats.
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54
ARHAXES
C’est d'abord St. Foissard, de Bainville-aux-Saules , qui
depuis 1816 jusqu’aujourd’hui n’a cessé , par des défriche-
ments successifs , d’améliorer ses propriétés. Ces défriche-
ments ont porté sur une contenance de 5 hectares 28 ares
de terrain , et ont occasionné un enlèvement de 25 1 5 mètres
de pierres. Toutes ces propriétés sont aujourd’hui dans un
excellent état de rapport. M. Foissard est le premier aussi
qui ait introduit dans sa commune les prairies artificielles ,
et son exemple d’abord bl&mé est généralement suivi actuel-'
lement.
M. Lamarche, propriétaire à Epinal, a converti une
prairie tourbeuse et marécageuse ,■ ne produisant que de la
mousse ou des joncs , en une prairie pouvant être humectée
ou desséchée à volonté , et produisant en abondance un foin
de bonne qualité. Cette prairie est de la contenance de 4
hectares, située dans la commune des Forges où il s’en
trouve beaucoup d’autres qui réclament les mêmes amé-
liorations ; les heureux résultats obtenus par M. Lamarche
ne manqueront pas de les provoquer. L’exemple et l’intérêt
sont deux mobiles si puissants !
Enfin H. Berquand, de Bruyères , a mis en plein rapport
deux terrains contenant ensemble 6 hectares , et teut-à-fait
improductifs. De bourbeux, irréguliers et inabordables
qu’ils étaient , ils sont assainis , nivelés et offrent les in-
clinaisons et les pentes douces nécessaires pour éviter le
stationnement trop prolongé des eaux sur la prairie. Il a
fait construire un étang asaez considérable et des canaux
d’irrigation à l’effet de porter partout sur ces terrains les
eaux fertilisantes.
TRAVAUX DES CHAMPS.
Aux améliorations des terres par les soins , les dépenses
«t l’activité des propriétaires , se rattachent très-étroitement
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DK LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
55
les labeurs du manoavrier , les travaux du serviteur zélé
qui les féconde de ses sueurs. Aussi est-ce avec le plus vif
intérêt que votre commission se complaît à vous signaler
les bons et loyaux services de quatre de ces collaborateurs ,
si indispensables aux propriétaires ruraux. Leurs travaux
sont bien rudes , leurs fatigues bien accablantes ! C'est en
bravant les frimats , les intempéries qu’ils les supportent ! Et
quand , malgré tant de peines et tant de sueurs , on les voit
s’attacher à leurs maîtres , les servir avec honneur et probité ,
leur montrer dans l’occasion tant d'amitié et de dévouement ,
ou se sent saisi pour eux d’un saint respect , d’une tendre
admiration ’. On se demande qui donc les rend si patients ,
si humbles , si résignés. Ah ! «ans doute ils attendent quel-
que chose d’antre part que d’id-bas ! Leurs regards plus
d’une fois se détachent de la terre !
En tête de ces hommes de peine et de dévouement, la
commission a placé avec distinction Jean- Joseph Blanchard ,
de Cbarmoia-rOrgneiUeux , et propose pour lui une prime
de 100 francs et nne médaille de bronze. Voici en abrégé
ce que le maire de sa commune nous apprend de loi
dans un récit aussi simple que touchant , et que confirment
tons les notables dn lien. Membre d’une nombreuse famille ,
Blanchard fut mis en doméstidté à l’ège de 9 ans pour
surveiller les troupeaux et aider son pauvre père à élever
ses enfants avee le produit de ses gages. Plus tard , se
sentant la force d’entrer chez an cultivateur , il prit du
service chez madame veuve Didelot , où il fut mis à la tête
d’un gros train de culture qu’il fit prospérer par ses soins
et son activité. Les enfants de cette dernière étant devenus
grands et assez forts pour pouvoir se passer de Blanchard ,
on le plaça, mais avec regret, chez une nièce devenue
aussi veuve et restée avec des enfants en bas Age. C’est
dans cette maison qu’il est encore en service maintenant.
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56
ANNALES
Placé à la tête dé toutes les affaires agricoles et commer-
ciales , il les fait prospérer admirablement. Il ne reste
jamais un instant sans s’utiliser. Dans la saison morte
où le cultivateur n’a plus à s’occuper des travaux des
champs , il part avec une voiture de grains pour aller la
vendre à Gray, et faisant contre-voiture, il ne rentre jamais
qu’avec des bénéfices dont il rend un compte fidèle à sa
maîtresse. C’est lui qui va chercher le vin dans les vigno-
bles , les cendres pour les cultures de l’année ; qui conduit
les grains sur les marchés, achète le bétail nécessaire à
l’exploitation , et rend compte de tout avec une probité
exemplaire , en même temps qu’il apporte dans ses trans-
actions autant de vigilance et d'économie que pourrait le
faire* un maître. Mais ce qu’il y a de plus beau dans. la
conduite de Blanchard, continue le maire, o’est que tous
ses gages sont donnés à son père et à sa mère , pour les
aider dans leur vieillesse et entretenir le reste de sa
famille. Les petits cadeaux qu’il reçoit lui suffisent pour
son entretien personnel. Voilà 19 ans que Joseph Blanchard
est en service dans cette famille et qu’il s’en acquitte
• avec honneur , intelligence et probité ; honneur à Joseph
Blanchard !
Le second de ces hommes si utiles et si modestes est
Jean-Baptiste Genay, du Tholy. Orphelin dès le berceau,
11 entra en qualité de domestique à l'Age de 19 ans chez
le sieur Rivât , du même lieu. Son intelligence et sa bonne
conduite lui valurent de la part de son maître une con-
fiance sans bornes , et ce fut pour lui un ami sûr pendant
12 ans qu’il demeura à son service.
En reprenant les affaires de mon père, dit M. Rivât
fils , je désirai m’attacher Genay , et je m’estime heureux
de l’avoir pour Compagnon de mes travaux. Depuis 1818
il a été en service tant chez mpn père que chez moi, et
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DE Là SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
57
rien au monde ne pourrait l'en détacher. Il est vraiment
le modèle des domestiques : fidèle , rangé , ouvrier in-
fatigable et propre à tout service , car il est tout à la fois
garçon de labour, meunier et sagard au besoin.
En conséquence, la commission vous propose , en faveur
de Jean-Baptiste Genay , une prime de 30 francs et une
médaille en bronze.
Les deux autres domestiques que vous avez à primer
sont deux femmes également employées aux rudes travaux
des champs.
L’une d’elles , Marie- Anne Joly , de Basse-sur-le-Rupt ,
est en service chez le même maître depuis 1812. Cette
brave fille , dit le maire de la commune , s'est toujours
conduite avec la probité la plus scrupuleuse , et a rempli
tous ses devoirs avec zèle et dévouement. En 1814 , lorsque
cette commune fut envahie par les troupes étrangères,
son maître fut obligé de s’enfuir pour se soustraire aux
mauvais traitements qu'ou lui faisait subir dans l’exercice
de ses fonctions municipales. Cette fille dévouée resta
pour veiller aux intérêts de son maître , et sauver de la
dévastation etdes rapines tout ce qu’elle pourrait. Elle per-
dit elle-même une grande partie de ses effets et ne voulut
jamais que son maitre l’en dédommageât , on le voyant à
son tour victime de dégâts considérables. Plus tard, les
gages des domestiques ayant beaucoup haussé par suite
de l’établissement des tissages de coton dans les montagnes ,
elle n’a jamais voulu quitter cette maison , malgré les
avantages qui lui étaient offerts dans d’autres familles.
La seconde , Elisabeth Jérôme , de Yaudéville , en servie»
chez le sieur Huguenin depuis 22 années consécutives ,
s'est toujours comportée avec zèle et fidélité , non- seu-
lement comme ménagère , mais aussi comme employée la
plupart du temps aux pénibles travaux de la .campagne.
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AIMALB8
5g
Se» maîtres s’empressent de rendre témoignage à sa vigi-
lance , à son activité , et à l'intelligence avec laquelle elle
s’acquitte des divers soins qu’il faut donner, soit à la
culture , soit à la tenue des bestiaux.
En conséquence , la commission propose de décerner à
chacune de ces deux domestiques une prime de 50 francs
et une médaille en bronze.
REPEUPLEMENT DES. FORÊTS.
La Société attache, et avec beaucoup de raison , une
haute importance à cette partie si considérable de la richesse
territoriale du département des Vosges , et dont les intérêts
se lient si étroitement à ceux de l’agriculture. Elle ap-
prendra avec une vive satisfaction que les travaux qui
lui sont soumis cette année ne le cèdent point en importance
à ceux des années précédentes , et elle regrettera peut-
être que les demandes de H. le conservateur aient été
renfermées dans des limites aussi restreintes , tout en res-
pectant les motifs de retenue et de discrétion qui ont
dirigé notre honorable collègue.
. Hais , pour vous entretenir plus convenablement de cette
partie du travail soumis en ce moment à vos délibérations ,
je vais laisser parler M. le conservateur lui-même , en
vous reproduisant presque textuellement la lettre d’envoi
qui accompagnait les pièces à l’appui de ses demandes.
C’est un rapport tout fait, è la lecture duquel tout le
monde n’aura qu’à gagner.
« Au nombre des plus utiles encouragrmeuts que la
» Société d’Emulation ait décernés, dit M. le oouserva-
> teur, elle doit compter, je crois, eeux qu’elle accorde
» annuellement à l’amélioration des forêts.
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59
DK LA SOClAté D'ÉMULATION.
> Ce repeuplement , en effet , n’est pas seulement im-
> partant parce qu’il augmente la richesse forestière du
» pays, mais encore parce qn’il doit avoir pour résultat
* d’assurer la perpétuité des sources , de faire reparaître
» celles qui se seraient taries par suite de déboisements ,
» d’augmenter par là la force des cours d’eau employés
» comme moteurs dans tant d’établissements industriels,
> et de rendreplus salubre l’air des montagnes , qui d'un
> autre côté resteraient éternellement stériles , si l’on ne se
> hâtait de prévenir par le reboisement l’éboulement des
> terres et l'effet des ravines.
» Dès mon arrivée dans les Vosges , j’ai donné aux travaux
» de repeuplement une impulsion aussi active qu'il m’a
» été possible; mais bien des résistances étaient & vaincre ,
» bien des maires ainsi que des agents et préposés forestiers
» avaient besoin d’étre stimulés , et je me plais à le reeon-
» naître, les encouragements accordés par la Société me
• sont venus pour cela puissamment en aide.
• Mais l’œuvre n’est pas terminée ; beaucoup de travaux
> restent encore à faire, et j’aime à croire que la Société
» voudra bien continuer ses encouragements- aux maires et
» aux agents forestiers qui se sont montrés dignes de cette
» faveur.
» Dans cette confiance , j’ai l’honneur de vous adresser
» des rapports indiquant fa quantité et fa nature des auté-
» Montions opérées par MM. Lachassagne, maire de Sehir-
» mecà , Fournier , maire d’Archettes , ainsi que par les
> gardes Thirion , Laurent , Lallemand et le brigadier
» Bond.
• La forêt de Schirmeck , l’une des plus riches du dé-
» portement , a été depuis un certain temps l’objet de 1a
» sollicitude éclairée de l’autorité locale. M. Mâller , ancien
» maire , y a fait d’importants et utiles travaux. Soit site-
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60
ANNALES
» cesseur, M. Lachassagne , marche à cet -égard sur ses
» traces. Depuis trois ans qu’il administre la commune de
> Schirmeck, il a fait ensemencer en épicéas 18 hectares
» de pâtis communaux situés en pentes , indépendamment
» du repiquement de 180,000 brins de la même essence.
» Vingt hectares des mêmes terrains ont de plus été préparés
» pour être ensemencés au printemps prochain. Ces travaux
» font du zèle de M. le maire pour l'intérêt hien entendu de
» sa commune un éloge d’autant plus beau qu’il a eu une
» résistance opiniâtre à vaincre de la part de ceux des ha-
» bitants qui ne voient que l’intérêt du moment. Je sollicite
* pour lui avec instance une médaille d’argent.
.» M.- Fournier ,. maire d’Archettes , a fait opérer , tant
» dans les forêts de cette commune que sur les chemius
» .vicinaux et dans ses propriétés particulières , des travaux
» d'améliorations qui me semblent devoir lui mériter une
v distinction de la part de la Société. .
> J’ai fait vérifier l’état des repeuplements qu’il annonce
» avoir été effectués pendant sa gestion , et assurément il
» n’a pas exagéré le chiffre des améliorations qu’eu sa qua-
». lité de maire il a fait exécuter. L’étendue des terrains
» repeuplés est de 80 hectares 4â ares. La forêt d’Archettes ,
» par suite de tous ces travaux , ne présente plus de vide,
» et l’administration forestière doit un résultat aussi rapide
» au concours de M. Fournier et des habitants de sa com-
» jnune dont il a su diriger le zèle et la bonne volonté.
» En conséquence , H. Fournier me parait avoir mérité à
» juste titre une médaille d’argent.
* Les gardes Thirion et Laurent me paraissent aussi
» mériter une récompense honorifique par leur excellente
» conduite et leur zèle pour les améliorations de toute
» nature. Depuis trois ans le premier a exécuté par lui-
» même des semis contenant 4 hectares 50 ares. H » r-**
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61
de la société d'émulation.
> une pépinière et repiqué 4000 brins d’épieéas. Il a de
» pins dirigé avec un soin remarquable et beaucoup d’in-
» telligence l’exécution de plusieurs autres semis d’épicéas
> d’une contenance de 32 hectares 15 ares, et la plantation
> de 1 59,000 brins de la même essence.
» Les travaux de Laurent consistait dans le repiquement
» de- 94, 540 plants d’épicéas et de mélèzes, l’établissement
> d’une pépinière, la récolte de 205 kilogrammes de graine
» de sapin qu’il a répandue sur 6 hectares peuplés de
» mauvais chéneaux rabougris , et dans la direction des
> travaux de repeuplement de 4 hectares 85 ares de vide ,
» ainsi que d’une plantation de 15,158 jeunes sujets. Je
» verrais avec bien du plaisir qu’il fût décerné à chacun
» d’eux One médaille de bronze»
» Je prierai également la Société de vouloir bien accorder
* une mention honorable an brigadier Houël , ainsi qu’au
» garde Lallemand, qui se conduisent parfaitement, et
» dont le zèle pour l’amélioration des forêts ne se dément
» pas. Cette mention serait pour eux un utile encorna-
» gement, en même temps que les antres gardes y verraient
« uu motif d'émulation. • »
La commission adoptant tontes les conclusions présentées
par M. le conservateur, vous propose en conséquence d’ac-
corder,
1° Une médaille d’argent à M. Lachassagne, et une antre
à M. Fournier;
. 2* Une Htédsilln de bronze à chacun des gardes Thirion
et Laurent;
3° Une mention honorable an brigadier Honél et une
autre au garde L alle m a nd .
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62
SEHVICSS PUBLICS.
M. le commissaire de police d’Épmal nom a adressé nne
demande en -faveur de l’un de ses agents. Voici en abrégé
dans quels termes il a motivé cette demande :
Joseph Nicolas , appariteur de police , âgé de 76 ans ,
est entré an service dè la commune èn octobre 1800. A
cette époque et pendant nn certain temps , on réunit à
son emploi la polioe de la paroisse et la surveillance des
forêts de la ville. Dans cette position si complexe , il fit
constamment preuve de zèle , de délicatesse et d’une très-
grande sobriété. Aussi fut - il toujours en possession de
l’estime de ses chefs.
Parvenu à la vieillesse aussi pauvre qu’au commence-
ment de sa carrière , Nicolas ne suffit pas seulement à ses
besoins .personnels et à ceux de sa femme ; U a trouvé
aussi le moyen do placer quelques fonds à la caisse d’é-
pargne en faveur d’une petite fille qui sut gagner son
affection , et à laquelle il « fait pins tard ouvrir les portes
de l’hospice, des orphelins. Un jeune homme de 16 ans,
qui lui est également étranger , partage depuis 5 an» avec
lui sa table frugale.
En résumé , Joseph Nicolas compte 43 ans de bons et
loyMa services , dorant lesquels sa probité s't jamais failli.
Resté pauvre, il est venu au secours de deux orpbeins
qu’il regarde encore «ajeurd’hei nomme ses propres enfants.
Votre commission , en présence de panels faits qui sont
connus de toute la ville, vous propose de le récompenser
par une prime de 50 francs et nne médaille de bronze.
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DK LA SOClfré D 'ÉMULATION.
63
INDUSTRIE.
Les progrès de l'industrie , les perfectionnements «tom
les arts de tonie espèce , ainsi qne les ouvriers habiles et
les chefs d’ateliers vigilants ne sont jamais restés étrangers
à vos sollicitudes et à vos récompenses. Cette année , trois
concurrents seulement nous ont para dignes de vos suffrages;
je vais les signaler snccintement à votre attention. Ce sent
MM. Mandra et Tisserand , comme chefs et propriétaires
d'établissements industriels, et M. Réveillé, d’Epinal, oeaMOr
chef d’atelier dans orne imprimerie.
Le premier, M. Maudra, propriétaire dans la commune
d'Adompt , est à la tête d ’une fabrique importante de tuiles.
En homme jalons de perfectionner son genre d'industrie, d
a imaginé une espèce de tuiles longaés, propres à recouvrir
les murs de jardin , et d’une largeur- teHe qu'elles rejettent
les eanx au loin et préservent ainsi les mur» et les espaliers.
Le prix de ces tuiles, est très - modique ; elles côùtont à
pmi près 1 franc le mètre courant. Les Unies ordinaires sont
d’une belle dimension et de la même qualité : en les croisant
comme il convient , elles «ouvrent 32 mètres de surface. La
nature de l’argile employée est encore améliorée chez loi
par l'hwernafe de la terre , un qui procure des tuiles plus
fortes et plus sonores , capables de résister aux hivers les
pins rigoureux. Tons ces faits sont attestés par l’autorité
locale , et de superbes échantillons ont été mis sous vos yeux.
Votre commission vous propose en conséquence une médaille
de bronze pour M. Mandra.
M. Tisserand , maire de Contrexéville , a découvert , il
y a pins de 4 ans , une carrière de piètre qui est aujourd’hui
en plein rapport, et dont l’exploitation est très-avantageuse
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64
ÀNKALES
au pays , où il n’en existait pas auparavant. De nombreuses
attestations témoignent qu’il le livre au commerce à 3 francs
de moins par mètre cnbe que les anciens exploiteurs , qui
ne peuvent lutter avec avantage contre cette baisse de prix ,
attendu les frais plus considérables de transport. Cette dé-
couverte présentant d’un autre côté d’immenses avantages
à l’agriculture , à laquelle elle peut fournir à meilleur marché
un de ses amendements les plus féconds, la commission
vous propose de décerner une médaille de bronze à M. Tis-
serand.
Enfin M. Réveillé, d’Épinal, nous a para, à titrede chef
d’atelier dans l’imprimerie de M. Pellerin, mériter une
distinction de la part de la Société. Après avoir servi son
paye avec honneur et bravoure sur les champs de bataille
de l’Empire , il est rentré dans ses foyers, où bientôt il s'est
fait remarquer par son intelligence , son zèle et son dévoue-
ment- aux chefs de la maison dans laquelle il n’a cessé de
travaillerdepuis près de 30.an». Aujourd’hui , par sa bonne
conduite, sa sobriété exemplaire , son bon esprit d’ordre et
de sage’ économie, il est depuis long-temps en possession
de la confiance entière de ses maîtres ; il est devenu pour
eux un auxiliaire indispensable , et pour les ouvriers un
guide et an modèle , objet de leur respect et de leur af-
fection. La commission s’empresse de vous demander pour
lui une médaille de bronze , afin d’honorér dans sa personne
le travail , la sobriété et l’économie , qui sont le trésor de
l’ouvrier.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
64
PRIMES ET MÉDAILLES
DÉCERNÉES LE 2 MAI 1843.
AGRICULTURE.
CANDIDATS PRÉSENTÉS PAR LES COMICES.
COMICE DE MIRECOUBT.
M. Husson (Charles) , de Mirecourt : prime d'honneur ;
médaille d’or de 200 francs.
M. Français (Laurent) , d’Offroicourt : création et irri-
gation de prairies ; médaille de bronze.
M. Tbomassin (Jean-Laurent) , d’Ahé ville : défrichements
et cultures nouvelles ; médaille de bronze.
COMICE DB COUSSEY. -
M. Lequin (Frédéric) , éultivateur à la ferme de Boin ville,
commune d’Autigny-ia-Tour ‘. culture perfectionnée ; prime
de 100 francs et une médaille en argent.
M. Qnaot (Joseph) , maître de poste an ehevan h Mar-
tigny-lèa-Gerbonvan : culture perfectionnée ; médaille en
argent.
M. Chevalier (Hector-Denis), maître de forges A Rebau-
veis , commune de Saint- Elopbe : création et irrigation de
prairies ; médaille en bronze.
à
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66
ANNALES
M. Grandidicr ( Nicolas ) , maire à Autreville : pour le
même objet ; médaille en bronze.
COMICE DE SAINT-DIÉ.
M. May (Jean-Baptiste), de Mandray : culture perfec-
tionnée ; médaille en argent.
M. de Bazelaire , de Sauley : culture perfectionnée ; mé-
daille en bronze.
M. Houël ( Jean- Pierre ),. de Deycimont : prairies mo-
dèles; médaille en argent.
M. Ferry (Édouard) , avocat à Saint-Dié : pour le même
objet; médaille en bronze.
AUTRES PRIMES DONNÉES A L’AGRICULTURE.
M. Michel ( François ) , cultivateur à Ëpinal . : culture
perfectionnée et piété fraternelle; une prime de 100 francs
et une médaille de bronze.
M. Poissard (Jean-Baptiste) , de Bainville : défrichements
et culture nouvelle ; médaille de bronze.
M. Lamarche (Charles-Nicolas), propriétaire à Épinal :
création et irrigation de prairies ; médaille de bronze.
M. Berquand (Nicolàs-Thiébault) , de Bruyères : création
et irrigation de prairies ; médaille de bronze.
TRAVAUX DES CHAMPS.
M. Blanchard (Jean-Joseph) , de Charmois-rOrgueilleux :
piété filiale, et bons services ; une prime de 100 francs et
une médaille de bronze.
M. Gepay ( Jean- Baptiste ) , du Thely : bons et loyaux
services ; médaille en bronze et une prime de 30- francs.
M eH ' Joly (Marie-Anne ) , de Basse-sur-ie-Rupt : bons
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 6?
services à la campagne ; prime de 50 francs et une médaille
en bronze.
M*'" Jérôme (Élisabeth) , de Vaudéville : bons services à
la campagne ; prime de 50 francs et une médaille de bronze.
REPEUPLEMENT DES FORÊTS.
M. Lacbassagne ( Michel ) , ■ maire de Schirmeck : une
médaille en argent.
M. Fournier (Jean-François), maire d’Àrchettes : une
médaille en argent.
M. Thirion (Nicolas) , garde forestier à Gerbamont : une
médaille en bronze.
M. Laurent (Pierre), garde forestier àVagney : une mé-
daille en bronze.
MENTIONS HONORABLES.
Au brigadier Houël (Jean-Baptiste).
Au garde Lallemand.
SERVICES PUBLICS.
M. Nicolas (Joseph) , agent de police à Épinal : bons et
loyaux services ; médaille en bronze et une prime de 50 fr.
INDUSTRIE.
M. Maudru (Benoit) , d’Âdompt : tuiles perfectionnées;
médaille en bronze.
Sf. Tisserand (Thomas) , maire de Contrexéville : décou-
verte et exploitation d’une carrière de plâtre ; médaille en
bronze.
M. Réveillé (Antoine) , chef d’atelier à Épinal : bons et
loyaux services ; médaille de bronze.
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68
ANNALES
PROGRAMME
DU CONCOURS POUR 1844.
Quatre à huit primes de 100 à 200 francs chacune
seront décernées à ceux de nos cultivateurs qui, d’un terrain
donné, sans distinction d’étendue, auront tiré tout ie parti
possible, par des assolements judicieux, combinés avec
l’élève des bestiaux, par le moyen de récoltes racines et
sarclées , et de prairies artificielles.
Une prime d’honneur, de .100 à 200 francs, sera en
outre décernée à celui qui , parmi les concurrents vainqueurs ,
aura été jugé le plus digne.
En outre, des médailles , soit en argent , soit en bronze ,
seront décernées pour les pbjets suivants :
i° Le repeuplement des forêts (indiquer l’étendue des
terrains repeuplés , l’essence des bois , leur croissance et
le mode de repeuplement); l’attache d’un agent supérieur
de l'administration forestière sera exigée.
2° La création ou l’irrigation des prairies.
3° Le défrichement des terrains improductifs , de la con-
sistance d’un hectare au moins , en une ou plusieurs pièces.
4° La multiplication des bons fruits dans les campagnes ;
les plantations de noyers ou autres essences propres à la
menuiserie et à l’ébénisterie , et dont la réussite soit assurée
sous l'influence de plusieurs années.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
5° La construction d'une maison d’exploitation rurale,
d’après les plans publiés dans le n* 18 du journal des
Connaissances usuelles.
6° L’introduction , dans la culture en grand , des instru-
ments aratoires perfectionnés , tels que la houe à cheval ,
le rayonneur , le coupe-racine, etc. L’introduction de cul-
tures nouvelles.
7° La fabrication améliorée des tuiles et des briques.
( Indiquer si l’établissement est en pleine activité et si déjà
ses produits sont dans le commerce.) Ceux qui voudrout
entreprendre cette sorte de fabrication , trouveront des
renseignements utiles dans les bureaux de la préfecture.
8° L’exploitation raisonnée des tourbières; la fabrication
du charbon de tourbe. (Indiquer si la carbonisation a été
faite en vase clos ou selon le procédé employé pour la
carbonisation du bois ; si déjà le charbon est répandu dans
le commerce.)
9° Le gouvernement raisonné et prospère des abeilles.
10° Les inventions ou perfectionnements dans les arts
mécaniques ou industriels.
1 1° Enfin des primes en numéraire seront accordées aux
garçons de labour , aux ouvriers et aux domestiques les
plus recommandables par leur dévouement , leur bonne
conduite, leur fidélité, l’amour du travail, l’intelligence
et la durée de leurs services chez le même maître ou dans
le même établissement.
Toutes les demandes devront être appuyées par des
attestations de l'autorité municipale j outre ces attestations,
la Société se réserve de faire examiner , par une commission
spéciale , les faits qui lui paraîtront mériter une attention
plus particulière.
Les pièces devront être adressées , franc de port , avant le
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70
ANNALES
1" janvier de chaque année, terme de rigueur, à M. Brigue!,
secrétaire perpétuel de la Société, à Épinal.
HORTICULTURE.
„ Légumes. — 1° Une médaille générale pour l’ensemm.
de l’exposition;
Des accessits;
Des meütions honorables;
2 e Une médaille de nouveautés ;
3° Une médaille de belle culture.
11° Fruits. — 1° Une médaille générale de nouveautés ;
2® Une médaille de belle culture et de collections. (Ces
collections ne pourront être moindres de 20 espèces ou
variétés , parmi lesquelles quatre seront nouvelles pour le
département. )
111° Fleurs. — 1° Une médaille d’ensemble d’exposition ;
Des accessits;
2° Une médaille de nouveautés,
PRIX EXTRAORDINAIRE POUR LES LÉGUMES.
Il sera accordé une médaille extraordinaire, de la valeur
de 50 francs , au cultivateur domicilié dans le département ,
qui présentera à l'exposition automnale de 1843 la plus
riche collection de beaux légumes. Cette collection ne sera
pas moindre de dix espèces , parmi lesquelles il devra y
en avoir au moins deux nouvelles et d’un véritable intérêt.
Toutes ces médailles pour l’horticulture seront distribuée»
avec les autres plus haut mentionnées , dans la séance pu-
blique du 2 mai 1844 ; mais avant cette époque , il y aura
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71
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
une exposition publique dans une des salles du musée dé-
partemental. C’est d’après cette exposition seulement que la
liste des primes sera arrêtée par un jury spécial.
L’exposition automnale de cette année aura lieu le 24
septembre prochain, et dorera quatre jours.
Les concurrents devront prouver que les objets qu'ils
présentent ont été obtenus et cultivés par eux ou par leurs
jardiniers , et prévenir le secrétaire perpétuel de la Société
d’Émulation au moins huit jours avant l’exposition publique.
Les lauréats seront libres de demander la médaille , ou
une somme en espèces égale à sa vàleur.
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72
. ANNALES
MÉMOIRE
SUR
LA NATURE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
ET ST! R LE TRAITEMENT A LDI OPPOSER ,
Par M. le Docteur L. TURCK ,
MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE.
AVANT-PROPOS.
Depuis plusieurs années , la fièvre typhoïde s’est développée
avec beaucoup de rigueur dans le département des Vosges ,
et notamment cet hiver, dans un pensionnat de jeunes de-
moiselles. Sur trente-sia; élèves que renfermait la maison,
neuf ont succombé à celte maladie. Ses causes les plus pro-
bables ont été le défaut d’espace dans les salles d’étude et les
dortoirs , une cour humide , sombre et petite , et l’humidité
de la saison. Le traitement a été dirigé par des médecins ,
hommes de cœur et de talent ,. et cependant le mal s’est
montré en celte circonstance plus puissant que leurs efforts.
Les saignées et les purgatifs ont été, je crois, seuls ou réunis,
les moyens opposés à ce fléau.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 73
J y»»* autre côté, mon honorable ami, M. le docteur
Haxo , frappé, «oit de l'insuffisance des moyens employés
jusqu’ici, soif de la diversité des opinions émises en pareille
matière , a demandé et obtenu , de la Société d‘ Émulation
des Vosyes, qu’une médaille d'or , du prix de 200 francs,
fht offerte à l’auteur du moiteur mémoire qui lui serait
adressé sur eette grave maladie.
Dans la mime séance , et sous l’empire des mêmes in-
spirations , je faisais hommage à notre Société du mémoire
suivant , qu’elle a bien voulu faire insérer dans ses Annales.
L’accueil qu’elle a fait à mon travail ne peut être justifié
que par V intention qui m’animait et par une extrême in-
dulgence. Cette indulgence , je la mérite un peu , éloigné
comme je le suis de tout centre scientifique et des ressources
qu’il faudrait pour traiter convenablement un sujet aussi
important. Toutefois , je crains bien que , ne me tenant pas
assez de compte des difficultés qui m’environnent , beaucoup
de mes confrères ne m'accusent , en me lisant , d’avoir trop
oublié le précepte du poète : Sunlite matériaux veatris , qui
scribitis , æqnam viribr».
Mais je ne chercherai pas à me défendre de ce reproche
et à désarmer mes critiques: Je suis le premier à reconnaître
F insuffisance de mon travail , tout en le croyant utile.
J’expose et je défends dm idées qui , pour n’itre guère que
f expression de l’expérience des anciens et de la science des
moderne» , sont cependant nouvelles et appelées à exercer
bientêt «ne grande et légitime iufiuenoc sur la médecine.
J’appOrte à fédifice médical une pierre qui n’a été ni enta-
chée , ni façonnée par moi ; je l’apporte , parce que j’ai
reconnu qu’elle était bonne , et je suis prêt à la soutenir
somme telle. J aurai d’autant plut' à faire pour cela qu’elle
sera meilleure : n’est -il pas dans .la destinée des idées
puissantes d'exciter d’abord de vives contradictions l
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AIUIALKS
Fontenelle disait , à cause de cela , que s’il avait la main
pleine de viritis il ne l’ouvrirait pas ; mais Fontenelle avait
encore plus d'ègcdsme que d’esprit , et l’amour de V huma-
nité doit toujours guider le médecin à travers les obstacles
qu’il rencontre'. Ce n’est qu’ainsi-qu’il pourra rester fidèle
à cette belle partie du serment d’Hippocrate : Sed castam
et ab omni' scelere puram tùm vitam , tùm artem meam
perpétué præstabo. Ne serait-ce pas en effet manquer à ce
grand devoir et souiller notre art et nos personnes si , croyant
avoir rencontré la vérité , nous la cachions pour de misé-
rables intérêts d’argent et de clientelle !
En lisant mon mémoire , on verra comment j’ai été amené
à proscrire , du traitement de la fièvre typhdide , les sai-
gnées et les purgatifs. Qn m’objectera peut-être que les
purgatifs sont moins nuisibles dans ce cas que les saignées ;
on me vantera les bons effets de l’eau de Sedlitz ; mais le
savant et consciencieux docteur Jjouis nous a suffisamment
édifiés sur la valeur de cette médication , en nous donnant ,-
pour les cas graves , une moyenne de traitement de trente-
quatre jours et une de dix-neuf pour les cas légers , avec
une mortalité de huit à dix pour cent.
Tout le monde reconnaîtra bientôt, je l’espère , que si,
dans la fièvre typhdide , les cathartiques sont généralement
moins nuisibles que la saignée , ils le sont cependant beaucoup
encore. Comment , en effet , les purgatifs pourraient - ils
guérir une maladie due au défaut d’action de la peau ? Je
n’ai rien épargné dans mon mémoire pour le prouver, et
si quelques médecins , qui n’auraient pas assez réfléchi sur
l’importance des sécrétions en général et sur celle de la peau
en particulier, étaient tentés de me contester le rôle que
je fais jouer ici à cette vaste membrane ; si , à toutes les
preuves que j’ai fournies en faveur de mon opinion-, si,
à tous les noms illustres que j’ai cités à ■ l’appui de mes
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DB LA SOCIÉTÉ D’ EMULATION.
doctrines , il fallait ajouter encore , j’invoquerai» l'autorité
du médecin de Pergame , dont la grande figure ne le cède
pas en majesté à celle du divin Hippocrate.
Voici ce que nous trompons dans son traité De mobbobdm
cadsis : SL ob astrictam catim cohibeantiir difflari ea quœ
priùs difflari consueverant , si qaidem fuliginosa fuerint
in specus cordis conversa eos exuront , protinùsqne fe-
brim accendunt. Il dit dans son traité De diffebehtiis
febbobdh : Porrô per obstructiones meatuum et humorum
constipa tiones ob pntredinem solet febris oriri . . . Frigos
oogit , densat , stipat , astringitque corpora quibus occurrit :
qu6 -fit ut insensiles perspirationes , manifestôque effluxus
cohibeat , ajoute-t-il dans son Traité des épidémies.
Les Arabes qui, au temps de Mme, étaient -déjà tels
à peu prés que nous les voyons aujourd’hui , et chez lesquels
on. trouve tant de preuves d’une vieille et puissante obser-
vation, ont aussi reconnu le rôle considérable de la peau
et l’ont consacré d’une manière bien remarquable. Quand
ils s’abordent , au lieu de se demander mutuellement com-
ment ils se portent : ente haar, comment sues-tu , comment
as-tu chaud ? se disent-ils , et malheur à celui qui répond
ma fisch baar, je ne sue pas : une maladie grave, la mort
même le menacent.
Tous les médecins ont lu le rapport de mon savant ami ,
M. le docteur Seouttetten , sur l’hydrothérapie qu’il est
allé étudier en Allemagne, d’après l’ordre de M. le Mi-
nistre de la. guerre, et tout le monde a retenu le fait re-
marquable qu'il cite d’une fièvre typhoïde guérie en cinq
jours à l’aide de l’eau froide, à l’hôpital de Strcubourg,
Le sujet de cette observation , le soldat G. , était depuis
un mois à cet hôpital pour se guérir . d’un rhumatisme -
articulaire aigu. Convalescent de cette maladie , la diar-
rhée , le délire , la fièvre typhoïde enfin vinrent l’accabler.
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ANNALES
L'eau froide a pu le débarrasser en cinq jours de celte
complication de maux . On me demandera peut-être com-
ment , avec mes principes , il serait possible (f expliquer
la guérison de cet homme , on me demandera si j’accepte
le dogme de l’école homéopathique : simflia similibus eu-
rantur ; je n’en ai garde , et dans le fait , Veau froide ,
appliquée à l’extérieur , d’après la méthode de Prietznitz,
n’a d’autre effet que de relever les fonctions affaiblies de
la peau , qui bientôt alors se couvre d’une sueur abondante .
L’eau froide agit dans ce cas comme le feraient les bains
très-chauds , les étuves , tes lotions alcalines , mais avec
beaucoup plus de peine , d’une manière bien plus fatigante
et non toujours exempte de dangers. M. le docteur Scouttetten
convient aussi qu’il est impossible d’appliquer ce traitement
aux maladies de la poitrine , et une foule de fois nous ren-
controns les poumons malades quand nous sommés appelés prés
de personnes affectées de la fièvre typhoïde. L’hydrothérapie
serait mortelle alors ; elle le serait aussi dans les cas nom-
breux où la force de réaction ne suffirait pas pour rappeler
une chaleur suffisante à la peau.
Je connais un cultivateur des bords de la Seille, M. Tri -
boult , de Tincri , cultivateur à Delme , qui traîne depuis
deux ans la plus misérable existence , par suite d’un abcès
du bassin qu’il doit à des bains froids et courts , qu’un mé-
decin, disciple de M. Prietznitz , et fondateur lui-même d’un
établissement d’hydrothérapie à Pont-à-Mousson , lui avait
conseillés pour le guérir d’une sciatique. J’ai connu deux
hommes distingués , à Nancy , M. le docteur G. et M. Th. ,
qui , tous deux , furent maires de cette ville. Ils s’étaient
habitués à prendre des bains froids , même en hiver, et ils
en vantaient l’excellence. Ces bains les usèrent de bonne
heure , et de bonne heure ils furent accablés par les plus
pénibles infirmités de la vieillesse. C est ce que comprenaient
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
77
bien les anciens médecins, qui connaissaient beaucoup mieux
que nous l’art d’administrer les bains. Et oportet ut ille
qui vult balneari in aquà frigidà , disait Avieennes , ait ju-
veuis , ut cjes caliditas ait suffirions ad reaiatendnm aqaæ
frigidæ , etc.
Je ne veux certainement pas me poser ici en détracteur du
célèbre Prietxnitz, au mérite duquel je rends depuis long-
temps un sincère hommage, et que mon frère a si bien
apprécié il y a long-temps déjà dans un article de la Revue
du Nord. Mais , médecin aux eaux de Plombières depuis
de nombreuses années , ma pratique m’a fourni , ainsi qu’aux
autres médecins des eaux thermales , un grand nombre de faits
aussi beaux, plus beaux peut-être que ceux que l’on vante
comme des miracles de l’hydrothérapie ; j’ai obtenu ces résul-
tats en bien moins de temps que n’en exige l’emploi de l’eau
froide ; je les ai obtenus avec bien moins de souffrances et de
dangers de la part des malades , et nos moyens peuvent s’ap-
pliquer avec succès à la plupart des maladies aigues et chro-
niques , tandis qu’il est loin d’en être ainsi , comme nous
l’avons vu tout à l’heure, du traitement autrichien.
Quoi qu’il en soit, les faits que l’on doit à M. Prietznitx
et à ses disciples , ceux que fournissent chaque jour nos éta-
blissements thermaux ceux aussi que j’ai consignés dans
mon mémoire prouveront , je l’ espère , que le plus grand
nombre de nos maladies aigues ou chroniques reconnaît pour
cause la diminution des fonctions de la jpeau, fonctions que
mon frère a fait si bien connaître , en-mime temps qu’il a
découvert les plus puissants moyens de les modifier.
L’illustre Mnrgagm , dans son épitre dédkatoire à l'aca-
démie des Curieux de la nature à l’occasion de son premier
volume De sedibus et cousis morborum per anatomem in-
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AHNAI.ES
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dagatis , s’élevant contre les médecins qni, de son tenips ,
contestaient l’utilité de l’anatomie pathologique , les appelle
des demi-savants, .des présomptueux , des oisifs, des scep*-
tiques dont il faut désespérer. Un professeur fort distingué
de la faculté de Strasbourg , M. te docteur Forget , dans
son discours d'ouverture de la dernière année scolaire , en
parlant des médecins qui , de nos jours , ont encore des
opinions à peu près semblables à celles que' flétrissait Mor-
gagni , les compare à des sauvages maudissant le soleil ,
parce que ses rayons les brûlent et que son éclat les éblouit.
Ces jugements , si absolus qu’ils soient , ne sont heu-
reusement pas sans appel. On peut aujourd’hui , plus
qu’à aucune autre époque , grâce surtout aux progrès récents
de la science , accuser l’anatomie pathologique d’avoir mo-
mentanément usnrpé une place .beaucoup plus grande que
celle qu’elle doit occuper. Je sais bien que , si , ne con-
sidérant pas cette branche de la médecine comme la lu-
mière qui doit surtout nous guider, ainsi que le voudrait
Morgagni , on rejetait en outre tous les enseignements
qu’elle peut nous fournir, on commettrait une grave erreur.
L’anatomie pathologique a mis en évidence une foule de
faits dont la physiologie peut profiter bien mieux que des
expériences si cruelles , prodiguées de nos jours sur les
animaux, mais moins cruelles cependant, il faut bien en
convenir, que celles que préconisait Celse quand il disait :
optimi f ecitte Herophilum et Erasistratum qui nocentet
homines à regibus ece carcere aeceptos vivo s indderint.
L’anatomie pathologique peut nous fournir encore des
renseignements très-précieux sur les altérations organiques
produites par les maladies que nous n’avons pu guérir,
mais hors de là , elle ne peut plus que nous égarer dans
la Toute de l’observation ', elle ne peut qu’arrêter la marche
de la science. Ainsi , quand Morgagni prétendait que , si ,
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
après avoir examiné un grand nombre de corps morts
d'une même maladie , on trouvait dans tous la même al-
tération organique, cette altération était bien la maladie
même , Morgagni se trompait complètement : il prenait
l’effet pour la cause. Cette erreur a été partagée après
lui par presque toute l’école anatomo-pathologique dont
Théophile Bonnet et lui doivent être considérés comme les
fondateurs et les chefs.
Aussi long-temps que l’organisation fonctionne avec ré-
gularité , une lésion anatomique ne peut certainement pas
e'y produire , et quand cette lésion apparait , il y a toujours
un trouble fonctionnel qui l’a précédée. Hais ce trouble ne
peut avoir lieu sans une cause déterminante , et c’est l’action
de cette cause sur l’économie qui constitue et qui carac-
térise la maladie : la lésion anatomique n’en est qu’un des
effets , comme la douleur, l’accélération ou le ralentissement
du pouls et tous les autres désordres que l’ou peut observer
chez les malades -, nier cela , ce serait vouloir un effet sans
cause , ce serait bien antre chose que l’organisation spon-
tanée qui ne peut se passer encore de l'influence dè l’eau ,
de l’air , de la lumière', de la chaleur et de l’électricité :
ce serait une impossibilité. Que , par exemple , un homme ,
sous l’influence d’un froid subit , contracte une pneumonie ,
au moment même où le froid agit , est-ce que la lésion
anatomique existe déjà ? Évidemment non , elle ne vient
qu’à la longue et comme produite par l’action du froid.
C’est ce qu’est obligé de reconnaître H. Forget dans la
leçon déjà citée ;*mais , ajoute-t-il , entre le froid qui agit
sur la peau et la lésion qui constitue la pneumonie ou le
rhumatisme , il existe nn intermédiaire : quel est-il ? est-ce
le sang ? est - ce l’influx nerveux ? est- ce l’un et l’autre ?
S’il éxiste une lésion générale , en quoi consiste-t-elle? quelle
est sa nature? quels sont surtout les moyens d’y remédier?
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AMAU»
Vous croyes saut doute que M. Forget va répondre à
toutes ces questions qu’il a si bien posées ; mon Dieu ! non ;
il a hâte de vous dire que , s'il est curieux de les agiter
théoriquement , il serait dangereux de les faire intervenir
dans la pratique ; que pour lui il néglige l’étude des causes
pour arriver le plus vite possible an douloureux mobile
des expressions fonctionnelles , à la lésion anatomique ; et
c’est ce qu’on nomme faire de la médecine positive ! Hais
le mode d’action de la cause morbide n’est-il donc qu’une
curieuse inutilité? Certes, il faudrait le connaître avant
d’oser le juger ainsi. Où en seraient les physiciens et les
chimistes s’ils avaient adopté une marche semblable ? si ,
au lieu de suivre avec sévérité et à l’aide de beaucoup de
labeurs , l'enchaînement de tous les phénomènes qui se
présentaient à leur observation , ils avaient éludé ainsi les
principales difficultés en ne s'attachant qu’aux modifications
matérielles les plus apparentes? Leurs sciences, aujourd’hui
si avancées ; si fécondes en puissants enseignements, seraient
encore dans d’épaisses ténèbres.
Mon l’étude de la cause morbide et de son action sur
l’économie n’est pas une étude inutile. C’est par elle au con-
traire , c’est par elle surtout que vous arriverez À apprécier
le véritable caractère , la nature de la maladie que vous êtes
appelé à saigner ; et tant que cette nature ne vous sera
pas connue , vous aurez beau vous débattre , malgré tous
vos efforts , malgré toute votre science , de nombreux
revers viendront attester que la lumière qui vous guide
est trompeuse.
Hais comment suivre l’action du froid de la peau jusque
dans l’intérieur de la poitrine , et comment retirer de cette
étude d’ntües enseignements? Pour être difficile , cela n’est
pas impossible , il s’en faut bien ; je vais essayer de le
démontrer.
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81
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
Depuis le commencement du dix -septième siècle (1) ,
nous savons , grâce aux travaux de Sanctorius , que la
peau est de beaucoup le plus puissant de nos sécréteurs.
Les expériences si remarquables de l'illustre médecin de
Venise l’ont surabondamment démontré , et depuis lui un
grand nombre d'autres savants , parmi lesquels on dis-
tingue Dodart , Keil , Robinson , Sauvage , Lavoisier et
Seguin , sont venus confirmer l’exactitude de ses recherches.
Cruicksbanks le premier a démontré qu’il s’exhale conti-
nuellement de la peau une grande quantité d’acide carbo-
nique. Le comte de Milly obtint des résultats analogues
que Jurine a confirmés depuis.
Bertholet a découvert ensuite Un autre acide dans la
transpiration cutanée, il le croyait de l’acide phospborique.
Une expérience de Davy porterait à croire que cet acide
est un mélange d’acides sulfurique , chlorhydrique et phos-
phorique. Il résulterait de recherches péu précises sur le
même sujet , par MM. Thénard et Berzélius , que cet acide
serait de l’acide acétique ou de l’acide lactique -, enfin ,
Anael m ino a trouvé dans la transpiration cutanée l’acide
carbonique que signalait Cruickshanks et l’acide acétique
qn’y rencontra M. Thénard.
L’hnmenr de la transpiration cutanée est donc acide ;
mais par quelle cause mystérieuse la peau peut-elle extraire ,
du sang qui l’abreuve , des substances de cette nature ,
puisque le sang est toujours alcalin ? Ce problème si im-
(4) Je demande pardon à mes lecteurs d'avoir lait précéder ce que j’ai h
dire sur la fièvre typhoïde d'une exposition rapide dea doctrines électro-chi-
miques snr lesquelles j’appuie mon travail ; mais comme ces doctrines sont
encore fort peu répandues , j’aurais risqué sans cela d’étre inintelligible pour
beaucoup de peraonnnes , et j’aurais ôté ainsi k mes recherches le pen d’utilité
qu'elles peuvent avoir.
fi
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AHHALES
portant a été complètement résolu par les travaux de mon
frère , qui établissent de la manière la plus évidente que
la peau contient toujours chez l’homme sain de l'électricité
négative à l’état de tension , et d’autant plus que se» fonctions
sont pins puissantes.
On comprend dès-lors que la peau , électrisée réguliè-
rement, repousse loin d’elle les substances qui jouissent
de la même électricité. C’est donc dans les sels du sang
que la peau puise les acides qu’elle secrète. Ses fonctions
ont donc, au nombre de leurs résultats, celui de mettre
en liberté les alcalis du sang.
Mais si la peau secrète des acides en vertu de sa tension
négative , en est-il de même des poumons , qui , eux aussi ,
paraissent devoir être rangés parmi les sécréteurs négatifs ,
puisqu’ils rejettent de l'acide carbonique ? Un examen
superficiel pourrait amener à cette conclusion, mais mon
frère a prouvé qu’en présence de l’oxygène, le {dos né-
gatif de tous les corps connus , l’acide carbonique jouait
le rôle d’une substance positive ou alcaline, et que les
poumons , étant avides du premier de «es gaz et repous-
sant l'autre , étaient nécessairement doués d’une électricité
contraire à celle de la peau , qu’ils étaient électrisés po-
sitivement. Aussi , tandis que les lotions alcalines excitent
la peau , augmentent sa transpiration et la rendent d’autant
plus acide qu’elles sont plus alcalines , les inspirations
ammoniacales , à dose modérée , agissent d’une manière
entièrement opposée sur les poumons et en diminuent la
vitalité, comme le font les lotions acidulés sur la peau.
Si maintenant on examine tous les autres sécréteurs ,
on voit que les uns sont négatifs comme la peau , les autres
positifs comme les poumons. Ainsi avec ceux-ci on compte
le foie , les glandes salivaires et lacrymales , le pancréas ,
les testicules et les séreuses. Avec la peau , au contraire ,
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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATIOK.
le tube intestinal , les reins et les mamelles , et , chose
bien remarquable , ' les sympathies organiques s’exercent
encore d’après cette grande loi. Ainsi , les organes génitaux
achèvent de sc développer en même temps que les poumons ,
leur exercice abusif entraine facilement la phthisie pulmo-
naire , comme cette dernière maladie amène leur surexci-
tation. Tout le monde connaît aussi les étroites sympathies
qui existent entre les organes génitaux et la muqueuse de
l’œil , entre les poumons et le foie.
fies sympathies non moins étroites unissent la peau au
tube intestinal , aux reins et aux mamèlle's. Il y a donc
dans l’homme une véritable pile , dont les éléments divers
sont séparés par le tissu cellulaire , auquel mon frère a re-
connu la propriété d’isoler d’assez forts courants électriques,
tant que ses cellules ne sont pas blessées : le système
nerveux et les vaisseaux sanguins viennent fermer le cercle
de cette pile vivante. Oh comprend dès -lors qu’aussitét
qu’un de ses pèles se trouve affaibli , la tension de l’autre
doit augmenter absolument comme cela aurait lieu dans
une pile ordinaire.
Quand donc la peau se trouve affaiblie par le froid hu-
mide ou par toute autre cause débilitante , les reins , le
tube intestinal , les mamelles éprouvent la même faiblesse ,
et tout l’appareil opposé se trouve dans un état contraire.
Il y a alors une tension morbide qui appelle , dans les or-
ganes oh elle s’exerce , une trop grande quantité de sang ,
et qui constitue les phénomènes de l’inflammation. Le sang
est appelé d’autant plus énergiquement dans ce cas que ,
les sécréteurs acides n’agissant plus avec assez de force ,
ses bases saturées en trop grande quantité offrent davan-
tage, à l’électricité positive qui en est avide, les acides
auxquels elles sont unies.
Mais il peut se passer alors , dans un point quelconque
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ANNALES
de l'appareil positif , un phénomène très-important , et qui
avait échappé jusqu’ici aux observateurs qui ont précédé
mon frère. La tension du système positif, devenant trop
forte , oblige celui-oi à se décharger sur l’appareil opposé
par un point quelconque de son étendue , par celui qui
offre le moins d'obstacles à la rencontre des deux électri-
cités. La goutte , le rhumatisme aigu , les inflammations
des dents et une foule d’autres cas nous en offrent de
nombreux exemples.
On peut donc étudier l’action du froid sur la peau et
s'expliquer facilement tous les accidents morbides qui en
sont le résultat : on peut, en d’autres termes, suivre 'son
action depuis la peau jusque dans l’épaisseur de nos tissus
les plus profonds et la bien comprendre. Mais sera-ce une
étude simplement curieuse , ainsi que le prétend M. le pro-
fesseur Forget ? Non , certes , ce sera une étude du plus
grand intérêt, puisqu’en nous enseignant la nature de la
maladie , elle nous indiquera en même temps les meilleurs
moyens de la combattre.
Connaissant en effet l’importance des sécrétions de la
peau , sachant que d’elles résultent d’une part la produc-
tion d’une grande partie de notre fluide nerveux , de l’autre,
le rejet hors de l’économie de substances acides , puisées
dans les sels du sang , nous comprenons que la diminution
de ces sécrétions amène aussi une diminution considérable
dans la production du fluide nerveux , ainsi qu’une mo-
dification matérielle et nuisible dans la plus importante
de nos humeurs , dans le sang , qui , n’étant plus alors
assez alcalin , devient trop plastique et trop facile à attirer
par les organes électrisés positivement.
Dès-lors , dans toutes les maladies qui auront pour cause
un refroidissement de la peau , une diminution de ses sé-
crétions , nous devrons avant tout chercher à rappeler ces
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85
DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMÜLATJOI».
dernières à l’état normal , en n’onbliant pas qu’il faudra
d’abord les surexciter d’autant plus et d’autant plus long-
temps que leur interruption aura duré davantage , et que
l’altération consécutive du sang sera plus profonde.
Ces considérations générales étaient un préliminaire obligé
pour que je pusse arriver plus facilement à l’importante
question de la fièvre typhoïde. Si je n’avais pas montré
d’abord combien se trompent ceux qui accordent une si
grande valeur aux lésions anatomiques qu'ils les consi-
dèrent comme la maladie même , si je n'avais pas insisté
sur l’importance d’une étude plus attentive , ne négligeant
dans T examen d’une maladie aucune circonstance appré-
ciable , mm efforts auraient pu échooer devant la réputation
de ceux de mes confrères qui , dans ces derniers temps ,
se sont le plus occupés de ce grave sujet.
Cette maladie , extrêmement commune , à formes très-
variées , et susceptible de revêtir les caractères les plus re-
doutables , est encore à peu près entièrement inconnue.
Les recherches des anatomo-pathologistes ont bien appris
que le plus souvent , chez les malades qui succombent à
cette affection , il y a une altération morbide de la der-
nière portion , surtout de l’intestin grêle et principalement
de ses plaques elliptiques , mais elles n’ont pas plus enseigné
la nature de la maladie et le remède qui lui convient , que
les mêmes recherches n’ont enseigné la nature du cancer et
celle du tubercule.
Lorsque les glandes de Peyer sont ulcérées au point
de déterminer une abondante hémorragie , ou lorsque
f ulcération perfore l’intestin , l’altération organique est
évidemment la cause prochaine de la mort : mais bien
sonvent on meurt de cette maladie sans avoir d’hémorragies
ou de perforations intestinales ; il faut souvent même une
grande attention pour reconnaître une altération mor-
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ANNALES
bide des plaques , ou bien les ulcérations ont disparu et
sont remplacées par des cicatrices lorsque la mort arrive,
A quoi donc attribuer cette dernière? Et puis quand bien
même toutes les personnes qui succombent à la fièvre ty-
phoïde auraient de nombreuses ulcérations , des perforations
intestinales , que prouveraient - elles autre chose , sinon
que la fièvre typhoïde amène à sa suite , dans les cas graves ,
ces altérations morbides ? Au surplus , la preuve la plus
complète que la connaissance de ces lésions anatomiques
est tout-à-fait stérile , c’est que , malgré d’innombrables
ouvertures cadavériques , malgré de nombreuses discussions
soutenues dans les dernières années par les plus habiles
professeurs , malgré tous leurs efforts , on est encore
obligé maintenant de réclamer une enquête sur le meilleur
traitement à prescrire contre cette maladie.
Si l’anatomie pathologique avait pu découvrir le caractère
de la fièvre typhoïde, comment le savant M. Louis serait-
il en si complet désaccord avec M. Bouillaud , pourquoi
M. Forget serait-il en opposition si tranchée avec M. Louis >
avec M. Chomel, avec M. Bouillaud lui- même? N’est-il
pas évident que la cause de tant et de si graves dissidences
vient de ce que ces savants médecins , prenant l’effet pour
la cause , sont partis tous deux d’une base également fausse ,
et pour apprendre la vie , n’ont interrogé que la mort?
On m’objectera peut-être , avec Galien du reste , que
toute fonction correspondant à un organe chargé de l’exé-
cuter , tous les troubles qu’elle peut éprouver ne viennent
que d’une lésion quelconque de cet organe % et que dès-lors
les recherches des anatomo-pathologistes sont seules capables
dé découvrir la nature des maladies. Certes , j’admets bien
les rapports les plus étroits entre l’organe et la fonction
qu’il exécute % mais je nie que tout trouble fonctionnel ré-
ponde à une lésion anatomique ; il s’en faut bien qu’il
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 87
en soit ainsi. Très - souvent les troubles fonctionnels ne
sont pas accompagnés de lésion de tissa ; sans cela la vie
serait impossible , l’organisation la plus robuste serait dé-
traite en peu de temps. Ne confondons plus la lésion de
fonction avec la lésion anatomique ; il y a souvent entre
ettat , et heureusement pour noos , d’énormes différences -,
mais -étudions avec plus de soin qu’on ne l’a fait jusqu’ici
les lésions fonctionnelles , leurs causes et tontes les modi-
fications matérielles qui peuvent en résulter, non-seulement
dans un point quelconque de l'économie , mais dans son
ensemble.
La fièvre typhoïde a reçu des noms fort divers , suivant
le {dns on le moins de gravité des symptômes qu elle pré-
sentait , suivant aussi les opinions médicales des observa-
teurs. On l’a nommée synoqoe , synoque putride , fièvre
ardente , fièvre putride , fièvre bilieuse , fièvre iuftamma-
taire , fièvre maligne , fièvre nerveuse , fièvre lymphatique ,
fièvre muqueuse , fièvre mésentérique , fièvre pituiteuse ,
fièvre pestilentielle , fièvre angeioténique , fièvre méningo-
gaatriqœ, fièvre büioso-putride , fièvre adéno- méningée ,
fièvre adynamique , fièvre ataxique , fièvre typhoïde , dothi-
nestérie , et enfin entérite follieulense. Plusieurs médecins
de notre époque pensent que toutes les fièvres continues
des auteurs ne sont que des variétés de cette maladie, ns
se trompent cependant , car un certain nombre de fièvres
con tinu e s sont d’une nature entièrement opposée à celle de
la fièvre typhoïde : telle est la guette miliaire , telle était
aumai là fièvre que Sydenham observait de 1667 à 1668.
Hippocrate, qui, le premier, nous a donné de bonnes
descriptions de la fièvre typhoïde , bonnes au moins pour
le temps où vivait ce grandhomme , ne nous a rien appris
sur le traitement à lui opposer; mais déjà ee profond ob-
servateur remarquait que la plupart de ses malades avaient
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ANNALES
des frissons dès le début, des sueurs partielles souvent
froides et les extrémités glacées.
Sydenham , en décrivant la fièvre de 1685 , bous dit
qu'au début les malades étaient attaqués de froid et de
chaud. Après avoir décrit les fièvres intermittentes de
1661 r 62 , 63 et 64 , parlant de la fièvre continue qui
régnait à la même époque , il dit qu’elle commençait comme
les autres fièvres , c’est-à-dire par le frisson ; que la peau
des malades était sèche , leur langue sèche et noire , et
qu’au second ou au troisième septénaire , cette affeetion se
terminait par une sueur ou plutôt par une douce moiteur.
D’après Huxam , la fièvre lente nerveuse débute par des
frissons , des tremblements qui sont beaucoup plus forts
lorsque la fièvre doit être putride.
La fièvre inflammatoire ou synoque non putride de Stoll
commence par un froid considérable. Les femmes atta-
quées par la fièvre lente nerveuse , entrées dans son hôpital
pendant les mois d’avril et mai 1777 , éprouvaient pour
la plupart, au début , des frissons légers et vagues, avaient
la peau sèche , sale , imperspirable , rude au toueher.
La phrénésie , assez commune dans son hôpital , et qui
n’est souvent qu’une variété de la fièvre typhoïde , était
aussi toujours précédée par des frissons , des douleurs ob-
tuses de la tète, de la lassitude. Ailleurs, parlant de la
fièvre bilieuse simple , Stoll nous dit encore qu’elle com-
mence par de F horripilation. La lassitude et des horripi-
lations sont aussi , d'après lui , les premiers symptômes de
la fièvre pituiteuse , et un froid presque continuel est le
prodrôme de la fièvre putride ou synoque putride.
J. Franck , décrivant la fièvre pituiteuse ou muqueuse,
lui donne pour premiers symptômes des frissons et la sé-
cheresse de la peau : il reconnaît un début semblable à la
fièvre gastrico-saburrale, à la fièvre continue gastrique ,
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
à la fièvre rhumatismale simple , à la fièvre inflammatoire.
M. Louis a reconnu que , sur trente -trois personnes
mortes d’affection typhoïde et observées par loi , trente-
une avaient eu des frissons au début. Chez celles qui gué-
rissaient de cette maladie , le même médecin a remarqué
que , dans les cas graves , il y avait toujours eu , au com-
mencement, des frissons ou une grande sensibilité au froid.
Trois malades seulement sur quarante -cinq sembleraient
avoir fait exception à cette loi ; mais , ainsi que le fait
observer H. Taupin en parlant des frissons qui signalent ,
chez les enfants , le début de la fièvre typhoïde , ces frissons
peuvent échapper dans quelques cas à l’attention des malades
et à l’attention de ceux qui les soignent.
Le frisson , dit M-. le professeur Forget , est le phéno-
mène initial de la maladie. Ainsi tous les observateurs sont
unanimes pour constater le refroidissement de la peau au
début de la fièvre typhoïde. Comment donc n’a-t-on pas
attaché plus -d'importance à un phénomène si constant et
d’un ordre si élevé? Il y a bien des siècles que Crise
disait’ ; mali etiam morbi tignum eit. . . caput et pedes
manusque frigidas habere . . . aut frigidas exirtmas parte»
acuto morbo urgente. — Qui in fine verts , disait Sanctorios ,
prématuré se vestibus spoliant et autumno tardé induunt ,
in febres asiate, in destillationes hgeme facili incidunt. Enfin
il nous a donné , et il y a long-temps déjà , cet important
précepte entièrement oublié de nos jours : Si médiats qui
prétest aliorum sanitati sit tolém capote additionis et
evacuatioms senribilis et neseiat quanta quotidié illorvm
sit perspiratio insensibilis , illot deéipit et non medetur.
Pourquoi doue n’avons - noos tenu aucun compte de la
transpiration chez nos malades affectés de fièvres typhoïdes ,
ri des modifications qu’elle éprouve alors en quantité ri
en qualité?
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AJIHALBS
Ponr bien connaître cette maladie , il Cadrait non-seu-
lement faire dans nos hôpitaux un fréquent usage de la
balance de Sanctorius , mais tenir compte aussi de la nature
de la transpiration. On arriverait très-probablement à con-
stater bien vite une 'diminution considérable des fonctions
de la peau dans ce cas , et on constaterait également que
la transpiration devient alors ou neutre ou beaucoup moins
aride ; on comprendrait ainsi les accidents nerveux , lès
modifications humorales et tous les autres phénomènes qui
accompagnent la fièvre typhoïde.
Hais , me dira -t- on , si la peau est froide au début,
bientôt sa température s’élève de manière à rétablir facile-
ment l’équilibre , si son refroidissement seul avait pu le
rompre , et IL Louis d’ailleurs a constaté que , chez plus des
deux tiers des malades qu’il observait et qui ont succombé
à la fièvre typhoïde, te température de leur peau s’était
considérablement élevée.
La chaleur de la peau est bien loin d’accompagner tou-
jours une transpiration abondante. J’ai vu souvent la peau
des malades être très- chaude et ne pas altérer du tout ,
pendant l’espace de plusieurs jours , une oouebe légère de
tourne -sol dont je l’avais colorée. C’est que la tempéra-
ture d’un organe est loin d’ètre en rapport constant avec la
quantité de ses sécrétions. Ainsi , dans les plaies superfi-
cielles, nous avons pu tous observer un grand nombre de:
fois que la suppuration était presque nulle , alors que la
température de la partie malade était très- élevée. An début
d’une brotaeh&e, quand on eat tourmenté par une fièvre
vive, par une toux continuelle , et que la ehakur du corps
eat très-grande, les sécrétions bronchiques sont bien moins
abondantes qu’elles ne le seront plus tard , quand k c ha leur
générale aura diminué. Au surplus ou comprend facile-
ment que , dans certaines circonstances , la température de
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION.
la peau s’élève beaucoup , quand bien même ses sécrétions
seraient notablement affaiblies. On sait, en effet, que les
liquides ont besoin , pour passer à l'état de vapeur, d’une
quantité très - considérable de chaleur , qui disparaît aussi
long-temps que ces corps restent dans ce nonvel état, et
cette chaleur reçoit alors , à cause de cela même , le nom
de calorique latent. On a calculé que ce calorique s'élevait
pour là vapeur d’eau à 550 degrés centigrades , sous la
pression atmosphérique ordinaire. Ainsi, que l’on mêle une
livre d’eau en vapeur, marquant 100 degrés , à cinq livres
et demie d’eau au degré de la glace fondante, au 0 de l’é-
chelle , on aura six livres et demi d’eau à 100 degrés ,
c’est-à-dire , à la température de l’eau bouillante. Or qu’un
homme rejette parla transpiration cutanée quatre livres par
jour de vapeurs aqueuses , à 30 degrés centigrades seule-
ment , il aura perdu ainsi 2,320 degrés de chaleur. Mais
si la peau se refuse à cette fonction , ou ne l’accomplit du
moins qu’ imparfaitement , on comprend qu’elle puisse ar-
river alors à une température beaucoup plus élevée qne si
elle fournissait de la chaleur à une transpiration abondante.
M. le docteur. Louis a donc raison , quand , dans son re-
marquable Traité de la fièvre typhoïde, il attribue ta grande
chaleur qui succède souvent aux frissons cher, les malades
à une altération spéciale de la peau ; cb qui précède 1 en dë-r
montre suffisamment la nature.
La peau , profondément affaiblie , peut fournir encore
une sueur abond ante qui , aux jeux d’an observateur ' su-
perficiel , semblera remplir toutes Ise condition» désirables
alors qo’eileen sera cependant bien éloignée : telle est , par-
exemple , la sueur dm phthisiques qui , ainsi que je l’ai
souvent essayé , lave la couleur de papier toume-saï et lu
déposa sur la bug» des malades sans l’altérer ai rien.
Souvent , dans la fièvre typhoïde, h sueur peut aussi ne pas
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AK HAIES
être acide ou ne pas l’être assez, et tromper ainsi ceux qui
la considéreraient comme une preuve du rétablissement des
fonctions de la peau. Ces sueurs ne font alors qu’ajouter au
mal ; elles n’ont et ne peuvent avoir aucun résultat utile.
Au surplus, il est d’une grande importance de ne pas autant
tenir encore à une sueur abondante qu’à une transpiration
insensible ou sensible , suffisamment acide dans toutes ces
maladies caractérisées par le refroidissement de la peau.
Quandà subtilior et sine maiore est invisibilis perspiratio ,
tantb salubrior , disait Sanctorius. Cependant , quand il
faut activer beaucoup la transpiration de la peau , bientôt
la sueur arrive en abondance. Aussi Sanctorius ne la con-
damne pas absolument alors : perspiratio insensibilis juncta
eutn sudore mata , disait-il , quià sudor fibrarutn vires di-
minuit : dieitur aliqttandô bona quià à majore malo divertit.
Mais la sueur , me dira-t-on , est si peu le remède des
fièvres typhoïdes , que , malgré l’opinion de l’antiquité ,
Sydenham, Boerhave, Chirac, Huxam, Cullen et beaucoup
d’autres praticiens distingués proscrivent dans ces fièvres ,
surtout à leur début , les diapborétiques et les cordiaux , qui
ne font la plupart du temps qu'ajouter an mal. J’observerai
d’abord qu'Hippocrate , en recommandant les sueurs , ne
conseille pas de remèdes internes pour les provoquer ; que
Celse , bien long-temps après lui , ne prescrivait encore, pour
faire suer ses malades , que des moyens externes , bien supé-
rieurs alors aux moyens internes : en effet , dans les fièvres
produites par l'affaiblissement de ht peau, les stimulants
internes surexcitent d’autant plus l’estomac qu’il est plus
affaibli ; ils peuvent lui faire jouer au milieu du tube intes-
tinal , en changeant son électricité normale , le rôle d’une
capsule articulaire dans un accès de goutte ; ils peuvent y
déterminer une inflammation violente et ajouter beaucoup
ainsi à la -gravité de ht maladie première.
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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 93
Je sais bien que des applications chaudes sur la peau , et
surtout une chambre très - chaude , ont souvent aussi de
graves inconvénients ; que ces moyens peuvent ne pas pro-
voquer la sueur , ou n’amener qu’une sueur qui , pour ne
pas être suffisamment acide , n’est pas une sueur critique ,
mais qui épuise ou du moins affaiblit les malades sans les
soulager en rien. Je sais bien aussi que ces derniers moyens
peuvent déterminer alors de graves accidents cérébraux ; mais
rien de cela n'infirme ce que j’ai dit précédemment sur la
nécessité, dans les fièvres typhoïdes , de rétablir les fonctions
de la peau ; il faut seulement le faire à l'aide de procédés
convenables , comme je l’exposerai plus tard , et se garder
surtout de confondre avec des fièvres typhoïdes les maladies
aigûes du genre de la suette miliaire , confusion qui ne peut
qu’entraîner à sa suite les plus déplorables accidents (1).
Ce que j’ai dit des sympathies qui existent entre la peau ,
le tube intestinal et les reins , démontre , ce me semble ,
qu’il est important aussi dans la fièvre typhoïde de fixer
son attention sur la nature et la quantité des sécrétions de
(1) dirait bien au-delà de ma pensée si je laissait croire à mes lecteurs
fM les maladies d’an* nature opposée' à celles qae produit le froid , le froid
humide surtout , sont très-rares dans nos climats : il n’j a pas seulement
qae la suette miliair e on que des épidémies semblables à celle que décrivait
Sid enbam en 1667 et 1668. Nous avons chaque année des affections souvent
tr ès g raves , sporadiques ou épidémiques , provoquées par le froid ou la
efoaWur, et qui sont caractérisées par une surexcitation manifeste de la peau.
Cos maladies, auxquelles beaucoup de fièvres cérébrales de l'enfance surtout
viennent se rattacher, rentrent dans le cadre des fièvres d'été de Stoll ,
l'an des plus grands praticiens des temps modernes* Alors les vomitifs et
les eecoprotiqnes peuvent être souvent très-utiles , alors les lotions acidulés
et froides et les bains prolongés le sont toujours. Hais j'en ai dit asses sur
l'importance d'étudier d'abord 1a cause de l’altération des secréteurs et son
amis d'action pour devoir insister davantage sur ce sujet*
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ANNALES
ces organes. Ainsi , il sera nécessaire d'analyser les urines
et les matières fécales rendues par les malades. M. le pro-
fesseur Bovilland , examinant les nrines de treize personnes
affectées de fièvre typhoïde , les a trouvées trois fois neutres
et trois fois alcalines. Il est probable que , dans les sept
autres cas , elles étaient moins acides que dans l'état normal.
L’analyse des matières fécales dans la fièvre typhoïde serait
aussi très-importante , et elle jetterait de vives lumières sur
les modifications éprouvées alors par la muqueuse du tube
intestinal. Je ne négligerai désormais aucune occasion de
faire ces recherches.
MM. Andral et Gavaret , en étudiant les altérations que
le sang éprouve dans les maladies , ont reconnu que , dans
la fièvre typhoïde , le sang , au début surtout, contient plus
de globules sans augmentation ni diminution de la fibrine ,
tandis- que, dans les phlegmasies, la fibrine augmente en
raison de la gravité de la maladie , en même temps que les
globules diminuent.
Ces résultats, dont jusqu’ici on n’a pas, ce rne semblé,
tiré un parti convenable , sont très-remarquables , et con-
firment pleinement mon opinion sur la nature de la fièvre
typhoïde, opinion basée du reste sur les observations de
l'antiquité et des temps modernes. En effet , la surabon-
dance des globules dans le sang des personnes affectées de
fièvre typhoïde , prouve évidemment que les bases du sang
sont alors saturées en trop grande quantité , résultat indis-
pensable , comme noos l’avons vu d$à , du défaut d’action
des sécréteurs acides.
Si ou voulait me contester ce fait , je rappellerais que Home
a reconnu que le globule sanguin était composé de fibrine ;
que MM. Dumas et Prévost , en. répétant ces expériences ,
ont obtenu le môme résultat ; que mon ami M. le docteur
Denis considère ce globale comme formé principalement
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 95
d’albumine solide , qu’on excès d'alcali et de sel peut dis-
soudre, et qu’enfin le savant Baspail a une opinion semblable.
On sait maintenant que la fibrine du sang n’est que de
l’albumine, contenant moins d'alcali et moins de sel que
«elle qui reste liquide ; que les alcalis ont la propriété de
redissoudre cette fibrine; dès-lors , pins le sang sera riche
en globules , moins il le sera en alcali libre , et j'ai suffi-
samment démontré déjà que , moins la peau fonctionne, et
moins il y a d’alcalis libres dans le sang.
On m'objectera sans doute que , dans la pneumonie , par
exemple, maladie bien évidemment due au froid, la fibrine
est bien plus abondante dans le sang des malades , qn 'alors
aussi il y a moins de globules , ce qui est donc l’inverse de
ce qu'on rencontre chez les personnes affectées de fièvre
typhoïde, et ce qui doit prouver contre l'opinion que je
défends.
La différence trouvée entre le sang des malades affectés
de fièvre typhoïde et celui des personnes atteintes de pneu-
monies ou d'antres pblegmasies aigues , est bien plus ap-
parente que réelle. Dans les deux cas, en effet, l’albumine
solide ou la fibrine domine , mais dans l’un elle se précipite
en nombreux globules , tandis que dans l’autre die se prend
en masse; elle forme une couenne pins on moins épaisse ,
un caillot plus ou moins solide. Cette différence doit pro-
bablement tenir à la différence d’activité des causes. Ordi-
nairement les phlegmasies ont -une cause peu éloignée et qui
agit avec violence , tandis que les causes qui développent les
fièvres typhoïdes ont en général une action beaucoup plus
lente, et qui, ne modifiant le sang qu’à la longue , lui donne
Je temps de constituer une quantité pins considérable de
globules. Mais dans ces deux cas, la modification que le sang
éprouve , pour être différente quant à l’aspect , n’en est pas
moins identique ; elle est une preuve évidente du défont
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•96
AK N AL BS
d’action de la peau , et elle peut fournir au médecin les
plus précieuses indications.
Hais ces indications ne sont nullement alors en faveur
de la saignée, qui a le grave inconvénient, en affaiblissant
l’économie toute entière , de diminuer davantage encore les
sécrétions acides et d’ajouter ainsi à la violence du mal.
Je sais bien que M. le docteur Forget , par exemple, pour
démontrer au moins l’innocuité de la saignée dans la fièvre
typhoïde , nous expose que , dans quarante - quatre cas
suivis de mort dans sa clinique , sept.n’ont pas été saignés ,
sept n’ont en que des saignées locales , et que , tandis que
la moyenne de la perte de sang de ceux de ses malades qui
sont sortis guéris a été de 95 onces , soit neuf palettes on
1 kilogramme 50 grammes, la moyenne de la perte de sang
de ceux de ses malades qui ont succombé n’a été que de
29 onces. Cette différence prouve seulement que, chez les
malades qui 6ont morts dans la clinique , l’intensité de la
maladie d'une part, et de l'autre , des modifications consti-
tutionnelles ont rendu la saignée tellement et si visiblement
nuisible , que l'entraînement du médecin a dû s’arrêter de-
vant ce que les faits avaient d’impérieux. « M. Louis, qui
» ne considère son opinion sur la fièvre typhoïde que comme
* bonne eu attendant mieux , dit que les changements
» heureux observés dans l’état du pouls , de la chaleur et
» des fonctions cérébrales , à la suite de la saignée, ont été
> rares ; assez sonvent , au contraire , l’état de la circulation
„ on des antres fonctions resta le même, ou devint plus
• grave dans les mêmes circonstances. » ( Recherches sur
la maladie connue sous les noms de fièvre typhoïde, etc. ) ,
et ce résultat pratique du savant médecin de l'Hûtel-Dieu
de Paris est confirmé aussi par le plus grand nombre des
observations consignées dans le Traité de l’Entérite follicu-
leuse de M. Forget , travail où l'érudition et le talent de
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
l’auteur brillent autant que sa bonne foi , mais où l’on -voit
évidemment que son respect exagéré pour l’anatomie pa-
thologique l’a fait tomber dans de graves erreurs.
Si 'l’état du sang chez les malades affectés de lièvre
typhoïde proscrit la saignée comme ne pouvant alors
qu’ajouter au mal , it proscrit avec autant d’évidence
les purgatifs. Ceux-ci, en effet, en provoquant habituelle-
ment la sécrétion et l’expnlsion hors de l’économie d’une
quantité considérable de bile , ne font qu’augmenter la
prédominance des acides , et par conséquent la proportion
d’albumine précipité dans le sang. Ils ajoutent à l’affai-
blissement de là peau , à la grande cause de la maladie :
ils ont encore un autre danger , c’est qu’ils peuvent tout
aussi bien que les cordiaux et les diaphorétiques , et bien
mieux même ,- enflammer l’estomac , sans avoir la chance
qu’ont oes derniers remèdes de provoquer par d’abondantes
sueurs une crise salutaire.
Les causes qui développent la fièvre typhoïde sont nom-
breuses. Ce sont toutes celles qui ont pour effet de diminuer
les fonctions de la peau. Ainsi, l’babitafion des hôpitaux
et des prisons la fait naître souvent avec les caractères les
plus graves. Lés ouvriers qui viennent de nos départements
à Paris sont très-exposés à la contracter pendant les premiers
mois de leur nouveau séjour : cela tient évidemment à l’air
humide et malsain de Paris , qui agit d’autant plus énergi-
quement sur ees hommes, qu’ils sont pour la plupart mal
vêtus pendant le jour , insuffisamment couverts pendant la
nuit et exposés souvent à beaucoup d’autrés privations ,
auxquelles viennent s'ajouter les regrets du pays natal.
Qu’il me soit permis de protester ici contre les accusations
de M. le docteur Forget , à l’occasion des lits de plume qui
servent de couverture aux habitants des campagnes de la
Lorraine et de l’Alsace. Ces lits les préservent d'une foule
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ANNALES
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de graves , les maintiennent au premier rang parmi
les populations fortes et actives de la France , et il serait
bien à désirer que , dans nos grands hôpitaux , on pùt souvent
en offrir de semblables aux malades qui , généralement ,
ne sont pas assez couverts.
Dans nos provinces , nous voyons souvent la fièvre ty-
phoïde régner épidémiquement , surtout pendant et après
les étés humides et froids. Elle se propage aussi par infec-
tion , quelquefois avec une facilité déplorable. Les années
en retraite, soumises à de nombreuses privations , décou-
ragées , exposées au froid humide , et exténuées par des
marches trop longues , sont ravagées par cette maladie.
Elle est alors extrêmement meurtrière , et telle que nous
l’avons vue dans la déplorable retraite de 1813: A cette
époque , elle était contagieuse à un baut degré- Nos po-
pulations de la Lorraine furent décimées par elle.
Comparer, comme le fait le savant Liebig , l’altération <jue
le sang éprouve alors à edle que subit un liquide sucré seus
l’influence du ferment > est une vue à priori dont je crois
qu'il faut se défier; et d'ailleurs , la comparaison ne pourra
jamais être juste , parce que , dans l'économie animale , la
nature a placé des organes sécréteurs précisément pour
purifier nos humeurs , les débarrasser des substances nui-
sibles, et que rien de pareil n’existe dans te tonneau du
brasseur ou dans celui du vigneron.
Que cette maladie soit amenée lentement par te froid
hu mid e et par tontes tes autres causes qui diminuent tes
fonctions de la peau, eu qu elle soit te résultat d'un empoi-
sonnement miasmatique , comme c’est encore sur tes sécré-
teurs acides que ces miasmes agissent 1e plus énergiquement ,
et qu’enfin leur action est «n tout semblable, quant aux
effets produits, à celle des autres causes de cette fièvre,
relevons donc chez nos malades les fonctions de la peau,
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 99
afin de débarrasser l'économie des substances nuisibles qui
l’infectent et qui compromettent si gravement l’existence.
On pourra m'objecter que la fièvre continue de 1667 et
1 668 dont parie Sydenham , débutait par d'immenses sueurs
qui ne la guérissaient pas; que la sueur n’est donc pas le
véritable remède de la fièvre typhoïde on continue ; mais
j’ai déjà fait remarquer que cette fièvre était une variété
de la snette, maladie entièrement différente de la fièvre
typhoïde, d'une nature tout-à-fait opposée, exigeant un
traitement tout contraire , ainsi que je crois l’avoir démontré
dans deux mémoires que j’ai publiés sur cette grave affection.
Si H. le professeur Forget a voulu ranger la suette parmi
les entérites foUicifieuses ou fièvres, typhoïdes , cela vient
de ce que ce médecin a manqué d’occasions favorables
pour l’étudier; mais Sydenham avait déjà hien constaté la
grande différence qui existait entre cette fièvre et les fièvres
continues ordinaires.
Pour rétablir les fonctions de la peau chez les malades au
début de la fièvre typhoïde , pour les faire transpirer abon-
damment et d’une transpiration acide, je ne connais pas de
remède plus efficace que les lotions alcalines prescrites par
non frère, «outre toutes les maladies qui ont pour cause
l'affaiblissement des sécréteurs acides. Ces lotions, qui mit
l’ahminate sodique pour base et dont la formule se trente
partout aujourd’hui (*) , répétées cinq ou six fois par jour 1
(*) Lessive de soude caustique pesant 6,8, 10 ou 42 degrés de l'aréomètre
de Baumé , suivant que vous voudrez préparer les liniments 3 , 4 , 5 ou
6. Sa tunes-la avec alumine en gelée précipitée de l’ahm ï l'aide de Fammo—
mue. Ajoutes par litre, alcool à 36 degrés saturé de camphre, grammes 93.
On chauffe an hain-marie deux cuillerées environ de ce.liaifltent pour une
lotion générale que l'on fait sous les couvertures du malade , de peur de le
refroidir , et en se servant pour cela d'nn petit morceau de linge ûn. On no
frictionne pas , on lave seulement.
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AND ALE6
sur tout le corps, et soutenues par des boissons légèrement
sudorifiques, telles que l’infusion de tilleul, de roses ou de
fleurs pectorales, amènent promptement une sueur abon-
dante et d’autant plus acide que . la lotion est elle - même
plus alcaline. Cette 6ueur doit être soutenue quelquefois
pendant plusieurs jours de suite , souvent un seul jour suffit
pour rétablir entièrement le malade : mais il ne faut pas
alors le changer de linge aussi fréquemment qu’on a l’ha-
bitude de le faire , on le refroidirait et en aggraverait son
mal. Il faut augmenter ses couvertures , le laisser suer
souvent jusqu’à ce qu’il ait mouillé un épais matelas , et en
le ebangeant de linge et de lit , l’entourer de précautions
dont on ne se doute pas du reste dans la plupart de nos
hôpitaux.
S'il est nécessaire de réchauffer beaucoup la peau -du
corps des malades affectés de fièvre typhoïde, ou du moins
d’en activer beaucoup les fonctions , il faut que leur tête soit
maintenue dans une atmosphère plutôt fraiche que chaude.
En effet, le cerveau est le plus puissant collecteur du fluide
nerveux ou du fluide électrique qui se produit dans le reste
de l’économie ; quand donc tout un système d’organes est
surexcité et l’autre affaibli , le cerveau est exposé à éprouver
une tension morbide qui peut amener les .plus graves acci-
dents. Cette tension , on le comprend , est due tantôt à
l’électricité positive, tantôt à l’électricité négative,. auivant
que ce sont les sécréteurs négatifs ou les sécréteurs positifs
qui se trouvent affaiblis. Elle doit nécessairemept s'exercer
dans ces deux cas sur des portions différentes du cerveau ,
et que l’observation déterminera. sans doute plus tard. Dans
ces deux cas aussi , lorsque la tête est maintenue dans une
atmosphère’ trop chaude, sa tension augmente, et, chose
bien digne de remarqué , qu’elle soit positive ou négative ,
elle développe une série de Symptômes à peu près pareils ,
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DE LA SOCIÉTÉ © ÉMULATION.
101
à ce point qu'ils ont été confondus par les praticiens et
traités de la même manière , sous les noms de fièvre céré-
brale, d encéphalite , de méningite, etc. Cette confusion
est déplorable et cause les plus graves accidents. Quand la
tension morbide du cerveau est amenée par le défaut d’action
des sécréteurs acides et la surexcitation du système opposé ,
il faut , pour la diminuer , combattre énergiquement sa cause ,
relever les fonctions de ces sécréteurs , exciter surtout la
peau. C’est à cette tension positive que sont dus les accidents
cérébraux de la fièvre typhoïde ; aussi les vésicatoires , les
sinapismes , et mieux que tout cela , les lotions générales
alcalines sont -ils on ne peut pas plus convenables alors ;
tandis que , dans la tension cérébrale morbide opposée , telle
que la fièvre cérébrale des enfants , tension négative et
caractérisée par une surexcitation violente de la peau , il faut
agir sur cette dernière en diminuant sa vitalité, soit par des
lotions acidulés , soit par des lotions d'eau froide.
La question du régime auquel ou doit soumettre les ma-
lades affectés de fièvre typhoïde , est une question très-
importante. Aujourd’hui l’opinion la plus générale , e’est
qü’il faut leur prescrire une diète absolue aussi long-temps
que dure la fièvre , à moins que son extrême prolongation
ne conduise le malade au marasme. Ou n’a pas assez réfléchi
que cette diète absolue , prolongée pendant deux , trois ou
quatre septénaires , est à elle seule une cause de mort très-
active : vous avez donné impunément,, dites-vous , à vos
malades , cinq et six grammes même de sulfate de qui-
nine par jour , pendant plusieurs jours de suite , et sous
prétexte de ne pas irriter ce tube digestif , si tolérant ce-
pendant , vous refusez jusqu’à une seule cuillerée de bouillon
on de lait ! Mais qui vous dit que cette diète si sévère u’est
pas une des causes de l’érosion des plaques de Peyer, n’est
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AlfNALES
pas la cause la plus active peut-être de la mortalité dans
cette maladie.
En 1839, j’eus au Val-d’Ajol, non loin de la Feuillée,
quatre malades affeetés de fièvre typhoïde grave , délirant
tous quatre , ayant tous quatre le dévoiement : je ne fis près
d'eux que de la médecine expectante. Je leur permis quelques
cuillerées chaque jour de lait ou de bouillon léger, et tous
quatre guérirent.
En 1841 , le jeune Henri, des Grahges-de-Plomhières ,
âgé de 21 aqs, alla voir à l’hôpital de Nancy un de ses
parents atteint de fièvre typhoïde. De retour chez lui, il
fut bientôt obligé de s’aliter ; il avait la même maladie que
son parent et à un très-haut degré. Frissons , douleur de
tête et de membres , dévoiement , délire violent , rien n’y
manquait. Deux dè ses frères, plus jeunes que lui, et sa
mère eurent successivement la même maladie et avec les
mêmes caractères. Nous étions au milieu de l'été; j’étais
encore incertain sur la nature de cette affection. Je ne fis
aussi que de la médecine expectante. Je prescrivis de la
tisane d'orge , un peu de lait ou de potage léger pour nour-
riture , suivant le goût des malades , et tous guérirent en
trois ou quatre septénaires. La même année , je trouvai
chez deux familles qui habitaieut la même maison , dans la
section du Noirmont au Clerjus , sept personnes alitées
par suite de la fièvre typhoïde. On était alors au milieu de
l'automne. La température était humide et froide. La com-
mune était ravagée par cette fièvre et par la dyssenterie :
je m’en tins à la médecine expectante comme aux Granges-
de-Plombières , et je ne perdis qu’un de ces sept malades*
C'était une femme de 50 ans euviron , qui avait depuis long-
temps uue très -mauvaise santé. Croit -on que j’aqraia été
beaucoup plus lieureux si j’avais enlevé à ces quinze ma-
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103
DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
lad» 20 kilogrammes de sang en — Égnéee coup sur coup,
et si je leur avais prescrit pendant quinze ou vingt jours
une diète absolue (*) ?
Mais Hippocrate, me din-t-oa, n’ordonnait alors comme
aliment que de la tisane. Je le sais bien, mais sa tisane
était une purée d’orge très- nourrissante et tout- à -fait
différente de nos tisanes ordinaire», nourrissons donc nos
malades affectés de fièvre typhoïde ; mai» bornons-nous
alors à leur donner quelques cuitterées de lait pur on
coupé , ou de bouillon léger , solvant que l’un ou l'autre
de ces aliments sera plus ou moins bien aœueilH par l’es-
tomac du fébricitant. Une cuillerée souvent suffira pour
on repas , mais die suffira aussi pour mettre le tube
intestinal à l’abri des redoutables accident» que la diète
absolue entraîne si souvint à sa suite.
Je pourras citer on grand nombre de fûts , puisé
dans la pratique de mon frère et dns celle de mon cou-
frère et de mon ami, M. Fleuret, médecin au Val-d’Ajol,
qui, tout jeune encore, est déjà un excellent observa-
teur ; mais mon travail dépasserait alors de beaucoup les
bornes d’une lecture académique et serait sans fruit réel
pour les personnes qui me liront. L’abondance des faits
cache souvent la pauvreté des idées ; ce n’est pu que
(*) Les médecins ont trop oublié de nos jours que U diète prolongée
peut b elle seule provoquer les plus graves ulcérations intestinales. Je crois
qu'elle joue un très-grand rôle dans la production des désordres observés chez
les malades affectés de la fièvre typhoïde , quoiqu'il faille accorder souvent
aussi dans ces cas une grande influence à la supersécrétion bilieuse et à
l'action de ce liquide sur la muqueuse intestinale , action très - comparable
alors à celle qu'exerce sur la lèvre supérieure la sérosité qui s'écoule du
nex dans le corysa , et qu’on ne peut modifier avantageusement qu'en di-
minuant l'excitation du foie par le rétablissement des sécrétions de la peau.
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104
AKNALBS .
je veuille nier leur importance , mais on en a étrangement
abusé. Des laits ! rien que des faits ! a-t-on crié de toutes
parts ; plus de théorie , c’est-à-dire plus de -science , rien
que de l’empirisme que l’on fera progresser à l’aide d’ex-
périences téméraires sur les pauvres malades. Tout en
blâmant la partialité de notre époque pour les faits , que
du reste elle observe mal, ainsi que je crois l’avoir suf-
fisamment démontré , je vais en citer quelques-uns puisés
dans ma propre pratique.
Les deux premiers présenteront ce phénomène curieux
et assez fréquent au début de la fièvre typhoïde , des
vertiges et des évanouissements provoqués par la station ,
argument très-puissant contre les partisans de la saignée
dans cette grave maladie.
Mademoiselle D . . . . , servante chez madame Lambinet
à Plombières , est âgée de dix- huit ans. Elle est réglée
peu abondamment chaque mois. A la fin de l’automne
dernier on me fit appeler pour la soigner. Elle se plaignait
d’une violente céphalalgie frontale; elle était pâle et s’é-
vanouissait dès qu’elle était assise ou levée. Son pouls
était lent et assez développé, sa langue était nette, son
ventre n’était pas douloureux; elle avait perdu l’appétit.
Une sœur d'hôpital voulait la purger le jour même où
les accidents étaient devenus plus graves; on me lit appeler.
Quelques cuillerées de bouillon furent vomies devant moi.
J’appris que, depuis trois semaines environ, cette jeune
fille se plaignait habituellement du froid. Je lui prescrivis
cinq lotions par jour avec le Uniment n° 5 de mon frère,
et je la fis suer abondamment pendant deux jours. Les
douleurs de tète disparurent ainsi , mais la faiblesse était
la même , et dès que notre jeune fille se tenait assise ou
debout la lipothymie reparaissait. J 'attribuai cette faiblesse
à de mauvaises conditions du sang amenées par le défaut
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105
DE Là SOCIÉTÉ g’ÔIUUTlOK.
d’action de Ja peau ; je prescrivis des ferrugineux associés
à la soude. Sons l'influence de cette médication , notre
malade retrouva promptement ses forces et sa santé. -
N’est-il pas extrêmement probable que si mademoiseÜB
D avait été soignée dans tel de nos grands h6*
pstaux. et saignée coup sur coup , on aurait vu tous les
accidents devenir de plus en plus graves et bientôt mortels ?
Hais cela est plus que probable puisqu'elle s’est rétablie
avec nne merveilleuse promptitude, à l'aide de moyens
entièrement opposés à ceux que prescriraient en cas sem-
blable HH. BouiUaud ou Forget. Ges réflexions peuvent
également s’appliquer au cas suivant, qui, de même que
le premier, peut être considéré comme une fièvre typhoïde
à son début. Dans ces deux cas, l'influence du refroidis-
sement de la peau sur le cerveau' est bien manifeste et
fort remarquable. Nous trouvons dans Bayle plusieurs
observations du célèbre Harcus, oit des bains chauds et
de» ferrugineux ont guéri très- rapidement des fièvres
continues ayant tous les caractères de la fièvre typhoïde
la mieux dessinée. Malheureusement le médecin de Bam-
berg , entraîné par des vues théoriques à priori , par de
simples hypothèses , ne sut pas tirer de ces faits remar-
quables les conséquences qui en découlent , et ses contem-
porains , qui sont presque les nôtres , ne l’ont pas mieux
su que lui.
Le 10 janvier dernier , je fus consulté pour une jeune
femme de la section db Bas-d’Hérival , commune du Val-
d’Ajol. Gette malade s’était refroidie plusieurs jours de
sotte, et avait eu aussi de vives inquiétudes à l 'occasion
d’un de ses enfants atteint d’une angine eronpale. Gette
fahaift s’évanouissait comme la jeune D ; elle avait
la peau sèche, des frissons , la tète douloureuse et lourde ,
la langue saburraie , le ventre légèrement météorisé , 120
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106
A NB AT BS
pulsations par minute. La maladie était à son débat. Des
lotions alcalines , secondées par des infusions de tilleul et
de roses , amenèrent promptement d’abondantes soeurs , et
quelques jours suffirent au complet rétablissement de cette
mère de famille.
Madame 4 **, de la commune du Val - d’ Ajoi et de la
motion de la Croisette , était alitée depuis sia jours au mois
de novembre dernier lorsqu’elle me consulta. Me avait
la peau sèche et brûlante , 130 pulsations par minute,
la langue aaburrale , la tète douloureuse. Elle se plaignait
aussi de douleurs contasives dans les membres ,. le ventre
météorisé était douloureux à la preasion. La maladie avait
été précédée par une grande sensibilité an froid et par
des frissons. Les lotions alcalines et les boissons légère-
ment -sudorifiques amenèrent promptement d’abondantes
sue ors et le rétablissement de notre malade.
Ici il n’y avait encore ni délire ni dévoiement, mais
il y avait frissons, céphalalgie-, douleurs de membres et
fièvre continue , symptômes caractéristiques de k fièvre ty-
phoïde ; et bien certainement il- n'aurait fallu que peu de
jours aux saignées et aux purgatifs pour oeapletter chez
notre malade le cortège habituel de cette fièvre.
Madame veuve Roàlot , âgée de soixante et dix ans , était
malade depuis boit jours lorsqu’elle me fit appeler dans
le courant du mois de mars dernier. Elle avait été ad-
ministrée, medit-on , la veille. Sa langue était sabnrrale ,
sa pean sèche et chaude , sa tète lourde et douloureuse.
Elle avait chaque jour deux ou trois selles très-fétides
en dévoiement. Elle délirait la nuit , son venin était mé-
téorisé, son pouls donnait 120 pulsations par miuate.
Je prescrivis comme chez nos autres malades des lotions
générales avec le même Uniment , des boissons légèrement
sudorifiques et an vésicatoire à chaque jambe. Dès le
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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATIOW. 107
troisième jour, madame Bollot entrait en convalescence.
Ici la fièvre typhoïde avait déjà des caractères pins pro-
noncés et cependant elle a cédé encore avec une merveil-
leuse facilité aux excitants de la peau.
H. Faron , de la section de Dessous-le-Bois , commune
du Clerjus , eut, à la suite de refroidissements, des fris-
sons, pais il fut obligé de s'aliter, et après huit jours
de fièvre continue, il fit appeler, en mon absence, M. le
docteur Grillot , de Plombières , pour lui donner des soins.
Ce malade se plaignait d’une douleur de dos , contre laquelle
mon confrère prescrivit quelques ventouses qui la gué-
rirent; mais 12 jours après M. Faron était encore faible ,
alité et sans appétit. U était sans fièvre , sa langue était
belle , son ventre n’était pas douloureux. Les toniques
étaient parfaitement indiqués dans ce cas , mais je préférai
n’agir que secondairement sur le tube intestinal; je pres-
crivis des lotions alcalines , et sous leur influence , la con-
valescence se dessina à l’instant même.
La fille de M. Faron, jeune personne de dix-huit ans,
sous l'influence /lu chagrin que lui causait la maladie de
son père , et sous l'influence aussi des propriétés conta-
gieuses de cette affection , se plaignait de frissons et s’alita
bientôt après. Elle avait une violente céphalalgie frontale ,
la peau sèche et brûlante , le dégoût de toute espèce d'a-
liment, de la soif, la langue saburrale, le ventre raétéorisé
et de vives douleurs dan» les membres. Cet état dorait
depuis huit jours lors de ma première visite; le coucher
était en supination , mais les règles avaient paru le matin
même. Les lotions alcalines réassurent encore ici comme
dans les cas précédents , et un septénaire suffit à leur aide
pour amener ln convalescence.
Je fus appelé le 14 avril dernier chez M. Petitjean, aux
Cbarrières, commune dn Vel-d’Ajol , pour soigner son
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108
ASSALES
fils âgé de dix-huit ans. Ce jeune homme grand et fort
était alité depuis trois jours ; il avait une violente céphal-
algie frontale , la peau sèche et chaude , les pieds froids ,
la langue rouge à la pointe , une toux sèche et presque
continuelle. Son pouls donnait 130 pulsations par minute.
La percussion de la poitrine n'indiquait rien ; l’oreille
appliquée sur cette région percevait du râle bronchique
au sommet des deux poumons. Le ventre n’était pas dou-
loureux à la pression , seulement cette dernière développait
un peu de gargouillement dans la fosse iliaque droite ;
il y avait sur la région abdominale et sur les côtés du
thorax quelques sudamina et quelques taches ressemblant à
des piqûres de puces ; le malade était abattu , il se plaignait
de douleurs contusives dans les membres ; sa figure avait
une expression d’hébétude , sa parole était lente , il avait
un peu de surdité.
Ses parents attribuaient sa maladie à des refroidissements
occasionnés par des courses nocturnes. Toujours est -il
qu’au début de son mal il avait eu des frissons. Notre
malade couchait alors dans une chambre froide et n’avait
pas encore été veillé pendant la nuit. Je le fis mettre dans
une chambre chaude avec une garde près de lui. Je pre-
scrivis six lotions alcalines par jour avec le Uniment U° 5 ,
pour rétablir les fonctions de la peau. D’heure en heure
je fis mettre une cuillerée d’ammoniac dans un vase près
dur lit du malade , afin de calmer l’irritation pulmonaire
à Laide d’inspirations alcaUnes. Je donnai pour bouillon
1’infusion de fleurs pectorales et de roses de Provins, pour
nourriture quelques cuiUerées de lait coupé ou de bouillon
léger. Je prescrivis aussi six centigrammes d’extrait aqueux
d’opium dans une potion gommeuse de lôO grammes, à
prendre par cuillerée d’heure en heure.
Dès la seconde lotion , le malade eut une sueur abondante ,
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109
DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
qui durait encore lors de ma visite le lendemain matin.
Sa nuit avait été agitée , il avait ru du délire , deux selles
en dévoiement , mais sa toux était déjà considérablement
diminuée, ainsi que la céphalalgie et les douleurs de membres.
Je continuai les mêmes prescriptions. Dès le troisième
jour il y eut un ralentissement très-marqué du pouls. 11
ne donnait plus alors que 100 pulsations par minute. Le
18 avril, la fièvre, le dévoiement, la toux, le délire et
la douleur avaient cessé , le malade dès ce jour entra en
convalescence.
Le jeune Bol mont , dit Vévot , âgé de 27 ans environ ,
demeurant aussi au Val-d’Ajol, non loin de chez Petitjean ,
avait enseveli et porté en terre un enfant mort sans trai-
tement de la fièvre typhoïde, dans une maison où tonte
sa famille en Ait affectée. Saisi de dégoût à la suite de
ees tristes occupations , on l’obligea encore à boire de
l’eau-de-vie dans la chambre mortuaire, ce qu’il ne fit
qu’avec la plus grande répugnance. Pendant quinze jours
il se plaignit de la perte de son appétit , de pesanteur
dg tète , de faiblesse et de frissons. Il fut enfin obligé de
s’aliter le 19 avril. Ce ne fut que le 27 du même mois
que la gravité de son état obligea ses parents à m’appeler.
Je le trouvai couché en supination. Sa peau était très»
chaude et très-sèche , son pouls donnait 130 à 140 putsar
tions par minute. Sa langue était sèche , rude, rouge à
la pointe et au centre et profondément gercée. Ses dents
étaient sèches et noirâtres à leur base. De nombreux suda-
mina et de petites taches noires couvraient largement le
rentre et la poitrine. Le ventre était ballonné. Il n’était
pas douloureux à la pression , qui développait un gargouil-
lement bien marqué dans la fosse iliaque droite. La soif était
modérée, le malade appétait l’eau fraîche et pure. Il avait
par jour d’une à deux seUes en dévoiement et très-fétides.
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AHflALBS
110
Bolmont délirait habituellement, quoiqu’il répondit juste
aux questions qii’on lui faisait. La surdité bien prononcée
dès ma première visite augmenta beaucoup encore les jours
suivants. Il y avait un peu de toux.
Je prescrivis six lotions générales par jour avec le lini-
meut n° 5 , l’infusion tiède ou chaude de fleurs pectorales
et de rosés de Provins ; pour aliment deux cuillerées seu-
lement de bouillon maigre ou de lait caillé, trois en quatre
fois par jour.
Le 27 et le 28 on ne fit chaque jour que deux lotions
au lieu de six. Il y eut cependant déjà un peu de ralen-
tissement du pouls , mais point de sueur, et les selles furent
moins fétides; mais le 30 et les jours suivants on fit exac-
tement les lotions prescrites , et je fis faire en outre tous
les soirs trois applications successives de pommes de terre
bien chaudes sur les jambes et les pieds. La suenr devint
ainsi très-abondante. Ce traitement fut continué jusqu’au
2 mai inclusivement. Le malade était dès-lors en pleine
convalescence. Depuis la veille il n’avait plus de selles,
plus de délire , plus de fièvre. Le 3 mai il put aller déjà
se promener autour de la maison.
La jeune Balandier , âgée de vingt-un ans , voisine de
Bohnont et proche parente de la petite fille qn’il avait in-
humée , avait ses règles lors desobsèques de cette dernière ;
obligée d’y assister , elle fut refroidie : elle avait aussi
la même répugnance que Bolmont. Ses règles furent moins
abondantes que' de coutume ; pendant une quinzaine de
jours elle se plaignit de faiblesse , de dégoût , de froid.
Elle fut obligée de s’aliter le 23 avril. Elle avait alors
des frissons , une violente céphalalgie frontale , des ver-
tiges , des douleurs eontusives dans les membres et le-
dos. On me fit appeler le 27 pour la soigner. Je la trouvai
couchée en s upi na tion , se plaignant de fortes douleurs an
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111
DB LA SOCŒTK B 'ÉMULATION.
front et duu ttotn les parties da eerp qui nrpnnmrmt w
son lit. £He avait la peau moite, i 20 pulsations par ni*
mite, la laugue humide nais large et un peu rouge aa
bord. La pression du rentre était douloureuse dans Je
flanc droit , elle développait un peu de gargouillement A»—
la fosse iliaque du même côté. Sur le rentre , il y arait
de rares sudamina mais point de taches. Tous les jours
notre malade arait nne selle en dévoiement. Sa respiration
était courte et haute , elle avait quelques accès d’une toux
facile. De temps en temps , pour soulager sou dos , sa mère
la tournait à grande peine sur l’un on l’autre côté. Elle
était très-découragée , se plaignait beaucoup , mais elle ne
délirait pas. Je pensai d’abord qne quelques applications
de pommes de terre chandes sur les jambes et les pieds
et des infusions de tilleul suffiraient , en augmentant la
transpiration, pour juger la maladie ; mais le 2 mai , l’état
de notre malade ne s’était pas amélioré. Je prescrivis nos
lotions alcalines ainsi que l’infusion de roses de Provins
et de fleurs pectoral». Le 7 mai , la jeune Balandier était
en pleine convalescence.
Après tous les développements théoriqnes dans lesquels
je suis entré, ces faits me paraissent suffisants pour con-
vaincre au moins mes confrères que les idées actuelles sur
la fièvre typhoïde n’ont pas de base solide ; que cette
maladie a été mal et incomplétement’étudiée , et que notre
époque scientifique est assez avancée poor pouvoir éclairer
bientôt tout ce qu’il y a- d’obscur encore dans cette grave
maladie. H est probable qn’indépendamment des lotions
alcalines, les préparations ferrugineuses , si heureusement
employées par Marcus , et qui paraissent avoir hâté beau-
coup le rétablissement de la jeune D , joueront
un grand rôle dans le traitement de cette fièvre. En terminant
ce travail bien incomplet, je crois devoir m’excuser d’avoir
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1 12
A1UIAUB
pris trop gourait peut-être un ton affirmatif , là où j’&ura»
dû plutôt exprimer un doute. Je suis bien loin de prétendre
avoir tout dit sur la fièvre typhoïde. Je m’estimerais très-
heureux d’avoir pu seulement planter quelques jalons dans
la voie nouvelle, encore presque toute entière à tracer.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
113
RÉCAPITULATION
DES OBJETS D’HISTOIRE NATURELLE
DÉPOSÉS AU MUSÉE DÉPARTEMENTAL DES VOSGES,
DEPUIS L^ffOlS DE MAI 1842 JUSQu’lU MÊME MOIS 1843 ,
Pab M. le Docteur MOUGEOT, de Bruyères ,
MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE.
Messieurs ,
Dans le rapport que j’ai en l’honneur de vous présenter
il j a un an an sujet des accroissements du musée vosgien ,
je vous faisais part de mon projet de voyage vers Paris ,
afin de plaider la cause de cet établissement départemental
près de l’administration du jardin dn Boi , pour obtenir, en
échange des productions naturelles des Vosges , des objets
analogues capables d'augmenter les moyens d'instruction
que la commission de surveillance près de ce musée cherche
sans relâche à procurer à ses concitoyens. J’ai exécuté ce
voyage ; MM. les professeurs administrateurs du jardin du
Boi ont reconnu , dans la série des roches , fossiles , plantes,
etc . , des Vosges , des objets dignes de toute leur attention ,
8
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J 14
ANNALES
et les calcaires du Chipai et de Schirmeek et les serpentines
d’Eloyes, travaillés à la marbrerie d’Epinal , ont été trouvés*
très-beaux et capables de rivaliser avec les belles variétés
de marbres qui se vendent à Paris. J'ai obtenu en échange ,
pour le musée vosgien , une série de roches et fossiles du
bassin de Paris , de nouveaux modèles en plâtre représentant
des restes fossiles de Mammifères et de Sauriens ; des co-
quilles vivantes, des Polypiers solides, des plantes, des
fruits , etc. , dont il sera fait mention dans ce rapport.
J'ai aussi rendu visite à mes amis du Calvados , qui m’ont
beaucoup donné à Caen, à Vire, à FalaÜe, et j’ai pu ar-
river au bord de l'Océan , à Grandville , où il m'a été
possible de recueillir moi - même les productions marines
de ce littoral , comme aussi d'obtenir de plusieurs natura-
listes de cette contrée d'autres objets des mers du nord.
En outre , vous avez bien voulu , Messieurs , dans votre
séance du 21 juillet 1842, me désigner avec plusieurs de
mes collègues , pour représenter la Société d'Emulation au
congrès scientifique de Strasbourg ; j'ai profité de cette
circonstance pour établir aussi^des échanges avec l’adminis-
tration du muséum de cette ville , et ces échanges ont en-
core été importants. Je vais les énumérer méthodiquement
et succintement, en suivant l'ordre établi dans mes rapports
antérieurs , sans oublier les autres accroissements dont nous
sommes redevables à nos collaborateurs et à toutes les per-
sonnes qui ont déposé des dons au musée vosgien , pendant
l'année qui vient de s’écouler.
GÉOLOGIE ET MINÉRALOGIE.
Le nombre des échantillons de roches représentant les
formations primitives des Vosges augmente chaque année,
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DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION.
115
et cette augmentation successive eontmuera encore long-
temps avant qu’il nous ait été possible de réunir toutes les
variétés de ces roches. D’ailleurs, nous cherchons à placer
à côté les unes des autres les roches identiques prises dans
diverses localités ; d’abord , pour arriver à la connaissance
complète des phénomènes géologiques dans toute l’étendue
du sol vosgien , ensuite parce que cette identité existe ra-
rement d’une manière rigoureuse , et qu’à chaque pas que
fait le géologue dans les terrains primitifs , comme nous
l’avons déjà répété souvent , il reconnaît l’étonnante poly-
morphie des roches qui les constituent/
MM. Lievre frères, entrepreneurs des travaux 4e la route
du Bonhomme , ont envoyé des échantillons bien préparés
de roches qui se trouvent en place dans cette localité de
nos montagnes , entre autres des diorites granitoïdes et
sehistoïdes, des syénites, tantôt avec feldspath rose, tantôt
avec feldspath blanc , des granités avec nids d’ampKibole ,
des quarzites pénétrant ces diverses roehes , particulière-
ment les diorites granitoïdes , et quoique ees roches
présentent les caractères géognostiques assignés à chacune
d’elles , elles offrent encore des particularités qui leur sont
propres, et les distinguent des mêmes roches observées
dans d’autres localités des Vosges. M. Mareine , conducteur
des ponts et chaussées à B emi remont , vient aussi de con-
firmer ce que nous disons ici , par un premier et magnifique
envoi de roches de la vallée de la Moselle , choisies entre
Bussang et Remiremont , de la vallée de Giromagny , dans
lesquelles se retrouvent également les mêmes anomalies de
couleur, de cristallisation , de proportion variée des parties
constituantes. Nous lui devons plus particulièrement de
grands échantillons d’aphanite, d’amphibolite , de diorite,
entre autres d’une diorite lardée d’aiguilles d’amphiboles ,
analogue à celle de la vallée de la Bruche, toutefois se
(
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116
ASHALBS
rapprochant davantage de l’ampbibolite. Noos lui devons
plusieurs variétés de porphyres verts , rouge-brun , gris-
verdâtre , de quarz jaspe , enfin une roche qui parait être
une variété de leptynite , un milangt passant à la diorite
avec cristaux de pyroxène ? que M. Hogard a mise à décou-
vert en faisant pratiquer , dans un massif de leptynite , un
déblai pour l’ouverture du chemin de grande communication
n° 32 , au sud-est de Faymont , commune du Val-d’Âjol.
Les variétés de couleur du quarz , du feldspath , du mica ;
le plus du moins d’amphibole , de talc ; les diverses teintes
de couleur des pâtes feldspath iques , amphiboliques ; les
mélanges à ces pâtes de cristaux plus ou moins grands ,
plus ou moins réguliers , ayant pour le quarz subi quel-
quefois une sorte de fusion , etc. , etc. , si multipliées dans
les roches primitives des Vosges , les rendront constamment
intéressantes. Aussi la série de ces roches déposée au
muséum de Paris, est-elle devenue un sujet d’études pour,
les professeurs de géologie de cet établissement , qui ont
trouvé nos déterminations assez en rapport avec celles des
hommes spéciaux , quoique plusieurs d’entre -elles de-
vront subir une réforme. Nous ferons connaître plus -tard
ces rectifications , lorsque les objets en litige auront été
analysés ; nous nous bornerons aujourd’hui a faire remar-
quer que toutes les taches vertes dans nos leptynites mi-
cacés , pourraient appartenir à la pinite , et que la matière
verdâtre qui se voit dans la protogyne rouge du Tholy ,
peut aussi ne pas être talqueuse , et alors cette roche s’é-
loignerait des protogynes. L’analyse chimique devient donc
de plus en plus indispensable pour établir nos classifications
et nos nomenclatures. M. Daiibrée, ingénieur des mines pour
le département du Bas-Rhin , très-habile chimiste , nous a
promis de s’occuper sérieusement de l’analyse des roches
des Vosges , et nous attendons avec bien de l’impatience
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION.
117
que les nombreuses occupations de son service lui permettent
de se livrer an grand travail qui nous fera connaître la
présence ou l'absence , soit du feldspath , soit de l’amphi-
bole , ou de toute autre substance minérale propre à les
caractériser. Alors nous pourrons établir des démarcations
rigoureuses entre nos apbanites-, nos diorites compactes
et noseurites à teinte noirâtre.
Nous avons encore continué à réunir les variétés de gra-
nités pouvant le mieux se fendre et servir ensuite de pierres
de taille. Déjà , il a été question dans nos rapports annuels
des avantages que retireraient nos compatriotes de la partie
montnense du département , s'ils parvenaient à tailler ces
granités , pour les faire entrer parmi les matériaux de
construction des édifices , dans les localités où la pierre de
grès n'existe pas , et où il faut l’amener d’assez loin et à
grands frais.
Nous avons vu, dans les contrées de la Normandie où le
granité se montre à la surface du sol , tous les bâtiments
construits en granits semblable à celui de nos montagnes ,
comme on a pu .s’en convaincre par les échantillons de
granité normand déposés an musée vosgien , et envoyés
par Delise et d’Isigny. On est parvenu à tailler ce granité
comme grès ; il ne faut aux ouvriers qui s’en occupent
qu’un peu d’adresse et beaucoup de patience. A la vérité ,
l’exploitation de la roebe, à Vire et autour de Villedieu , est
plus facile que celle des Vosges : le granité', en Normandie ,
rat à fleur du sol, il y forme souvent des blocs isolés d’une
grande puissance , logés au milieu d’autres granités déjà
altérés , tendres et de couleur jaunâtre , ce qui permet d’i-
soler complètement les blocs durs. Les ouvriers employés à
cette exploitation connaissent assez exactement la manière
de les débiter. Ils fendent ces blocs avec des coins en fer
placés dans une gouttière pratiquée au moyen de la pointe
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118
ANNALES
du marteau. Cette entaille est plus ou moins profonde , selon
le plus ou moins d’épaisseur des blocs ; die règne dans toute
leur longueur et reçoit des coins en fer applatis , de gran-
deur variable , mais le plus ordinairement larges de 30 à 40
millimètres, longs de 40 à 50, avec une épaisseur de 24
millimètres dans le haut et de 12 dans le bas, posés à côté
les uns des autres et très - rapprochés dans cette entaille.
On enfonce ces coins à petits coups de marteau , en frappant
sur toute la rangée successivement avec plus ou moins de
force, et avec une certaine vitesse qu’apprécient les ouvriers,
qui savent ainsi diviser les grands blocs en fragments déjà
très - réguliers et appropriés du premier jet à l’emploi
auquel ils les destinent. Les grandes inégalités de ces frag-
ments fendus , sont abattues avec une masse en fer du poids
de 6 à. 9 kilogrammes. Les surfaces qui doivent être
taillées , sont dressées et unies de la manière suivante : les
ouvriers commencent à les frapper avec un marteau à pointe
mousse du poids de 3 à 4 kilogrammes et plus, ensuite avec
la tète quadrilatère du même marteau , portant 25 à 30
millimètres sur chaque bord. Cet outil est remplacé par un.
autre marteau d’égale dimension à peu près , dont la tête
n’est plus lisse , mais pourvue de 20 à 25 saillies cubiques
de 4 à 5 millimètres, disposées sur 4 à 5 rangs ; # enfin , ces
ouvriers achèvent de rendre unies les surfaces au moyen
d'un dernier marteau à larges tranchants , conçu dans les
Vosges sous le nom de marteau taillant. Dans cette opé-
ration , les plus fortes aspérités de la pierre disparaissent
par les coups redoublés de la pointe mousse du marteau,
la tète plate du même instrument les écrase de plus en plus ,
le marteau à facettes les fait disparaître presque complète-
ment , et le marteau tranchant achève de les unir. Les mou-
lures s’exécutent avec la pointe fine du marteau et au
moyen du ciseau. Les lettres en relief ou en creux des
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOn .
inscriptions s’obtiennent de même , et les caractères sont
tantôt gothiques , tantôt romains et parfaitement tracés.
Ce n’est ici qu’une œuvre d'extrême patience , et toutefois ,
certains ouvriers y deviennent très-habiles ; les coups de
marteau qu'ils savent appliquer avec adresse et rapidité
abrègent le travail. Certes , les tailleurs de granité dans les
Vosges, qui ont déjà fait de grands progrès depuis quelques
années , sauront , quand ils le voudront sérieusement , at-
teindre l'habileté de ceux de Normandie, surtout en s'ou-
tillant comme eux et en choisissant les granités qui se fendent
bien , et qui , par conséquent , se travailleront convenable-
ment par le procédé que nous venons d’indiquer, et qui n’est
qu’une modification de celui déjà mis en usagedans les Vosges.
M. de BUly a aussi déposé, parmi la série des serpentines,
six échantillons de cette roche , en contact avec le granité dans
le ruisseau qui descend de la ferme de la Housse , un peu
en amont de la jonction de ce ruisseau avec celui de Sainte-
Sabine , canton de Remiremont.
Le nombre des pétrifications pour les terrains stratifiés
des Vosges a aussi été augmenté : N. Joly , ingénieur des
ponts et chaussées , a donné des calamites du grès bigarré de
Bains; H. Hasselot , de Baccarat , les empreintes d’Tuccites
et de troncs de fougères ; M. Perrin , le coracoïdien gauche
d’un Notbosaurus , la clavicule droite du Simosaurus ? une
portion de tête du Notbosaurus Andriani , des fragments
osseux de Sauriens appartenant à la tribu des Labyrintbo-
dontes , ces derniers dans un état trop incomplet pour y
reconnaître à quel genre de ces animaux ils pourront être
rapportés. M. Lamoureux , M. Guihal ont continué leurs
dons en fossiles des formations basiques et jurassiques ,
et plus particulièrement en madrépores. M. Schimper a
envoyé des débris des tiges de zamia , du lias de Gunders-
hofen, des empreintes de fougères de Lycopodiacées sur les
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120
ASNALES
schistes houilliers de Saarbruck , et M. Mathieu , piqueur
des ponts et chaussées , des ammonites du calcaire juras-
sique de l'arrondissement de Neufcbèteau.
Tous ces dons successifs de fossiles isolés de la roche
nous permettront d'établir bientôt une collection séparée des
débris organiques renfermés dans nos terrains stratifiés ,
collection qui sera rangée d'après une classification métho-
dique, établie sur les grandes di visions admises pour le règne
animal et végétal. Notre tâche sera rendue plus facile par les
nombreux matériaux que nous avons reçus cette année , soit
du Calvados , par l’obligeance et la générosité de MM. Eudes
Deslongchamps et Tesson , soit du bassin de Paris , de la part
des administrateurs du jardin du Roi.
Les roches et fossiles du Calvados proviennent plus par-
ticulièrement , I® du grès quarzeux intermédiaire ; 2® du
lias ; 3° de l’oolitbe inférieure ; 4° de la grande ootithe ;
5° de l’argile de Dives ( Oxfordclay ).
Le grès intermediaire de May , près de Caen , que
M. Hérault, ingénieur en chef des mines dans le Calvados,
nomme grès quarzeux coquilher, et qu’il considère comme
une variété du grès rouge ancien des Anglais , est une roche
très-dure, d’un éclat lustré, d’une couleur grisâtre ou vio-
lette , formée de bancs ayant d’un mètre et demi à quatre
mètres d’épaisseur , remplie de Produla , et où se voient
aussi des Trilobites , entre autres l’Asaphus Brongnartii
Desion. Ce grès s’exploite pour faire des pavés et des pierres
à aiguiser dont se, servent les menuisiers.
Le lias supérieur , souvent en contact avec le grès in-
termédiaire, que M. de Caumont (I) désigne sous le nom de
(1) Mémoires de la Société linnêenne de Normandie , année 4828 , p. 2.>8
et suivantes.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
calcaire à belemnites , en réservant celai de calcaire à gry-
philea pour la partie inférieore de ce grand dépôt de couches
alternativement calcaire» et argileuses , ce lias supérieur ,
disons-nous, est très-riche en fossile», surtout à Fontaine,
Etoupe-Four , deux lieues de Caen , à Groisilles , Curcy , etc.
Les teintes , tantôt bleuâtres , tantôt jaunâtres , des diverses
couches les avaient fait rapporter à deux systèmes différent» ,
et lorsqu’elles contenaient des parties ferrugineuses , elles
avaient été regardées comme appartenant à l’ooütbe infé-
rieure, mais H. de Gaumont reconnut que les couches
ferrugineuses de Curey, confondues avec oelles de Saint-
Vigor , n'étaient point parallèles , et que les premières
devaient être rapportées à la partie supérieure du Lias.
Les principaux fossiles que nous avons reçus de œtte for-
mation appartiennent aux Spirifer , aux Terebratula , et
parmi ces dernières se trouvent le» Terebvatula acuta Lamk.,
concinna? emarginata Sow. , fissurata de Buch, nomismalis
Lamk., ornithocephala Sotc., perovalis? et plusieurs autres
espèces innommées. Ou y voit aussi le Deltyris aspera de
Buch r une Ostrea , le Gryphœa cymbium Lamk. , une Pli-
eatulea , le» Peeten corneus Sow. , equivalvis Sow. , Lima
doplicata , Avieula costata Sow. , une Unio , plusieurs
moules internes de. Pholadomya.
Le nombre des mollusques n’est pas moins considérable
que celui des ooncbyfères. On y compte trois à quatre es-
pèces distinctes de Pleurotomaria non encore rigoureusement
déterminées, des Trochus, Turbo , Euomphalus , plusieurs
Belemnites, entre autres le B . bisinuatus Plain., un Naulilus,
les Ammonites Eruea Defr. , Stokesü Sow. , Walcottii
Sow. , avec cinq à six autres espèces à étudier. Le Lias ,
dans le Calvados , donne une excellente chaux qui sert
d'engrais et pour les constructions hydrauliques : il fournit
aussi le moellon avec lequel on construit les maisons à
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122
ANNALES
Bayeux , Isigny , etc. Toutefois , parmi les bancs qui con-
stituent la partie supérieure du Lias, il se trouve une
assise de plus d’un mètre d’épaisseur, que les ouvriers
nomment Banc de roc et qui , contenant trop de silice ,
n'est pas employée avantageusement à la fabrication de la
chaux.
L’Oolithe inférieure du Calvados se divise en deux sys-
tèmes , l*un supérieur blanchâtre, qui se lie à la grande,
oolithe, l’autre moins épais, très-remarquable par la quan-
tité d’oolitbes ferrugineuses qu’il renferme. Les globules
oolitbiques en sont ovoïdes et un peu moins gros que ceux
de la grande oolithe ; toutefois , dans l’arrondissement de
Bayeux , ils acquièrent souvent un volume qui varie depuis
celui d’une noisette jusqu'à la grosseur du poing , mais alors
ces globules contiennent presque toujours à leur centre une
petite coquille ou an fragment du calcaire inférieur , et la
forme en est subordonnée à celle du noyau sur lequel se
sont moulés les feuillets concentriques d'argile ferrugi-
neuse (1). •
L’Oolithe inférieure à Bayeux , à Eterville , est une mine
aussi riche en pétrifications que la formation géologique
dont nous venons de parler. On y rencontre en effet, à
Saint-Vigor , l’Echinus germinans Phil. , les Terebratula
perovalw Sow. , bullata Sow. , globosa Sow. , Meleagrina
bajocensis Defr. , Lima gibbosa Sow. , Modiola plicatula
Sow. , Trigonia costata Sow. , Cardita lunulata Sow. , As-
tarte modiolaris Sow. , elegaus Bronn. , Pholadomya Mur-
chisonii Sow. , et plusieurs moules internes d’espèces du
même genre. Nous avons aussi reçu les Melania lineata
Sow. , Pleurotomaria ornata , les Troohus fasciatus Sow. ,
(1) Voyez de Caumont , Mémoires de la Société linnéenne de Normandie,
année 1828 , page 227 et suivantes.
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DE LA SOCIETE D EMULÀTIOÜ.
dimidiatns Sow. , qui abondent dans cette oolite ferrugi-
neuse. On y voit en outre les Nautilus obesns Sow. , lineatus
Sow., les Ammonites discus Sow., GervilBi Defr. , Par-
kinsoni Sow. , cette dernière , conservée avec son tét au
Moutiers cm Cinglais , route de Caen à Harcourt , tandis
qu’à Eterville , ce têt est presqu’entièrement détruit. Outre
ces ammonites, rigoureusement déterminées par les sa-
vants géologues normands auxquels nous en sommes re-
devables , il s’en trouve encore une série qui n’a point reçu
de nom spécifique, et qué M. Deslongchamps croit nou-
velle. Les différentes couches de lWithe inférieure , à
l’exception du banc sableux trop siliceux qu’on y rencontre,
sont exploitées pour faire de la chaux et également employées
à bâtir.
Nous passons à la grande oolithe ou à la partie supé-
rieure du calcaire oolitbique , que les géologues normands
nomment aussi calcaire à polypiers. Certains bancs sont
souvent formés uniquement par l’assemblage de lamelles
spathiques , et d'autres par beaucoup d’oolitbe presque tou-
jours blanche , rarement brune , renfermant un grand
nombre de polypiers , de radiaires ét de coquilles. Ce Cal-
caire se trouve dans plusieurs communes du Calvados & la
surface du sol, et il recouvre quelquefois immédiatement le
terrain intermédiaire. Son aspect varie beaucoup , comme
la fait remarquer M. de Maguéville : il se présente , dit
cet habile observateur (1), sous la forme de plaquettes ou
moellons très-propres à la maçonnerie. Il est teint en jaune
par du fer qui se trouve souvent en petites masses entre les
lits et quelquefois dans le corps même de la pierre , ou bien
il forme des couches sableuses , qui se durcissent à mesure
(1) Mémoires de la Société linnienne du Calvados , auuce 1824 , p. 219
et suivantes. *
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124
ANNALES
qu’elles sont plus enfoncées, et devient alors une bonne pierre
de taille. Les murs du quai de Caen , les ponts de cette ville
en sont construits. MM. Deslongchamps- et Tesson nous ont
envoyé les fossiles recueillis à Banville , à Langrune -,
dans cette seconde localité , les pétrifications sont surtout
renfermées au milieu de l’oolithe coquillière de Bath , nommée
pierre blanche en Normandie. Nous allons énumérer ce que
nous avons obtenu. Parmi les Zoophytes se voient le Spongia
pistilliformis Lamk. de Benouville, les Hallirhoa lycoper-
doïdes Lamk. , Spongia cymosa -Lamie. , belveloïdes Lamk. ,
provenant de Langrune ; sept à huit Millepora , deux Es-
charra , des Cellepora , CaryopbyUia , Âstrea , le Fungia
orbulites Lamk. , les Spiropora cespitosa et elegans Lamk. ,
Montivaltia caryophylla Lamk., Diastopora foliacea Lamk.,
Terebellaria ramosissima Lamk. : parmi les radiaires ,
existent le Nucleolites scutatus ? Gold. des Gidarites , des
Echinus , la colonne arrondie s’élargissant vers le sommet
de l’Apiocrinites rotundus Mill. ; parmi les conchyfères se
rencontrent dans l’oolithe de Bath , ou pierre blanche de
Langrune , le Terebratula palmetta Defr. , T. hemisphærica
Sow. , T. cardium Lamk. , Pecten vagans , Lima punctata ,
Avicula digitalina , Modiola elegans , 'rrigonia costata ,
plusieurs Astarte , tandis qu’à Banville , dans la grande
oolithe proprement dite , se voient de petites Thecidea ,
les Terebratula biplicata Sow. , digona , reticulata Sow. ,
( decussata Lamk. ) , à Benouville , l’Ostrea flabelloïdes
Lamk. , et derechef l’élégante Avicula digitalina dans la
couche supérieure du calcaire à polypier ( pisolite) de Ban-
ville. Parmi les mollusques , s’observent à Langrune le
Patellaria nitida avec une autre espèce , et à Banville des
Trochus et Ampullaria.
Enfin , les pétrifications de l’argile de Dives nous ont
présenté le Nucleolites scutatu^ Lamk. de Benerville, le
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DE LA SOCIÉTÉ O’ÉMÜLATIOH . 125
Rliodocrinites eclriuatus Brann. des Vaches-Noires , les Te-
rebratula resnpinata, Ostrea flabelliformis , Modiola tulipes
de Dires, et le Perna mytiloïdes des Vache! -Noires avec
Nucola , Astarte, Trochus, de Villers.
Cette riche collection des zoophytes , radiai res et co-
quilles fossiles du Calrados , a d'autant plus de prix que
les objets que nous venons d'énumérer, sont en parfait état
de conservation, offrant pour la plupart les caractères
génériques et spécifiques capables de conduire à leur dé-
termination rigoureuse ; qu’ils sont de plus en plus re-
cherchés des naturalistes , h raison de leur importance
géologique , tout en devenant plus rares. Cette collection ne
comprend pas la totalité des pétrifications normandes (1) ;
mais les bons offices de MM. Deslongcbamps et Tesson par-
viendront à la compléter, surtout que nous allons , de notre
côté , leur adresser les fossiles des grès bigarrés , ceux des
calcaires à ceratite , des calcaires basiques et jurassiqües
des Vosges. Nous n'avons pas cru devoir nous étendre lon-
guement sur les formations géologiques où se trouvent ces
pétrifications; le peu que noos en avons dit est certes in-
suffisant pour les faire bien connaître , aussi nous conseillons
de les étudier dans les savantes recherches des géologues
du pays , publiées dans les Mémoires de la Société linnèettne
de? Normandie. Nous avons déjà eu occasion de parler des
roches primitives et intermédiaires du Calvados , en rendant '
compte de l’envoi , par Delise et d’Isigny (2) , de ces roches
déposées au musée vosgien. Ce dernier envoi, réuni à celui
(1) Noos possédons déjà an musée vosgien les fossiles du Banc de
baculitee de Saint-Sauveur , département de la Manche , ©eux de la craie
de la montagne Sainte-Catherine près Rouen.
(2) Annales de la Société (T Émulation des Vosges, année 1839, vol. 3,
page 621.
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ÀïWAIÆS
qui vient de nous occuper , nous met eu possession des
matériaux les plus nécessaires pour les étudier loin des
localités qui les renferment. Nous pourrons , à l’avenir, bien
mieux mettre à profit les travaux de la Société liunéenne de
Normandie , sur cette composition du sol d’une des plus
vastes et des plus fertiles provinces de France , ayant sous
les yeux les roches et les fossiles dont ce sol est formé , et
lire avec plus de fruit ces curieux et profonds mémoires
géologiques, accompagnés de cartes, de coupes des terrains
et de vues parfaitement exécutées. N’oublions pas que c’est
en Normandie surtout qu’a commencé en France cet entrai-
nement vers les sciences naturelles qui s’est répandu avec
rapidité dans nos départements, et qu’en nous efforçant, dans
les Vosges , d’exciter de plus en plus cet entrainement, notre
Société d’Emulation conservera la bonne renommée qu’elle
s’est acquise déjà dans le monde savant.
La collection des roches et fossiles des environs de Paris,
due à la bienveillance de MM. les professeurs administra-
teurs du jardin du Roi , a été préparée par. M. Victor
Raulin , aide naturaliste , qui a bien voulu y joindre un
exemplaire de la carte des coupes géologiques et topogra-
phiques des environs de Paris , montrant le sol sur lequel
sont assises les fortifications de la capitale , . carte qu’il a
publiée avec M. Leblanc. Sur cette carte , la désignation et
l’ordre des formations sont indiquées par des teintes de
couleur , et les genres principaux des fossiles du terrain
tertiaire parisien et de la craie y sont aussi représentés au
trait.
Cette collection classique , composée de 200 échantillons
de roches et de 150 espèces de fossiles les plus caractéris-
tiques de chaque étage , est accompagnée d’un catalogue
méthodique qu’il suffit de consulter pour en apprécier
toute l’importance. Elle comprend les roches et fossiles ,
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION.
1° des terrains de la période crayeuse à qui appartiennent (a)
les sables quarzeux glauconifères ; (6) la craie proprement
dite; 2° des terrains de la période palæotherienne où se
voient (a) le calcaire pisolithique , (b) l’argile plastique, (c)
les sables quarzeux glauconifères , (d) le calcaire grossier, (e)
les calcaires fragiles et terreux , (/) les grès et sables dits de
Beauchamp , (g) le calcaire siliceux , (A) le gypse , (i) les
marnes supérieures au gypse et le Travertin moyen , (A)
les grès et sables dits de Montmartre, (1) le Travertin su-
périeur-; 3° e nfin des terrains de la période alluviale for-
mant (a) le grand attérissement diluvien , (b) les alluvions
fluviatiles. M. Baulin a eu soin , dans le choix des fossiles ,
de ne pas oublier les espèces nouvellement étudiées et dé-
crites, ce qui augmente la valeur de cet envoi, où nous
pourrons suivre les recherches faites jusqu’à présent sur la
géologie parisienne.
Nous devons aussi à M. Schimper des échantillons de
calcaire tertiaire de Mayence , avec Relix mvngontiana et
Rulim-us gregarius ; d’autres échantillons du même calcaire
de Landau avec codfervacées, des schistes bouillers de Deux-
Ponts avec Unie carbonarius, et empreinte^ de fougères et
lycopodiacées.
A l’occasion de ces fossiles des ordres d’animaux inférieurs
des terrains stratifiés , nous avons à vous entretenir des mo-
dèles en plâtre obtenus du muséum de Paris , représentant
des ossements de mammifères et de sauriens. En voici la
liste , avec les numéro^ d’ordre qu’ils portent dans le cata-
logue de l’envoi faisant suite à ce que nous avions déjà reçu
précédemment.
N° 39 , pied de devant droit du Palœotherium cratmm ;
n° 40, pied de derrière gauche du même animal ; n° 41,
pied de devant du Palœotherium medium ; ces trois objets
trouvés à Montmartre ; n° 42 , portion de mâchoire jnfé-
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ASNALBS
rieure d’Ânthrarotherium de Cadibona ; n° 43 , squelette de
Ptetùmurus doHcodeirus du lias, grand plâtre qui repré*
sente toute l’ostéologie de ce saorien ; n° 44 , tête d’Ieh-
thyosaurus communié ; n° 45, épaule et partie de l'extré-
mité antérieure du même saurien ; n° 46 , tété de Ylch-
thyosaurus intermedius ; n° 47 , les deux épaules et le
pied de devant droit de Y Ichthyosauru» tenuirastris , objets
trouvés à Lyme Regis , comté de Dorset en Angleterre ,
dans le terrain liasiqne ; n* 48 , tète de saurien , sans
indication- de localité ; n° 49 , portion antérieure de la
mâchoire inférieure dn Nothotaurus Andtiâni , Herm. ,
v. Meyer ; n° 50 , fragment de mâchoire inférieure du
Nothosaurüs Mougeoli, Herm. v. Meyer. Ges trois dernières
pièces moulées sur les originaux du Muscbelkalk des Vosges.
Ces plâtres , comme nous l’avons déjà fait remarquer {I) ,
sont d’une exécution parfaite , et quand on a pu être témoin ,
dans l’atelier du moulage dirigé par M. Merlieu , comme
nous en avons eu l’avantage , dès difficultés que présentent
les préparations préliminaires des pièces à mouler , la con-
fection des moules , ce qu’il faut de patience et d'adresse
aux artistes chargés de ce travail pour obtenir une aussi
grande perfection , on peut alors seulement apprécier la
valeur de ces modèles; anssi nous ne pouvons assez ex-
primer derechef notre reconnaissance envers MM. les admi-
nistrateurs du jardin du Roi, qui ont fait participer le musée
vosgièn à de pareilles largesses. Nous recevrons bientôt de
nouveaux plâtres représentant d’autres parties de la tète du
SimoMurus Gaillardoti , dont nous avons confié les origi-
naux à M. le professenr Laurillard , si profondément versé
dans l’étude des reptiles fossiles.
(1) Annales de la Société d* Emulation des Vosges, année 1837,
volume 3 , page 43.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOff.
129
L’administration du muséum de .Strasbourg a aussi par-
tagé avec le musée vosgien plusieurs empreintes de poissons ,
entre autres celle du Palœothrtssutn Freyenslebemi des
schistes cuivreux du Mansfeld, celle du Palœothrissum
Duvemof t du terrain carbonifère de Munsterappel , Prusse
rhénane. Et H. Roussel, pharmacien en chef du Val-de-
Gràce, nous a donné l’empreinte dorée de YEsox Lewesiensis
Mant. , de la craie d’Oran , craie remplie de diatomées et
d’animaux infusoires.
La collection minéralogique du musée vosgien a été aug-
mentée , 1° par M. Chevalier, membre du conseil général ,
du minérai de fer de l’oolithe inférieure ferrugineuse de
Maconcourt , arrondissement de Neufchàteau , utilisé dans
les fourneaux d’Attignéville et Rebauvois; en outre d’é-
chantillons du même minérai , extrait de la même formation
géologique à Chavigny (Meurthe) , brûlé également à Re-
bairvois et à Chavigny ; 2° par M. Michel , piqueur dans
l’administration des chemins de grande communication ,
d’un groupe de cristaux de chaux carbonatée , trouvé dans
la carrière du calcaire magnésien du Haut-des-Raids, près
Saint-Dié; 3° par M. Michaud, de la chaux sulfatée (plâtre)
recueillie à Tbey-sous-Montfort , canton de Vittel; 4° par
tf . le docteur Jaquot , de Plombières , d’échantillons de
kaolin et petunzé (terre à porcelaine) provenant du Val-
d’Ajol ; 5° par M. de la Pierre , de trois cristaux complets
de Staurotide croisette , pierre dure appartenant aux ter-
rains primitifs, prouvée dans un ruisseau qui sort d.’une
fontaine près de Garaman , département du Finistère ; 6*
par M. Laurent, directeur du musée vosgien, d’un superbe
échantillon de Lapis Lazuli.
9
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130
ANNALES
MOTANIQOE.
L'berbier général a reçu de grands accroissements par
les dons du muséum de Paris. M. Decaisne, aide naturaliste ,
a été chargé par MM. les professeurs de botanique de
faire un choix parmi les plantes des îles de France et de
Bourbon , de la Nouvelle -Hollande, de la Guyane et des
Antilles françaises, qui se trouvaient en échantillons dis-
ponibles daus les magasins de cet établissement. 11 serait
trop long de les énumérer ici : nous dirons Seulement que
la famille des fougères a fourni en espèces intertropicales ,
un large contingent , si nécessaire pour étudier avec succès
les empreintes des fougères danB les schistes honillers et
autres terrains stratifiés. Les serres du jardin dn Roi ont
aussi fourni à l’herbier général plusieurs conifères , entre
autres les Araucaria excelsa , Cuninghammi, brasiliana,
Dammara alba , Cunninghamia sinensü , dont l’organisation
a tant de rapports avec celle de plusieurs végétaux fossiles
du grès bigarré. M. Decaisne s’est aussi empressé de choisir
des fruits rares et curieux pour la collection carpologique
de notre musée ; nons avons pu , par ce secours , développer
cette collection des principaux organes reproducteurs , qui
occupent le premier rang dans les études botaniques , et la
disposer selon les familles naturelles. Les bruits les plus
importants choisis par M. Decaisne étaient ceux du Mayna
brasiliensis Raddi , arbre de 10 à 12 mètres , originaire du
Brésil et de la famille des Magnoliaoées ; de l’Anona muricata
Linn. de l’He de France , famille des Anonaoées ; du Ro-
couyer ( Bixa Orellana Linn. ) de la Guyane , famille des
Bixinées , dont les graines broyées et macérées dans l’eau
fournissent une fécule colorante, employée dans la teinture
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATIOK.
sons le nom de rocou ; du Baobab (AdaDsonia digitata
Linn .) , arbre du Sénégal célèbre par la dimension gigan-
tesque qu’il acquiert ; du Carolinea alba Lodd. , autre arbre
du Brésil et tous deux appartenant à la même famille , à •
celle des Bombacées ; du Sterculia Balanhas Linn. des Indes
orientales , famille des Bjttneriacées ; de l’Apeiba Tibour-
bou Aubl. (Aubletia Gmel.) de la Guyane, famille des
Tiliacées ; de la Casse (Cassia Fistula Linn .) , du Catharto-
carpus brasilianus Lourd. ; du Mucuna pruriens de Can. des
Indes orientales , d’une espèce de Bauhinia ; ces quatre
dernières plantes de la famille des légumineuses , dont la
pulpe qui entoure les graines dans la casse fournit à
la matière médicale un doux purgatif ; du Parinari ( Pa-
rinarium montanum A uî>l.) de la Guyane, drupe ovale,
épaisse, chargée de gros tubercules irréguliers, renfermant
une amande très-dure , famille des rosacées ; du Baringtonia
speciosa Linn. , arbre qtti croit au bord de la mer dans les
Mohques , ayant une sorte de capsule très-grande , qua-
drigone , pyramidale , couronnée par le limbe du calice , et
qui fait partie de la grande famille des Myrtacées ; de la
Peponide du Panpangaie (Cucumis acutangula Linn .), famille
des Cucnrbitacées , cultivée en Chine êt aux Indes orien-
tales; du Yomiquier (Strychnos spinosa Lamk.) de Ma-
dagascar, famille des Strychnées ; des Bignonia xylocarpa
Roxb. , dd jardin de Calcutta , Bignonia echinata Aubl.
( Saoaranda echinata Guss. ) de F Amérique méridionale ,
Bignonia indica Lourd. (Spathodea indica Pert.) des Indes
orientales , types de la famille des Bignoniacées , ayant
des fruits capsulaires bivalves , souvent longs d’un demi-
mètre ; du Banks» serrata Linn., de la Nouvelle-Hollande,
péricarpe en forme de cène , famille des Proteacées ; de la
eapsule et du gland du chêne feux liège Desf. ( Quercns
Fontanesii Guss.) d’Alger, famille des Cupulifères; des
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ANNALES
cônes du Pinus excelsa Wall, de l’Hymalaya , du
Pin us Douglasii Lamk. de l’Amérique septentrionale ,
famille des Conifères ; de la grande capsule coriace tri-
gone s'ouvrant au sommet en trois valves , renfermant des
graines noires ornées d’une touffe de filaments couleur
écarlate ; du Ravenala ( Ravenala guianensis Rich.) , ba-
nanier de la Guyane ; du régime et des fruits du Sagouier
(Sagus Raphia Poir .) de Madagascar; du fruit de l’Arec
(Areca Catechu Linn.) , dont l’amande , unie à une espèce
de poivre et à de la: chaux , entre dans cette substance
masticatoire si connue aux Indes orientales sous le nom
de betel; du Cocotier (Cocos nucifera Linn.) des Antilles;
de la fructification du Chamærops humilis Linn. de l’Al-
gérie; de l’Hyphæne crucifera Per». d’Egypte, palmiers
qui fournissent des produits de la plus grande utilité aux
peuples des pays chauds.
La maturité parfaite de ces fruits,, accomplie dans les
lieux où croissent spontanément les végétaux qui les pro-
duisent , les rend , pour nous qui habitons loin de ces lieux ,
d’autant plus précieux que cette maturité permet d’étudier
complètement leur organisation , surtout celle de la graine ,
et pour ne citer ici qu’un exemple , il a été facile de recon-
naître dans la graine du Ravenal , le perisperme farineux
entourant l’embryon.
Cette collection carpologique recevra insensiblement une
plus grande extension; les promesses de MM. les pro-
fesseurs du jardin du Roi nous en fournissent l’assurance ;
nous avons toutefois à ajouter aux objets dont nous venons
de parler plusieurs autres fruits offerts au musée vosgien.
M. le docteur Leveillé , de Paris , nous a donné celui du
Sablier (Hura crepitans Linn.) , Pet du Diable , arbre de
plus de 2ô mètres de haut , de la famille des Euphorbiaçées,
croissant à la Guadeloupe. Ce fruit est une capsule ligneuse
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DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION.
133
orbiculaire , déprimée, formée de 12 — 18 coques mono-
spermes s’ouvrant élastiquement par le milieu des valves ;
on est obligé d’entourer cette capsule d’un fil de fer , afin
que les coques ne s'éclatent pas avec bruit en lançant au
loin: leur graine , ce qui arrive à la maturité du fruit. Le
nom de Sablier dérive de l’emploi qu’en font les habitants
de l’Amérique , qui , après avoir vidé de ses graines cette
capsule, y mettent du sable pour saupoudrer ^l’écriture.
Nous avons obtenu de M. Lenormand , le grand - et ligneux
légume duCourbaril (Hymenæa Courbant Linn.), arbre des
Antilles qui fournit le suc résineux connu sous le nom de
Résine animée ; la Drupe à huit sillons du Hernandia sonora
Linn. (1) de l’lle Bourbon, famille des myristicées ; la coque
du Bancoulier (Alenrites ambinux Per s.) , de la famille des
euphorbiacées , dont la graine très - sapide passe à me de
France pour être aphrodisiaque , en restant toutefois très-
indigeste. Nos collaborateurs , MM. Berher et Laurent,
M. Braconnot , concierge du musée , MM. Crousse , Bracon-
not et Pécheur, jardiniers à Épinal , ont encore contribué à
l’augmentation de la collection carpologique, en y ajoutant les
fruits de plantes qui croissent spontanément dans les Vosges
ou qui sont cultivées dans les jardins. Nous -même nous
avons puisé dans notre propre collection carpologique cer-
tains fruits qui n’étaient pas encore au musée vosgien , tels
que ceux du magnolier, de l’anis étoilé, du grenadier, de
l’amandier; les légumes de la pistache de terre (Ârachis
hypogea Linn.), du caroubier (Ceratonia siliqua Linn.), du
tamarin (Tamarindus indica), la péponide du concombre
(1) Le# calice# , persistant# et agrandis après la floraison , enveloppent de
tontes parts le fruit , comme dans une vessie coriace , lisse , jaunâtre et percée
d’un petit trou au sommet. Lorsque l’air est agité , il pénètre dans cette ou-
verture et produit un sifflement singulier qui retentit au loin. De là le nom
spécifique sonora appliqué par Linnée.
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134
ANNALES
serpent , les fèves pichurim , ou muscade de Para , qui sont
les cotylédons de l’amande du Laurus Pichurim, arbre de
l’Amérique méridionale. Les noix des Jnglans , alba Mich. ,
cinerea, nigra Linn., olivæformis Mich., la capsule et les
semences du Sesame (Sesamum indicum Linn.) , graine oléa-
gineuse cultivée en Egypte et en Grèce , très - employée
maintenant dans la savonnerie de Marseille , et plusieurs
autres encore, nous réservant de partager avec cet établis-
sement départemental , à mesure que nous le permettront
nos loisirs , tout ce que nous avons déjà pu réunir en fait
de fruits.
L’administration du jardin du Roi nous a aussi donné
une portion du tronc d’une fougère en arbre de la Guadeloupe,
nommée Àlsophila Perottetiana A. Brong., où les cicatrices
des pétioles des frondes sont parfaitement conservées , et
représentent à merveille les formes des cicatrices analogues
observées sur les troncs de fougères fossiles. Nous avons
placé à côté de ce morceau curieux la tige de la canne à
sucre des Antilles et le tronçon , donné par M. Roussel , de la
tige du Cactus Opuntia £«'»«•> qu'il a rapporté de l'Algérie,
et dont le fruit , connu sons le nom de Figue de Barbarie ,
est très -nutritif et riche en matière sucrée. Dans le climat
favorable à la végétation de cette plante , les vieilles tiges
prennent une consistance ligneuse , acquièrent un dévelop-
pement assez considérable et servent alors à. chauffer le four.
ZOOLOGIE.
Nous avons ajouté aux animaux vertébrés : la Loutre
commune (Mustela Luira Linn.), laquelle, en se nourris-
sant de poissons , cause tant de ravages dans les rivières des
Vosges , et surtout dans celle de la Vologne ; le Hamster
commun (Mus cricetué Linn., marmotc d’ Allemagne) , rat
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DE LA SOCIÉTÉ D ÉMULATION. 135
d'une grande taille , très-nuisible à cause de la quantité de
grain qu'il ramasse et dent il remplit son trou , qui a
quelquefois deux mètres de profondeur. La tête osseuse,
parfaitement conservée du Babiroussa (Sus Babirussa Linn.,
Cochon cerf ) , pièce d’ostéologie très - curieuse et très-
instructive. Ce pachyderme nous est aujourd'hui bien connu
à raison des individus mâles et femelles amenés vivant des
Moluques en France , par les naturalistes de Y Astrolabe ,
MM. Quoy et Gaimard , et parfaitement décrits par M. F.
Cuvier (1). Les dents canines supérieures le distinguent
surtout de notre sanglier : elles sortent en effet d’un alvéole
ouvert sur le museau , et se recourbent en demi-cercle vers
les yeux , tandis que les inférieures sont arquées , aigües et
triangulaires comme chez le sanglier.
M. Oulmont , interne à l’Hôtel-Dieu de Paris , a envoyé
plusieurs préparations anatomiques très - bien exécutées ,
entre autres des Larynx de divers animaux.
Notre collaborateur M. Mathieu a continué avec la même
persévérance , le même zèle , d’enrichir les verrières con-
sacrées aux oiseaux. 11 a préparé avec une perfection qui
nous semble aller toujours en augmentant , le Gorge bleu
(MotaciUa suecica Linn,), le Circaète, Jean-le-Blauc (Cir-
caëtus gallicus ) , deux Stercoraires , le brun et le pomarin
( Stercorarius catharactes , pomarinus ) , le Sterne Caugek
(Stema cantiaca) ; ces trois derniers à lui donnés par M. le
comte de Slade, au château de Saint -Cyr, près Boonières
(Seine-et-Oise) ; le Bruant proyer (Emberisa miliaria ) , le
Cormoran (Peticanus carbo ) , etc. , etc.
Af. Bretagne , contrôleur principal des contributions di-
(I) Buffo* , Suppl,, tome 3, planche 12. Voyez aussi la notice très-savante
•ur le Babiroussa , par M. le docteur Raulin , inse'rée dans le Dictionnaire
universel cT histoire naturelle.
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136
AlfNALES
rectes, a offert l'Hirondelle de cheminée (Hirundo rustica
Linn.), ainsi qu’un Chevalier à pieds rouges (Totanus calidris,
Cuv.) : M. Thiébert a restauré le Spheniscus Humboldtii,
pris à Callao au Chili. Cet oiseau palmipède , de la tribu
des Manchots, a les ailes membraneuses , courtes, épaisses,
impropres au vol , mais faisant les fonctions de rames pour
vaincre la résistance de l’eau où il nage. Les Sphénisques
sont des « êtres que l’on serait tenté de considérer comme
« une ébauche ou plutôt comme un oubli de la nature ,
» s’il était sorti quelque chose d’imparfait des mains de
« cette mère prévoyante; ils semblent destinés à former
» le chaînon qui unit deux grandes classes de la zoologie.
» En effet , par leurs habitudes , les Spénisques sont autant
» et même plus poissons qu’oiseaux : hors de l'humide
» élément , leur contenance est indécise , incertaine ; élevés
» perpendiculairement sur deux jambes qui ne sont pas
» faites pour un point d’appui aussi ferme que le sol ,
» aussi scabreux que le roc , ce n’est qu’avec infiniment
» de peine qu’ils gravissent les côtes où la nécessité les
» pousse comme, malgré eux ; et , s’ils y rencontrent un
• ennemi , il faut que , sur la place même , ils succombent
» à son attaque, lorsqu’à force de coups de bec ils ne
» parviennent pas à l’intimider , à le fatiguer plutôt qu’à
v le mettre en fuite (l). » Ces oiseaux se tiennent en grandes
bandes sur les réduits les plus sauvages des mers australes.
M. Victor Choley, très -exercé dans l’art de conserver
les oiseaux , s’est aussi livré aux préparations ostéologiques
de ces volatiles et des plus petits animaux vertébrés. Il se
propose de partager avec le musée vosgien ces préparations
si délicates , et en attendant , il vient de l’enrichir du sque-
lette complet de la Corneille noire (Corvus Corone, Itrm.),
(I) Drapiez, Dictionnaire classique d'histoire naturelle.
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION . 1 37
nommée Corbeau dans nos contrées ; d'une tète de Bécasse
et d'une té te de Canard.
Un grand reptile, le San ve-garde d’Amérique (Lacerta
Teguiiin Ltnn.), provenant de la Guyane française, a aussi
été ajouté au nombre des Lézards. L’individu conservé au
musée vosgien a un mètre de long du museau au bout de
la queue. Le nom de Sauvegarde vient de la croyance ré-
pandue parmi les Sauvages , qu’ennemis des Crocodiles et
amis de l'homme , les grands Lézards avertissent celui-ci
par leur sifflement de l’approche d’un dangereux ennemi :
mais cette croyance est mensongère et le nom de Sauve-garde
impropre. M. Schimper, conservateur du muséum de Stras-
bourg , en nous envoyant ce Sauve-garde , y a joint quelques
autres reptiles , des lézards du cimetière de Lima , la tête
et la peau d’un Python de Java (Pytho Schneideri), aux-
quelles , en les ramollissant et en les développant, H. Ma-
thieu a rendu la pose naturelle de ce grand serpent.
M. Mougeot , percepteur des contributions à Épinal , a
aussi fait don d’une série de lézards du midi de l’Europe ,
de plusieurs vipères , du Scorpion d’Italie , placés dans
l’esprit de vin et offrant encore les couleurs variées de
leur robe. A ces Lacertiens et Ophidiens , M. Sohimper a
joint un énorme Bufo originaire du Chili.
M. Lenorraaüd nous a fait cadeau des mâchoires supé-
rieures et inférieures d’un Squale pris dans l’Océan , â
Grandville , et M. de Lapierre de celle d’une Dorade de la
même mer, nommée vulgairement, en Bretagne, Gueule
pavée . La forme des dents , leur position , leur structure ,
dans ces deux pièces ostéologiques , présentent la plus
grande analogie avec les mêmes organes de certains pois-
sons ensevelis dans notre Muschelkalk. En effet, les dents
d’Hybodus aplaties , coniques , aigues , tranchantes sur
les bords , sont évidemment organisées comme celles des
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138
AJ»NAL£S
Squales , poissons très-voraces , saisissant violemment leurs
proies vivantes , dans lesquelles s'implantent profondément
ces dents , tandis que les dents des Dorades , arrondies ,
mousses , disposées en brosse , ressemblent à celles du-
Placodus gigas , et sont plutôt propres à retenir et à triturer
des animaux mous , noffrant qu'une faible résistance.
Nous citerons , parmi les coquilles vivantes obtenues du
muséum de Paris , les Galathea radiata , Cardita calyculata ,
Hyria avicularis, Iridina rubens, Hippopus maculatus; des
Pinna , Perna , Âvicula , sans désignations spécifiques ; les
Vulsella spongiarum ; la grande et mince Placuna placenta
de Bombay ; les Chiton magnificus , Crepidula peruviana ,
Tornatella fasciata , Pyramidella dolabrata , Planaxis semi-
sulçatus , Monoceros crassilabrum , Concholepas peruvianus
et Àrgonanta Argo. Nous n'oublierons pas les dons de M rae
veuve Delise, de M. Guidelon , où se voient des coquilles
intéressantes , entre autres les Mactra gigantea , Pecten
magellanicus , Pislandicus , Cyprina islandica , de Terre-
Neuve ; les Pileopsis mitrula , intorta des Antilles , les
Cerithium telescopium , Pleurotomaria babylonica , Banella
gigantea. Nous avons pu amasser nous -même, au bord
de la mer , plusieurs mollusques testacés que nous avons
partagés avec le musée vosgien. Aujourd'hui , la collection
malacologique de ce musée est déjà assez considérable pour
pouvoir y étudier et y reconnaître la presque totalité des
genres établis par Lamark et les naturalistes qui suivent
ses traces.
Le calcaire à polypiers de la Normandie vient de nous
faire comprendre derechef combien l'étude des polypiers
pierreux , dus au travail des polypes vivants dans les mers
actuelle#, devenait indispensable pour bien connaître les
polypiers fossiles. Aussi avons -nous tâché d'augmenter le
nombre des genres et des espèces de l'époque actuelle , en
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
139
nous adressant à MM. les administrateurs du jardin du Roi ,
qui nous ont fait parvenir les espèces suivantes : Caryo-
pbjllea fasciculata , plusieurs Fungia , Meandrina filigrana
de la Mer Rouge avec plusieurs Astrea de cette localité ;
Pontes conglomérats , elongata , spumosa , Seriatopora
subnlata de la mer des Indes , connu sous le nom vulgaire
de Buisson épineux ; plusieurs Madrepora également de la
Mer Rouge, envoyés par M. Botta en 1837, et le Dendro-
phyllia viridis. Nous sommes redevables à MM. Guidelou
et Lenormand de plusieurs autres polypiers solides des
genres Millepora , Escbara , Madrepora , Meandrina et
Astræa. Nous ayons encore trouvé parmi les polypiers
flexibles , réunis par Delise et conservés par son beau-frère ,
M. Lenormand , beaucoup d’espèces manquant dans la col-
lection du musée vosgien, et de grands échantillons de
Gorgonia , avec lesquels nous avons orné , dans la galerie
d’histoire naturelle , la verrière qui renferme ces produc-
tions marines. M. le docteur Lhommé, de Saint-Dié, auquel
nous sommes redevables des insectes les plus curieux des
environs d’Alger, a de nouveau enrichi le musée par l’envoi
du corail rouge (Corallium rubrum Lamk. ) qu’il avait
amassé lui-mème sur la côte d’Afrique , à la Galle, implanté
sur un éclat de rochers , tel que ce polypier s*offre au
bord de la Méditerranée , seule mer où il croît , et aussi
en fragments roulés sur la plage*
M. de Lapierre a ajouté aux objets mentionnés précédem-
ment un cornet de sable de l’île de l’Ascension, qui n’est
absolument formé que de débris de coraux , de coquilles ,
roulés par les eaux de la mer et rejetés sur les bords de
cette Ile. Ce sable est eu tout semblable à celui des rivages
de la mer des Grandes-Indes , qui est déjà déposé au musée .
vosgien.
Nous ne terminerons pas cette longue énumération , sans
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140
ANNALES
mentionner le cadeau qne nous a fait M. Alphonse de
Brebisson , de Falaise , d’échantillons préparés sur Terre ,
talc ou papier fort , de certains êtres qu’on a rapportés ,
tantôt aux végétaux , tantôt aux animaux , et auxquels on a
donné les noms de Diatomées et de Desmidiés . Ces produc-
tions microscopiques qui habitent les eaux , soit en y flot-
tant librement, soit parasites sur les plantes et autres corps
inondés, ont été rangés par le célèbre Bory de Saint-
Vincent dans sa grande famille des arthrodiées , en faisant
remarquer leur analogié avec les algues et leur rapproche-
ment des polypes et des infusoires. M. de Brebisson a ob-
servé avec une constance, soutenue au point d’en altérer sa
santé, le développement et l’organisation de ces êtres singu-
liers , sur lesquels il a déjà publié plusieurs mémoires (1),
mais qu’il va nous faire connaître bieu mieux encore , dans
un grand ouvrage monographique intitulé : Iconographie
des diatomées et desmidiées , parce que toutes leurs formes
y seront figurées avec une exactitude et des grossissements
microscopiques admirables. M. de Brebisson s’est aidé dans
ses recherches des travaux publiés jusqu’à ce jour sur ces
infiniment petites productions , entre autres , de ceux d’A-
gardh ( 1 ) , de Kutzing (2) , d’Ehrenberg (3), de Meneghini (4),
(4) Algues des environs de Falaise , dans les Mémoires de la Société
académique des sciences de Falaise , année 4835 , p. 4.
Considérations sur les Diatomées et essai d'une classification des
genres et des espèces appartenant à cette grande famille , même recueil
académique , année 4838 , p. 27.
(4) Conspectus criticus diatomacearum . Lundæ , 4830.
(2) Synopsis diatomearum , oder Versuch einer systematischen zu-
sammenstellung der Diatomeen . Halle , 4834.
(3) Die infusions tierchen als çallkommene Organismen , ein Blick
indas tiefere organische Leben der Natur. Leipzig ; 4838.
(4) Synopsis desmidearum hucusque congnitarum ; dans le 44 e vol.
du Linhœa . Halle , 4840.
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DE LA SOCIÉTÉ DEMLLATIOH. 141
et son Iconographie méritera bien certainement toute con-
fiance. Il sépare les Diatomées qni ont une enveloppe siliceuse,
des Desmidiées qui en possèdent une toute différente , avec
un mode de reproduction tout particulier qui les rapproche
des conjuguées.
Les Diatomées et Desmidiées sont composées de cor-
puscules ou segments ( frustules ) de formes très-variées ,
planes ou comprimées , plus on moins transparents , raides
et fragiles, tantôt réunis en séries parallèles ou en cercle
et se divisant facilement ; tantôt nus , libres ou plongés
dans un mucus gélatineux, fréquemment géminés.
Les genres et les espèces établis dans ces deux tribus
sont déjà très-nombreux , et le deviendront de plus en plus
par les recherches incessantes des naturalistes. Nous n’es-
sayerons pas d’énumérer ici ceux que nous avons déjà reçus
de M. de Brébisson ; nous y reviendrons plus tard , nous
bornant aujourd’hui à quelques détails sur cette création
merveilleuse que nous connaissons à peine , détails em-
pruntés aux ouvrages de ce fidèle et exact observateur et
puisés également dans les écrits que nous venons de citer.
La cuirasse des diatomées ne se déforme pas pàr la des-
siccation , elle peut même être soumise à un degré de cbaleur
très-violent, capable d’amener sa calcination, sans éprouver
la moindre altération de forme , étant composée de silice.
Les importantes découvertes de M. Ehrenberg nous ont appris
qu’une grande partie des substances siliceuses , confondues
dans les arts sous le nom de Tripoli s , et que l’on regarde
comme des dépôts qui ont éprouvé l’action du feu , étaient
remplie» et souvent même presqu ’ entièrement composées
d’enveloppes ou cuirasses de Diatomées (de la section des
Bacilariées surtout) , conservées sans aucune déformation.
Ces dépôts siliceux , dont quelques-uns sont aussi connus
sous le nom de Farine fossile , ont été observés sur plu-
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142
ANNALES
sieurs points du globe ; il en existe en Laponie , en Alle-
magne , en Italie , à l’Ile-de-France et ailleurs. Le nombre
des êtres microscopiques de cette famille qui existaient à
l’époque de la formation de ces couches de tripolis , devait
être immense , puisque l’on a calculé qu’un pouce cube
d'une de ces substances , celle de la terre à polir de Bilin
en Bohême, devait contenir, terme moyen, 41,000,000
de ces animalcules. La possibilité d’un pareil calcul pourra
se comprendre en ajoutant ici que la conservation de ces
carapaces dans les individus fossiles est telle , qu’elle a
permis à M.. Ehrenberg de reconnaître, dans quelques
espèces , des détails caractéristiques qui lui avaient échappé
dans des espèces identiques encore vivantes de nos jonrs.
M. de Brébisson a communiqué à l’académie des sciences les
expériences qu'il a faites pour arriver à la connaissance
de la nature siliceuse des carapaces des Diatomées vivant
dans les eaux douces du Calvados ; elles sont d’un grand
intérêt et confirment les assertions de M. Ehrenberg. En
voici un résumé tel qu’il l’a publié lui-même (1) :
« Après avoir fait sécher de petites masses de diverses
> espèces , qui alors présentaient une poussière lamelleuse ,
» d’un blanc verdâtre , d’un aspect micacé , et douce au
» toucher comme le talc écailleux de Briançon , je le soumis
» en cet état à la calcination , au moyen du chalumeau.
» Au premier degré de chaleur, il y eut combustion d’une
• très-petite quantité de matière grasse, répandant une
» odeur animale , due à la substance muqueuse que ren-
» ferment les enveloppes des diatomées. Ayant obtenu enfin
» une calcination complète , le résida n’avait pas changé de
» volume. C’était une poussière blanche , sèche , âpre sous
• les doigts, semblable à quelques-unes des poudres qui
(1) Considérations sur /es Diatomées , déjà citées . page 30.
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143
DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION.
» servent à décaper les métatu et avant la même propriété ,
» c’était un Tripoli artificiel , composé de silice pure ,
» comme j’en fus convaincu par le verre soluble dans l'eau
» que me fournit sa fusion avec l’hydrate de potasse. Cette
» poudre , examinée au microscope , me présenta des cara-
» paces vides, mais sans aucune altération dans leur fonne,
» et ayant conservé leurs stries délicates, absolument telles
» qu’elles étaient dans l’état vivant. •
Nous aurons occasion de revenir à ces êtres dignes de
notre attention, en faisant connaître les diverses espèces
de Diatomées et Desmidiées qui habitent les mares et étangs ,
les lacs , les rivières et fontaines des Vosges , que M. de
Brébisson va déterminer rigoureusement sur des échantillons
que nous lui avons adressés. La puissance du créateur rem-
plit l’univers, et certes nous pouvons mieux encore aujour-
d’hui répéter avec Pline :
« In his tàm parvis, aique tàm nullis, quœ ratio, quanta
» vis, quàm inextricabilis perfectio! (1) *
(i) Pi mil secvhdi J Historiée mundi libr. XXXVII , lib. XI. Cap. 2.
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ANNALES
LA PRISE DE LA VILLE
ET
DU CHASTEAU D’ÉPINAL,
PAR L’ARMÉE DU ROY,
SOUS LE COMMANDEMENT DU MARESCHAL Dp CREQUY (1670) ;
EXTRAIT
DO RBCUB1L DBS GAZETTES NOUVELLES ORDINAIRES ET EXTRAORDINAIRES ,
* (Bibliothèque du Roi, in-4° , page 957.)
COMMUNIQUÉ
Par M. BALLON fils, d’Épinal,
AVOCAT A PARIS.
Le mareschal de Créquy , après avoir, comme par ma-
nière de préludes , soumis plusieurs places de la Lorraine ,
ainsi que vous l’avez sçu , et donné partout ses ordres ,
ayant décampé de Romont (1) le 19 du mois dernier (sep-
tembre 1670), il fit marcher, dès la pointe du jour, les
troupes et l’artillerie du costé d’Épiual ; et comme un si
grand équipage ne pouvait aller que très - lentement , il
prit les devants avec la cavalerie des deux ailes gauches ,
laissant la gendarmerie , l’infanterie et le canon derrière ,
qui ne put estre au camp que fort tard , la marche de ce
jour là estant trop longue.
(1) Village situé à une lieue de Rambervillert*
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DS LA SOCIÉTÉ D EMULATION. t45
Ledit maréchal arriva devant la place sur les onze heures ;
et ceux de la garnison ayant aperçu les nos très sur une
hauteur, à la portée du canon de la ville , tirèrent aussitôt
le leur dessus. Mais il ne fit aucun désordre dans nos esca-
drons , desquels on détacha aussi eu même temps quelques
gardes du corps ,* avec des dragons , qui s’approchèrent
des dehors , et escannouchèrent la garde des ennemis qu’ils
repoussèrent jusques à leurs palissades : en laquelle action
il y eut un garde du corps et deux dragons légèrement
blessés et un tué.
• Le reste de la journée se passa , du costé des ennemis ,
à canonner nos troupes à mesure qu’elles arrivaient et
prenaient leurs quartiers , et de nostre part à prendre des
logements à l’entour de la ville. Le maréchal de Créquy
estant continuellement à cheval pour donner les ordres
nécessaires an caippement des troupes.
La nuit on commanda des dragons pour aller recon-
noistre un endroit de la place où il y a un couvent de
capucins (i) duquel ils s’emparèrent , ayant jugé qu’il serait
très-utile à incommoder les ennemis : et comme ils n’es-
toyent pas en nombre suffisant pour conserver ce logement,
on y envoya le lendemain matin un régiment, d’infanterie ,
à la tête duquel estoit le marquis de Vaubrun.
Pendant ce jour-là , 20 , les assiégés firent assez beau
feu de leur canon, mais presque sans effet, y ayant en
seulement trois ou quatre soldats de tués ; et le maréchal
d,e Créquy , outre ses fonctions ordinaires et continuelles ,
s’occupa , avec un soin merveilleux , à reconnoistre la ville
et le chasteau , de manière qu’il résolut de faire ouvrir la
tranchée dès le soir et dresser les batteries pour faire les
attaques le jour suivant, de grand matin.
(1) Aujourd’hui l’hospice Saint-Maurice.
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146
AHNALES
Cette ouverture se fit sur les huit heures du soir , eu
deux endroits , par le régiment de Champagne , à l’attaque
du maréchal de Créquy , et par le régiment d’Auvergne , à
celle du due de Luxembourg , qui tirèrent chacun une ligne ,
tant à la droite qu’à la gauche , et firent cette nuit-là près
de mille pas de tranchée.
Le 21, de grand matin , nostre canon , ainsi qn’on l’avait
résolu, commença de foudroyer les murailles et quelques
tours de la ville , n'y ayant lors encore aucune batterie
dressée du costé du chasteau , et les grandes pluyes forent
cause que le feu se trouva assez modéré de part et d’autre.
La nuit suivante on dressa une batterie contre oe chasteau ,
qui estait l’endroit le plus fort de la plaoe , et la garde
de la tranchée fut relevée par le dernier bataillon du ré-
giment Dauphin et par le régiment Lyonnois.
Ils continuèrent le travail , suivans un boyau qu’on fit
conduire jusques à dix pas de l’angle du bastion de main
droite ; l’attaque de Luxembourg en faisant autant à mam
gauche , à pareille distance.
Ainsi l’on fit cette nuit là, à l'attaque de la droite , près
de 900 pas et on se logea à la gauche du boyau , assee
proche des deux oostez de l’angle du bastion , le régiment
Lyonnois ayant en teste le marquis de Villeroy qui y fit
des merveilles , non-seulement par l’avancement du travail,
mais encore par sa vigilance extraordinaire. Il n’y eut néan-
moins qu'environ 40 soldats on officiers tnés et blessés , et
de ceux-ci , quatre du régiment Lyonnois.
Le 22 , pendant tout le jour, on s'appliqua à tirer le canon
pour incommoder la place , en attendant la nuit , pour con-
tinuer ce travail : et sur les cinq heures après midy , la
basse-ville (3) ayant demandé à capituler, à condition qn’on
(4) Ou Petite-Ville.
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147
DE LA société s’éHULATIOK.
ne ferait aucun tort aux habitants , on la reçut à cette com-
position , de manière qu'en même temps, le maréchal de
Créqujr y fit entrer k régiment d'Anjou , et un bataillon de
«lai de Furstemberg.
Alors on continua l’attaqne de la ville -haute , séparée
par la Moselle de la première , et où est le chanteau , situé
sur une hauteur extraordinaire et fortifié autant qu’il est
possible , estant hasti sur le roc avec les fossés tailles aussi
dans le mesme roc.
La nuit suivante , les régiments d’Artois et de Louvigui
estant montes à la tranchée , ils la poussèrent jusques dans
le fossé , avec perte de 7 soldats et 40 blessés. Le maré-
chal de Créquy y ayant assisté , selon sa costume , depuis
eiaq heures du soir jusqu'à neuf heures du matin , à la
teste du travail , à découvert nonobstant le feu , lequel y
est oit tout-à-fast grand , fut aussi deux fois dans le trou
de la mppe , où l’on n’envoyait que quelques soldats , dout
une partie y fut tuée , aven le sieur de la Ville- Dieu , dn
régiment Dauphin, et quelques officiers.
La nuit du 23 au 24 , a* poursuivit le travail si vigou-
reusement qu’on attacha le mineur à an demi-bastion , par
où on attaquoit la place , nonobstant le fen exeeànf des
assiégés , qui blessa dangereusement cinq on six officiers ,
entre lesquels il y «a eut deux dn régiment de Crnssol qui
irait des mieux , et 70 soldats.
On eceut cependant, par des transfuges , que les habitants
et les éleus , qui se trouvaient dans la ville- haute , estoy ent
extraordinairement consterne*: , désespérants d’autant pins
de leur saint , qu’on les avoit forcés de prendre les armes,
et qo’estant surpris en cet estât, il n’y avoit point de grâep
pour eux.
Le 24 , le mineur travailla à la usine , en aorte qu’on
espérait la charger la nuit suivante pour la faire jouer le
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ANNALES
25; et le comte du Lude, grand -maître de l’artillerie,
estant arrivé. ledit jour, 24 , on lit de nouvelles décharges
du canon qui firent un fracas , lequel augmenta la con-
sternation de la ville. Ce jour là aussi , le chevalier de la
Farre , ayde-major des Dauphins , fut blessé d’une mous-
quetade à la cheville du pied.
Le 25 , du grand matin , toutes lès choses se trouvèrent
en estât , ainsi qu’on se l’étoit promis , pour charger et
amorcer la mine et ensuite la faire jouer ; mais le maréchal
de Créquy estant monté à cheval pour y aller donner les
ordres , fut averti que les assiégés avoient battu la chamade
pour parlementer, et qu’ils demandoyent des ostages pour
la seureté de ceux qui sortiroyent afin de capituler.
Il répondit qu’il n’en donneroit point , mais que les
ennemis pourroient envoyer tel officier qu’il leur plairoit ,
qu’on écouteroit leurs propositions et qu’on le renvoyeroit
avec une réponse ; et bientost après , la sieur de Zarmoise ,
capitaine des gardes du duc de Lorraine , dont la compagnie
estoit à Epinal , vinst trouver ledit maréchal de Créquy.
Il fit d’abord de grands préambules qui n’aboutissoyent
à rien , en disant que le duc de Lorraine avoit donné la
démission de son estât à son successeur, et qu’ainsi il
n’estoit plus question d’agir contre cette place qui ne luy
appartenoit plus : mais ledit maréchal luy ayant répondu
que , sans s’arrester à cette prétendue démission , il ne
s’agissoit que des propositions qu’il vouloit faire pour la
capitulation , et il demanda entre autres choses que la gar-
nison sortist avec armes et bagages. Hais on luy répartit
qu’on ne pouvoit luy rien accorder de ce qu’il désiroit ;
qu’il falloit qu’on se rendist à discrétion et que c’estoit
perdre temps que d’espérer rien de plus avantageux.
Il se retira pour aller conférer là-dessus avec les autres
officiers , selon la permission qui lui en fut donnée : mais
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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 140
cela u 'ayant produit aucune chose, l'on recommença de
tirer, et dans les premières décharges qui se firent , le sieur
du Fresnoy, lieutenant-colonel du régiment de Fursteinberg,
fut mortellement blessé , et le chevalier de Campagnac reçut
une mousquetade au dos.
Quelques heures après , on cessa derechef , de part et
d’autre , et les officiers de la ville demandèrent encore à
parler. Le maréchal de Créquy , qui ne vouloit plus les
écouter , leur envoya seulement le sieur de Vins , major
de Béthune , qui sceut si bien ménager les esprits , qu’étant
venu et retourné plusieurs fois , il leur persuada que le
meilleur parti qu’ils pussent prendre , estoit de s'aban-
donner à la discrétion du Boy, qui , voyant leurs soumissions
aveugles , les traiteroit avec plus de douceur.
L’accommodement s’estant fait de la sorte , . il fut or-
donné que le gouverneur et les officiers Lorrains qui com-
posoyent les troupes de la garnison d’Fpinal , et qui avoyent
défendu la place contre les armes de Sa Majesté , en sor-
tiroyent ce jour-là sur les huit heures du matin pour estre
conduits , scavoir les compagnies des gardes et chevaux-
légers , en qualité de prisonniers de guerre , et que le reste
des troupes et autres gens seroyent pris à discrétion pour
estre traitez suivant les ordres du Boy.
Cette disposition ayant esté envoyée aux’officiers de la
ville , elle fut aussitôt exécutée , de façon qu'on fit sortir
ceux qui devoyent aller en prison , qu’on fit mener à Metz ,
après les avoir désarmez et démontez , et les autres demeu-
rèrent dans la ville pour y attendre la volonté de S. M.
Les mémoires dont cette relation a esté tirée , ajoutent
qu’on travaillait à dresser un estât des munitions de guerre
et de bouche qui Be sont trouvées dans la place. Et voilà
comme un poste fortifié a esté pris en six jours de tranchée
ouverte , quoiqu’il pust tenir beaucoup plus long-temps , si
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150
AJtNALBS
ceux qui le défendoyent , se voyant poussés avec tant de
vigueur, û 'eussent cru ne pouvoir mieux faire que se rendre,
sans retarder davantage une victoire qu’ils eussent disputée
en vain à des armes que le bonheur n’ accompagne pas
moins partout que la justice.
D’Épinil , le 39 Septembre 4670.
Le maréchal de Créquy arriva devant cette place le 10
de ce mois, avec toute la cavalerie , et eeluy qui oothmandoit
la petite garde , ayant apperçu vingt ou trente maistres des
ennemis , les poussa jusques dans les portes : en laquelle
action le sieur Lebrun, ayde-major des gardes du corps,
fut blessé d'une mobsqnetade avec trois de ces gardes et
un autre tué. Ce jour là se passa à reconnoistre et à poster
l'armée autour de la place , d’où On faisait de temps en
temps des décharges dn canon , qui incommodèrent quelques
endroits dn camp et tuèrent quatre ou cinq soldats des ré-
giments Dauphin et Roussillon. Le lendemain la tranchée
fut ouverte sur les huit heures du soir, en deux endroits,
et poussée jusqn’à mille pas , Sans autre perte que dix OU
douze soldats l outre quelques blessés des régiments de
Champagne et d’Anjou avec un lieutenant dn premier de
ces deux corps , aussi blessé , et un capitaine du dernier qni ,
faisant pareillement une attaque du costé de la basse-ville ,
fut obligé de quitter, à cause qu’il n’y pouvait estre soutenu
par le canon. Le 21 , le travail fut continué avec on tel
succès , que chacun des deux régiments qui relevèrent la
tranchée , fit un logement sur la contrescarpe du fossé ,
capable de tenir 60 hommes ; mais il y eut 60 soldats tués
ou blessés , avec un garde de la Manche qui servait d’ingé-
nieur, et un capitaine réformé blessé, ainsi que l’ayde-major
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DE LA SOCIÉTÉ D ÉMULATION. 151
du régiment Dauphin avec un capitaine et un lieutenant du
mesme corps. Le 22 , il y eut aussi quelques soldats tués et
blessés des régiments d’Artois et de Louvigny , et un capi-
taine et deux lieutenants blessés : le sieur de Lombard ,
capitaine de cavalerie , ayant esté tné d’un coup de canon ,
parlant au chevalier de Fourilles , et le marquis de Ville-
Dieu , dans la tranchée , par un éclat de nostre canon qui
avait donné dans un bastion. Ce jour-là, la ville-basse se
rendit ainsi que vous avez sceu , et l’attaque ayant esté
continuée par la ville-haute où est le chasteau , on poussa
la nuit suivante la tranchée jnsques dans le fossé. La nuit
du 23 au 24 , on attacha le mineur : en laquelle occasion
quelques officiers furent blessés. Ce jour-là , 24 , on dis-
posa tout pour faire jouer la mine le lendemain. Mais les
assiégés , après avoir demandé à sortir avec armes et ba-
gage sans rien pouvoir obtenir, se rendirent à discrétion
ainsi que vous pouvez voir plus particulièrement dans le
détail qui en a esté donné. Toutes les troupes qu’on a em-
ployées en cette expédition s’y sont signalées à l’envi : ne
pouvant aussi moins faire , ayant , outre l’exemple du ma-
réchal de Créquy , lequel y a fait des choses extraordinaires
par son courage et sa bonne conduite , celui du duc d’En-
guyen , qui commandoit la cavalerie avec un ordre et un
soin merveilleux , assistait tous les jours à la tranchée et
s’exposoit comme le moindre des soldats , faisant connoistre ,
par cette glorieuse intrépidité , combien il est digne fils
d’un princè dont la valeur est connue de tout le monde.
(Bibliothèque du Roi . in-4° , page 958.)
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ANNALES
Du camp de Châté , le 39 Septembre 1670.
Le maréchal de Créquy , ayant fait conduire une partie de
la garnison d’Epinal à Metz , comme prisonniers de guerre,
et laissé le reste dans ladite place , en attendant qu’on en
dispose selon l’intention du Boy , prit sa marche vers cette
ville (Chàté) , où il arriva hier au soir avec l’armée.
(Bibliothèque du Roi , in-h°, page MO.)
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
153
MÉMOIRE
SUR LES OBSTACLES
A L’AMÉLIORATION DE L’AGRICULTURE
DANS LES VOSGES
ET A L’AUGMENTATION DES BESTIAUX ,
PAR M. L. TURCK ,
MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE.
Messieurs ,
L’amélioration de notre agriculture est la principale tâche
que nous nous soyons imposée , c’est aussi de beaucoup la
plus importante ; notre savant secrétaire perpétuel l’a bien
compris quand il a fait le beau travail que vous avez inséré
dans vos Annales et qui a pour titre : Mémoire relatif aux
mesures à prendre pour augmenter l'élève des bestiaux , et
par conséquent améliorer l'agriculture et l’alimentation des
masses dans le département des Vosges. On ne pouvait tirer
un meilleur parti que ne l’a fait notre collègue des données de
la statistique, et assurément notre agriculture est bien arriérée
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154
ANNALES
encore. En la comparant à celle de beaucoup de peuples
de l’Europe , nous sommes presque des barbares ; que
serait-ce si nous la comparions à l’agriculture de*la Chine,
si parfaite dans ses procédés , que les mauvaises herbes y
sont depuis long -temps inconnues. Mais pour la juger,
nous ne pouvons guère nous en rapporter aux chiffres des
statistiques , chiffres menteurs par excellence , au moins
pour la plus grande partie des objets qu’ils sont sensés
représenter? En effet, Messieurs, à part le nombre d’hec-
tares de terre , prés et bois , que le pays possédait à l’époque
du cadastre , à part aussi le nombre des animaux de travail
sur lequel la loi des prestations fournit des renseignements
certains , quelle valeur peut avoir le reste ?
Ce sont les maires des communes , me direz- vous , qui ,
les connaissant bien , fournissent tous les renseignements ,
toutes les données à l’aide desquels vous savez à un hec-
tare près combien il y a de blé, combien d'avoine, d’orge,
de pommes de terre, de carottes, de betteraves, de trèfle,
etc., etc. Mais, Messieurs, comment les maires pourraient-
ils savoir toutes ces choses? Chargez, par exemple, le maire
d’une de nos grandes communes rurales de vous fournir
ces renseignements, ou bien , pendant trois mois au moins,
il aura chaque année dix arpenteurs à ses gages , ou bien
il ne vous donnera et il ne vops donne en effet qu’un à
peu près qui peut aussi bien être le double que le quart
de ce qui existe en réalité. Il en sera de même, si vous
voulez savoir l’importance des récoltes; tous vos chiffres,
quelque bien alignés qu’ils poient , ne sont que des réponses
essentiellement vagues, ne pouvant aucunement servir à un
tableau fidèle de l’état du pays. Si , au lieu de vous occuper
des cultures et des récoltes , vous voulez savoir le nombre
de vaches, de porcs, de chèvres, de moutons, de volailles ,
vous retrouvez les mêmes incertitudes, les nêmes causes
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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 155
d’erreur, et tos chiffres ne sont et ne peuvent être que des
mensonges.
Mais , Messieurs , il y a un fait certain , c'est que notre
agriculture, malgré quelques progrès, est encore très-misé-
rable; c’est que plus de la moitié de nos habitants des
compagnes ne mangent pas même les deux onces de viande
que leur accorde la statistique de M. Longchamp ; ils n’en
mangent jamais, ou si rarement du moins, que la viande ne
peut pas figurer comme aliment de ces populations mal-
heureuses, réduites à se nourrir de pain d’avoine et de
seigle, de galettes de Barman , et de pommes de terre cuites
à l’eau et mangées sans sel. Quel remède apporter à nu aul
Si grand, auquel tant d’autres s’ajoutent encore? Faut-il
en accuser seulement l'ignorance de nos Cultivateurs? Je
crois , Messieurs , que vous seriez injustes. En effet , nos
cultivateurs des montagnes savent non-seulement parfai-
tement soigner les prairies , mais ils cultivent très-bien le
seigle , le sarrasin , l’avoine qui chez eux vient magni-
fique , le trèfle , les pommes de terre, le chanvre , le lin,
le millet, le colza, les carottes qu’ils sèment ordinairement,
ainsi que le colza , au mois de mars ou d’avril dans le seigle
ou le lin. ffulle part on ne soigne mieux que chez nous la
nourriture et l’engraissement des porcs, et Ou y entend très-
bien aussi l’éducation des bœufs et des montons.
Nos cultivateurs de la plaine sont moins habiles dans les
soins *à donner aux prairies , mais en revanche , à presque
toutes les cultures dont je viens de faire l'énumération ,
ils ajoutent celles de la vigne , de la luzerne , du saint-foin
et plusieurs autres , qui exigent , pour une végétation vi-
goureuse , ou un soleil plus chaud que le nôtre ou un Md
différent. 11 est donc injuste de dire que les connaissances
manquent à nos cultivateurs , qui tous , du reste , ont lu
ou entendu lire les bons articles d’agriculture que l’on
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156
ANNALES
trouve depuis plus de quarante ans dans la plupart de nos
almanachs. Pourquoi donc leur agriculture n’est-elle pas
plus prospère?
- Cette question est d’une bien grande importance , et la
solution en est facile. Vous l'obtiendrez , Messieurs, en vous
demandant sous quelles influences se trouvaient les habitants
des Pays-Bas , du Palatinat du Rhin , de l’Alsace et de la
Suisse , alors que ces peuples arrivaient à une agriculture
si perfectionnée relativement à la nôtre.
Les cultivateurs de ces contrées ne payaient pas le sel
60 centimes le kilogramme , comme le payaient nos pères
dans presque toute l’étendue du royaume, ou 50 centimes
comme nous le payons aujourd’hui ; mais ils le payaient et
le paient encore , pour la plupart , 20 ou 25 centimes.
Voilà , Messieurs , la grande et la véritable cause de
l’infériorité de notre agriculture. Obtenez la diminution
des charges qui pèsent sur elle , et bientôt , sans aucun
effort, sans le concours d’aucun corps savant, vous verrez
notre agriculture prendre une impulsion prodigieuse. Mais ,
me direz-vous , est-ce que la diminution des charges qui
pèsent sur les cultivateurs leur apprendra mieux que nous
ne pouvons le faire à substituer telle récolte plus productive
à telle autre qui l’est moins , à diminuer par exemple la
culture de l’avoine au profit de celle du froment , des
pommes de terre et surtout des betteraves.
Il y a long-temps , Messieurs , que Virgile disait : nec
verb terra ferre omnes omnia possunt. Eh bien! ce qui était
vrai de son temps l’est encore aujourd’hui. Ainsi , on avait
établi à Confions , près de Saint-Loup , une sucrerie de
betteraves. Là, dans des terres excellentes, avec une cul-
ture on ne peut pas mieux dirigée, on n’obtenait que des
récoltes chétives de cette racine.
Dans nos montagnes , où la chaux manque à peu près
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
157
complètement , fumez beaucoup vos terres ; si vous n’y
ajoutez pas des cendres lessivées , vous n’aurez pas ou
presque pas de grains , surtout avec du fumier provenant
de mauvais fourrage venu dans des prés tourbeux et que
l’on n'aura pas pu corriger, soit en semant des cendres
lessivées ou du sel sur ces prairies , soit en donnant jour-
nellement du sel aux bestiaux. Le sel ne contient pas de
chaux , me direz-vous ; je le sais bien , mais il contient
de la soude, et jusqu’à un certain point la soude, la po-
tasse et la chaux peuvent , dans les végétaux , être sub-
stituées l’une à l’autre. Mais , pour mettre dans ses champs
de la chaux , des cendres lessivées , du sel , de la potasse
ou de la soude, il faut avoir une certaine aisance qui
manque à l'immense majorité de nos campagnards.
Vous me direz peut-être que si, exceptionnellement dans
nos montagnes , il faut tous ces secours pour remédier à
l’ insuffisance du sol , il n’en est pas de même heureusement
dans nos plaines , où la terre contient tous les éléments né-
cessaires à une végétation vigoureuse. La moindre con-
naissance de la culture de nos • plaines vient démentir cette
assertion. En effet, pour quelques belles récoltes, combien
n’y en a-t-il pas de chétives , malgré beaucoup de soins de
la part des cultivateurs. C’est que les plantes qu’ils y sèment
n’y trouvent pas toutes les matières inorganiques dont elles
ont besoin pour prospérer , ou ne les y trouvent pas dans
un état convenable de préparation. Ainsi , aux céréales , par
exemple, il faut de la potasse que l’on trouve abondamment
dans les terres provenant de la décomposition du feldspath ,
du klingstein, des basaltes , des schistes argileux et Han» la
glaise. Mais il faut que cette potasse soit mise en liberté à
l’aide de l’action combinée de l’air et de la culture , ces
puissants désaggrégateurs des roches ; il faut qu’elle puisse
aussi s’associer à la silice pour former le silicate de potasse
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158
ANNALES
qui abonde dans la paille de ces plantes ; et quand une ré-
colte est venue épuiser la potasse , qui était à l'état conve-
nable , toute autre récolte avide de la môme substance ne
pouvait plus immédiatement réussir. Il faut également aux
céréales de la diaux et de la magnésie dans certaines pro-
portions. Aussi, fort souvent dans nos (daines , le marnage et
le chaulage seraient non moins nécessaires que ne le sont
les cendres lessivées dans nos terres des montagnes. Il faut
aussi aax céréales , comme à toutes les autres plantes , de
l’ammoniaque et des sels ammoniacaux , que l’on rencontre
si abondamment dans l’urine des animaux et dans celle de
l’homme surtout , bien plus riche en azote , non-seulement
que le fumier ordinaire, mais que les excréments solides de
l’homme lui-même.
D’après Berzelius , 1 ,000 parties d’urine humaine con-
tiennent 933 d’eau, 30 d’urée, phosphate et hydrochlorate
d’ammoniaque, 3,15 acide lactique libre ; lactate d’ammo-
niaque, urée et mucus , 18,50 , plus 18 environ de sel
marin , sulfate de soude et de potasse, phosphate de soude ,
phosphate de chaux et de magnésie.
Mais pour bien employer l’urine comme engrais , il faut
des citernes pour la recueillir, comme cela a heu en Flandre ,
en Suisse et dans tous les pays où l'agriculture est bien
entendue. 11 faut ensuite une pompe , une voiture et un
tonneau disposés pour l’arrosage ; il faut donc tout un
appareil qui , exigeant des dépenses assez considérables , ne
peut être appliqué par des populations pauvres.
A l’aide du plâtre semé sur nos prairies et sur nos champs ,
on peut fournir aussi à nos plantes une quantité considérable
d'ammoniaque, que le plâtre puise, en se décomposant, dans
l’air atmosphérique où l’ammoniaque existe , à dose bien
petite sans doute , mais à dose suffisante , au moins pour
les plantes sauvages. On comprendra combien est puissante ,
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
159
sous ce rapport , l’action du plâtre , puisque 500 grammes
de cette substance peuvent , d’après Liebig , enlever à l’air
et fournir aux plantes autant d'ammoniaque que pourraient
en produire 6,200 livres d’urine de cheval. Hais pour semer
du piètre sur les champs et sur les prairies , il faut «neore
une certaine aisance , que la grande majorité de nos colti-
vateure est, comme je l’ai déjà dit , bien loin de posséder.
Voilà donc des obstacles graves, sérieux, qui s'opposent
an développement de notre production agricole. On com-
prend , sans qn’il soit besoin de le dire , que ces obstacles
s’opposent également à des améliorations de quelque valeur
dams l’éducation de nos animaux domestiques , puisque ee
son* les végétaux qui sont chargés de préparer tous les
principes élaborés plus tard par eux.
Dans toutes les plantes , dans l’ean de toutes les fontaines ,
on trouve dn sel commun. Ce sd joue chez les animaux un
rôle de premier ordre et qui ne peut être remplacé par rien
autre. Il fournit au suc gastrique l’acide chlorhydrique
nécessaire pour opérer la dissolution des aliments contenus
dan» l’estomac , tandis qu’il donne au sang la sonde qui
concourt avec Je sel lui -même à conserver à cette impor-
tante liqueur tonte sa fluidité. Notre savant confrère M. le
docteur Denis a démontré qu’en retranchant au sérum dn
sang, le sel et la soude qu’il contient, il se change à l’instant
même en fibrine , tandis que la fibrine se change en sérum
quand on la combine avec ces snbstances.
De même que l’ammoniaque répandue dans l’atmosphère ,
-qnoiqu’à dose infiniment petite suffit aux besoins des plantes
sauvages, mais ne suffit plus à la plupart des plantes cul-
tivées , de même aufci le sel contenu dans l’eau de nos ri-
vières et de nos fontaines , ainsi qae dans le tissu des plantes ,
suffit aux animaux sauvages, mais ne suffit pins dans beau-
coup de cas à nos animaux domestiques , pour acquérir un
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160
AHNALES
grand et prompt développement et pour conserver leur santé.
Gela vient , Messieurs , pour les plantes cultivées , de ce
que nous leur demandons , en général , bien plus de produits
azotés qu’elles n’en contiennent naturellement , et que ne
pouvant assimiler l’azote de l’air atmosphérique , elles sont
forcées de l’emprunter à l'ammoniaque ou à ses sels.
Les animaux sauvages, libres de choisir leur pâture et
leur gite, constamment stimulés sous l’influence du grand
air et du soleil , ayant une peau et des reins toujours assez
puissants pour les débarrasser des acides qui , sans cela ,
neutraliseraient bientôt les bases du sang et amèneraient rapi-
dement la mort , n’ayant à employer leurs forces que pour
leur propre usage , et n’ayant pas à demander à la nature
d’exagération dans le développement de tel ou tel organe ,
trouvent dans les végétaux qu’ils appétent et dans l’eau qu’ils
boivent suffisamment de sel , quoique cependant ils le re-
cherchent tous avec avidité.
Les animaux domestiques , entassés dans des étables hu-
mides et sombres , privés de la liberté de choisir leurs
aliments et leur gite , condamnés souvent à une nourriture
qui leur répugne et qui est de mauvaise qualité , obligés
aussi de fournir à nos besoins des masses musculaires
beaucoup plus développées , un tissu adipeux rempli d’une
graisse beaucoup plus abondante , du lait en bien plus grande
quantité , ou un travail dépassant leurs forces , ne peuvent ,
sous l’empire de toutes ces causes , se passer de sel , sous
peine de ne pas tirer , à beaucoup près , de leur nourriture
tout le parti désirable , sous peine aussi de succomber sou-
vent aux maladies les plus graves , que l'usage du sel aurait
la puissance de prévenir. *
En effet , Messieurs , les étables généralement sombres ,
souvent humides et froides , ont toutes pour résultat inévi-
table de diminuer l’énergie des fonctions de la peau , et par
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DE LA SOCîÉtÉ D’ÉMULATION.
ICI
suite celle des reins et du tube intestinal , et cela avec d’au-
tant plus de puissance que les animaux sont condamnés à
les habiter pins long-temps. Vous pouvez , sous ce rapport ,
les comparer aux prisonniers ou aux ouvriers des filatures ,
dont le teint p&le et les accidents scropbuleux sont l’inévi-
table conséquence de la privation de l'air et de la lumière.
Nos animaux , ainsi débilités par l’habitation des étables ,
. n’ont plus que des digestions incomplètes ; les fonctions de
la peau et des reins étant diminuées , les bases du sang se
trouvent neutralisées en quantité trop considérable par les
acides que la transpiration cutanée et l’urine auraient dû
rejeter hors de l’économie. Les poumons , le foie , toutes
les séreuses sont menacées alors de devenir le théâtre de
lésions d’antant plus graves que l’animal est moins robuste.
On éviterait aisément toutes ces causes de ruine en don-
nant habituellement du sel aux animaux. A l'aide de cette
substance, en effet , le suc gastrique , en présence des ali-
ments , serait toujours riche en acide chlorhydrique , que les
savants Gmélin et Tiedman ont trouvé , comme principal
agent de la digestion , non pas seulement chez l’homme et
les autres mammifères , mais chez les oiseaux , les reptiles
et les poissons , et que l’on retrouverait probablement chez
tous les animaux , si chez tous on pouvait étudier les phé-
nomènes qui accompagnent cette importante fonction.
En fournissant l’acide chlorhydrique au suc gastrique,
le sel fournit au sang de la soude en quantité suffisante pour
que ce liquide conserve ses conditions normales , et qu'arrivé
dans le tissu des sécréteurs, il les stimule convenablement ,
malgré les circonstances exceptionnelles dans lesquelles ils
se trouvent; enfin le sel, non décomposé, joue dans le sang
un rôle d’une très - grande importance aussi et analogue
sous quelques rapports à celui de la soude.
Le sel conviendra donc toujours à nos animaux domes-
11
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162
ANNALES
tiques ; il augmentera la force , la santé et l'embonpoint de
ceux qui , sans lui , seraient encore bien portants ; il per-
mettra aux autres de fournir à leurs propriétaires des pro-
duits satisfaisants. C’est au sel surtout que les caltivateurs
d’outre - Rhin doivent de pouvoir produire à beaucoup
meilleur marché que nous toute espèce de bétail.
Un médecin de beaucoup de mérite, H. le docteur Coster ,
de Paris , faisant de très-curieuses recherches sur la phthisie
tuberculeuse , a constaté que des lapins , des chiens , des
oiseaux qui, maintenus dans l’obscurité , privés d’exercice
et exposés au froid humide , contractaient en quelques se-
maines de nombreux tubercules , échappaient à cette ter-
rible maladie dès que , dans leur nourriture , on mettait du
sel et du fer.
Un de mes oncles, N. Bertier, propriétaire de la terre de
Roville, donna pendant quarante ans du sel à ses montons,
qui se portaient très-bien , malgré des pâturages humides
situés au niveau de la Moselle. M. Mathieu de Dombaale,
devenu son fermier, venait d’écrire, au temps de la Restau-
ration , un mémoire ponr démontrer que le sel est inutile
à l’agriculture et aux animaux , et qu’il est une matière
essentiellement imposable. 11 voulut joindre l’exemple an
précepte , et son troupeau périt en presque totalité, victime
de la cachexie aqueuse , maladie essentiellement due h l’af-
faiblissement des sécréteurs acides, et caractérisée aussi par
de nombreuses lésions des poumons , du foie et des séreuses ,
appartenant tous an système opposé.
Tout ce que je viens de dire de l’action du sel sur les
animaux s'applique également à l’homme. Le pauvre , mal
logé , mal vêtu , nourri seulement de mauvais pain et de lé-
gumes, et souvent en quantité insuffisante, privé de feu dans
les saisons froides et se refusant le sel & cause de son prix
élevé , est dès son jeune âge exposé à toutes ks maladies
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
163
de la vieillesse ; il est constamment faible et il succombe
toujours bien long-temps ayant l’époque que la nature avait
fixée, et à ce point, Messieurs, que la statistique démontre
qu’à nombre égal il meurt deux pauvres pour un riche.
Ces vérités sont bien tristes , à une époque surtout où l'on
parle tant d’humanité , et où l’on ne craint pas de dépenser
des millions pour abolir l’esclavage des nègres ! Que l’on
ait donc un peu plus de pitié pour les pauvres qui nous
entourent , qui forment la moitié au moins de toute la po-
pulation , et qui sont bien pins à plaindre que les nègres
esclaves, au malheureux sort desquels cependant je com-
patis beaucoup.
C’est à Philippe-le-Bel que l’histoire fait remonter l’ori-
gine de Timpôt du sel en France et de la trop fameuse
gabelle , que quelques étymologistes font dériver de l’arabe
Ghanel , qui signifie loi inique. Oui, Messieurs, l’impôt du
sel mérite cette qualification et produit les plus déplorables
effets. C’est à lui surtout qu’il faut attribuer l’infériorité de
notre agriculture, la rareté de notre bétail et la plus grande
partie des maladies qui déciment nos populations ouvrières.
Disons -le souvent et bien haut, afin que le législateur.,
éclairé sur ses funestes résultats , brise à jamais ce reste de
la barbarie du moyen âge , cette grande cause de misèrer.
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164
ANNALES
EXTRAIT D’UNE LETTRE
ÉCRITE DE SAÏDA
A M. MOUGEOT, DE BRUYÈRES,
PAR LE DOCTEUR GÀILLARDOT ,
MEMBRE CORRESPONDANT.
Saïda , 1* 27 Novembre 4843.
Monsieur ,
.Je vais vous tracer sommairement l'itinéraire
de mes voyages; je vous donnerai ensuite le résultat de mes
observations.
Je passai un mois à Marseille à attendre le départ d’un
bâtiment et , pendant ce temps , je visitai les terrains crétacés
du midi de la France : j’allai à Toulon , à Sainte-Reaume, à
Aii , etc. Cet examen me servit parce qu’il me fournit des
points de comparaison avec les calcaires de la Syrie apparte-
nant à la même formation , mais qui présentent , comme vous -
le verrez , d’essentielles différences. Je passai quinze jours à
Alexandrie , où géologiquement il n’y a rien que le calcaire
méditerranéen qui borde la côte d’Égypte , mais où , sous
le rapport des antiquités , il y a beaucoup à voir ; je re-
cueillis là une collection de marbres antiques employés pour
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 165
ornements, et probablement apportés de la Grèce. J'allai
ensuite an Kaire où je restai six mois à attendre une desti-
nation. Pendant ce temps , je visitai les montagnes qui do-
minent cette ville- et forment la chaîne arabique de la vallée
du Nil. Je constatai la présence de deux systèmes de couches
calcaires dont la supérieure manque presque complètement
en Egypte, tandis qu’au contraire elle est très-développée
en Syrie et y forme la plus grande partie des montagnes ;
elle est séparée de la couche inférieure par des couches de
grès et sables ferrugineux en Syrie , et des marnes vertes et
ferrugineuses en Egypte ; elle est riche en fossiles en Egypte,
et n’en présente que très-peu en Syrie, où l’on retrouve cepen-
dant partout la coquille qui la caractérise et qui m'a servi
à la reconnaître depuis le pied du Taurus jusqu'au bord du
Nil , je veux dire la nummulite qui n’existe point dans le cal-
caire supérieur. J’arrivai à Bayrout, de là j’allai par terre
et en longeant la côte jusqu’à Latakié et de Latakié à Alep.
Aussitôt arrivé, je fus envoyé établir un cordon sanitaire et
deux lazarets sur la frontière de la Syrie : je vis là les
premiers escarpements de la chaîne libanienne qui se dé-
tachent du Tanrus et en sont séparés par la vaste vallée de
* Harasch. Je revins à Alep où je fus cinq mois au lit , malade
d’une encéphalite à laquelle je faillis succomber. Je fus
envoyé en convalescence à Saïda , où , à peine arrivé , je fus
envoyé prendre la conscription dans le Liban. Je passai à
cette opération trois mois qui , malheureusement , apparte-
naient à la saison des pluies , et pendant lesquels je ne pus
faire autant d’excursions que j’aurais voulu. Je revins à la
hâte à Saida d’où nous allâmes par mer à Antioche avec mon
régiment. Il y avait dix-huit jours que j’étais à Antioche ,
où j’observais les calcaires crétacés soulevés et modifiés par
un amas de roches serpentineuses , lorsque nous reçûmes
l'ordre de partir pour Damas ; nous remontâmes toute
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ÀSNALES
1C6
la vallée de l’Oronte , où j’observai la configuration et la
constitution des vallées de la Syrie que je vous détaillerai
plus loin. Arrivés à Damas, nous allâmes passer dix mois
à faire la guerre aux Druses du Hauran. Je consacrai ces
dix mois à visiter le Hauran , terrains volcaniques qui se sont
formés de la manière la plus bizarre au milieu des sables du
désert ; terrains d 'autant plus curieux que la contrée riche
en antiquités qui les présente n’a jamais été et ne sera pas
de sitôt parcourue. Les voyageurs qui en ont fait des cartes
ne l’ont vue que de loin et ont fait leur travail sur la foi
des récits des gens du pays; j’en ai fait une qui a été
trouvée très - exacte par tous les officiers européens qui
faisaient partie de l’armée d’Ibrahim-Pacha. J’ai dessiné
une série de profils de cette contrée ; j’ai pris des vues et
recueilli un grand nombre d’inscriptions. J'avais ramassé
quelques plantes et insectes , qui malheureusement se
trouvaient dans une de mes eusses, qui fut détruite et pillée
lors de la prise de Siüda par les Anglais. Les roches peu
nombreuses à la vérité qœ j’avais recueillies me sont fort
heureusement restées ; je dis peu nombreuses , car dans
tous mes voyages j’ai recueilli très -peu d'échantillons.
Marchant avec des corps d’armée ou campé avec eux , il
m’était impossible de m’écarter d’eux , et plus d’une fois,
en voulant aller 6ur quelqu’éminence voisine de notre camp ,
je me suis vu forcé de le regagner au plus vite , poursuivi à
coups de fusil. Obligé d’ailleurs de porter avec moi tout
ce qui m’était nécessaire pour mon service médical, ma
nourriture de plusieurs jours , mon bagage , etc. ,
et pendant des marches de douze à quinze jours , de
douze , quatorze et dix-huit heures par jour , j’étais souvent
tellement harassé de fatigue et de faim que je n’avais guère
le courage de tailler des roches : aussi mes observations sont-
elles plutôt générales , et se rattachent-elles à l’ensemble de
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
167
k constitution géologique du pays plutôt qu’à des détails
de ooucbes, au moins pour quelques localités où ces détails
étaient fort peu intéressants. A la suite de k campagne du
Hauran , mon régiment alla à Balbeck , dans la vallée de
l’Antiliban , où il resta un mois. J’&udiai cette vallée et je
dressai un plan des magnifiques ruines du temple du Soleil
de l’ancienne Héliopolis ; nous revînmes à Damas où je
restai six mois : j’étudiai là l’extrémité de la chaîne de
l’Antiliban qui domine cet$e ville. Puis vint une nouvelle
encéphalite , puis la dyssenterie et k fièvre intermittente ,
que je gardai trois ans et dont je ne fus débarrassé que par
k peste à laquelle je faillis succomber. On m’envoya en
convalescence à Solda où je passai l’hiver. Au printemps,
Soliman-Pacha , major-général de l’armée , me prit avec lui
et m’attacha à son état-major : nous partîmes pour Alep
par fieyrout, Tripoli, Homs, Hama. De k nous allâmes
battre les Turcs à Nezib ; je vis là, à Biredjick, un point de
k vallée de l'Euphrate que je trouvai en tout semblable
aux vallées de la Syrie. Je fus pris à mon retour d’Alep
d’une pleuro-pneumouite qui me tint trois mois malade et
en convalescence de kquelle on m’envoya encore à Saïda ,
où revint peu après Soliman-Pacha à l’état-major général
doqnel j’étais toujours attaché. Je fis alôrs le voyage de Saint-
Jean-d’Acre où j’observai au mont Germe! la couche calcaire
inférieure- à nummulites. Vint ensuite k révolte dn Liban ;
pendant les opérations militaires qu’elle nécessita, j’eus l’oe-
easion de parcourir ces montagnes dans diverses directions
et d’en dessiner des coupes. Puis vint k guerre contre
Ibrahim-Pacha par les Anglais et les Turcs ; lorsqu'lbrahim
eut évacué k Syrie , je pris service dans l'armée turque et
je fus nommé médecin en chef de l’hôpital militaire de Saïda.
Auparavant j’accompagnai comme médecin le général en
chef de l’armée dans un voyage qu'il fit dans la basse Syrie
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ANNALES
168
(Palestine). Je traversai la vallée du Liban pour aller à
Lasbeya, à Jaffa, à Tibériade, ensuite j'allai suivre le cours
du Jourdain depuis le lac de Tibériade jusqu'à la Mer-Morte,
voyage que personne n’était parvenu & faire jusqu’alors; de
la Mer-Morte à Naplouse , de Naplouse à Jérusalem. Puis
second voyage à la Mer-Morte , retour à Jérusalem , passage
à Gaza , à Jaffa , et d’où je vins enfin occuper mon poste à
Saïda.
Je vais en peu de mots vous donner le résultat de mes
observations , vous indiquer le cadre du travail que je n’ai
point encore pu mettre au net et qui n’existe encore que
dans les nombreuses notes que je possède.
La Syrie est une vaste bande de calcaires de formation
crétacée , reposant au nord sur les terrains de transition
du mont Taurus , bordée au couchaint par la Méditerranée ,
à la côte de laquelle toutes ses vallées sont parallèles ,
au levant par les sables du désert et l’Euphrate. Les
calcaires crétacés sont formés de deux couches ou plutôt
de deux systèmes de couches calcaires , séparées par des
sables et grès ferrugineux. L’une de ces couches , l’infé-
rieure , qui forme les montagnes qui encaissent le Nil , est
riche en fossiles et n’existe pour ainsi dire qu’à l’état rudi-
mentaire dans la plus grande partie de la Syrie, excepté
dans les hautes montagnes ; je propose de l’appeler calcaire
libanieu inférieur. La seconde , qui prend en Syrie un assez
grand développement , puisque c’est elle qui forme le sol
dans les plaines et plateaux peu élevés au-dessus du niveau
de la mer, devra être appelée calcaire libanien supérieur ;
elle se caractérise par son manque presque complet de fos-
siles. Au reste , dans toute la Syrie , les fossiles sont fort
rares , et il m’est arrivé de marcher des journées entières
sans en rencontrer aucun débris. Ces calcaires crétacés ont
été tourmentés et soulevés par des éruptions contemporaines
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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMCLATIOH.
169
des roches basaltiques , dans le plus grand nombre des
cas % Dans quelques points , aux environs d'Antioche , par
exemple , paraissent des roches serpentineuses dont l’époque,
vu la forme et la disposition deces roches, a dû être postérieure
aux basaltes ; puis enfin des roches doléritiques et amphibo-
liques encore plus modernes , comme les montagnes du Hauran,
le Ledja , et une partie de l'Arabie pétrée. Les éruptions ba-
saltiques sont celles qui ont donné à la Syrie la forme et la
configuration qu’elle a actuellement : ce sont elles qui ont
formé ses vallées principales, toutes parallèles entr’elles :
ce sont elles qui ont déposé leurs produits dans le sens
d’une vaste faille ou crevasse, partant des environs d’Autal ,
premier point où je les ai observées , jusqu’aux montagnes
du Moka tan , qui dominent le Caire , dernier point où elles
paraissent et où elles ont produit un amas de collines de
grès et de sables complètement vitrifiés. Cette disposition
des roches basaltiques est constante en Syrie , et la coupe
figurative que je vous trace pour la montagne du Liban
et les vallées de l’ Antiliban , est la coupe de toutes les vallées
de la Syrie. La disposition des couches relevées est partout
la même , leur inclinaison et leur direction sont les mêmes.
'Voilù quelle est la disposition générale des vallées de la
Syrie. H y a dans quelques points des accidents locaux,
comme les dépôts de chaux sulfatée , cristallisée dans les
marnes ,du calcaire libanien inférieur près de Latakié ; le
sel gemme à 5 lieues à l’est d’Alep ; les schistes calcaires
d’ Autour a avec poissons fossiles ; les lignites de Keurnaïl ; .
les schistes bitumineux des bords de la Mer - Morte ; le
massif granitique du mont Sinaï. Il ne me reste plus à
étudier, pour compléter mes observations , que le Sinaï , où
je tâcherai de faire un voyage , et les lignites de Keuruaïl.
Cependant, je vais me mettre à travailler à rédiger mes
notes. C’est à quoi je consacrerai cet hiver-ci.
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170
ANNALES
DISCOURS
POUR l'lNAUGUBATION A DOMREMY
DE LA STATUE DE JEANNE D’ARC,
DONNÉE PAR LE ROI,
. '
PRO0ORCX LE 9 MAI l843
PAR M. DE LA BERGERIE ,
PRÉFET DES VOSGES, PRESIDENT DE LA SOCIETE.
Ep 1429, les Anglais, maîtres d’ane grande partie de la
France, assiégeaient Orléans.
« La ville toute vaste qu’elle fût , était environnée de
» bastilles et de boulevards élevés sur les deux rives et qui
» ne laissaient presqu’ aucun moyen de faire entrer dan» la
» ville des munitions et des vivres. Déjà la famine eommen -
> çait à s’y faire sentir. Le courage des habitants , de la
» garnison et du vaillant bâtard d’Orléans , se soutenait
» encore ; ils ne voulaient point entendre parler de se rendre
> aux Anglais. Cependant , abandonné et sans secours , il
» fallait bien qu’ Orléans fût enfin forcé ; il fallait bien que
» le Roi perdit ce dernier espoir de sa couronne , et se re»
» tirât en fugitif dans les provinces du midi qui lui restaient
» encore fidèles.
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DF. LA SOCÛTÉ D FMULATION.
171
» Tout-à-coup les choies changèrent miraculeusement.
» Dans le même temps , il y avait au village de Domrémy,
» sur les marches de la Champagne, de la.Bourgogne et de
» la Lorraine, une jeune fille nommée Jeanne d’Arc, qui
» avait depuis long-temps des visions surprenantes. Citait
■ la fille d'un pauvre paysan ; elle avait été élevée selon
» son état , mais avec une extrême piété. Sa dévotion et sa
» sagesse édifiaient tout le canton. Elle était aussi bien
» bonne Française et n’aimait point les Bourguignons ni
• les Anglais ; car dans ces temps de malheur, la discorde
» divisait même les gens de la campagne , et l’on voyait les
» petite enfants se battre et se meurtrir à coups de pierres
» quand ils étaient de deux villages de faction différente.
> Jeanne , qui n’avait pour lors que dix-sep t ou dix-huit
» ans , n’avait , depuis ta naissance , rien vu autre chose
• que la misère du pauvre peuple de France , et V avait
> toujours entendu imputer aux victoires des Anglais, à la
■ haine des Bourguignons. Souvent à l’approche de quelques
• compagnies ennemies , elle avait, en grande hâte, conduit
» dans la forte enceinte d'un château voisin, le troupeau st
» les chevaux de son père. Une fois mime les Bourguignons
• vinrent piller le village de Domrémy , et Jeanne s’en alla
» avec son père et sa mire se réfugier , durant cinq jours ,
» dans une auberge à Neufchàteau. »
C'est ainsi que s’exprime l'on des plus consciencieux
historiens de Jeanne d’Arc , l’auteur du livre des Ducs de
Bourgogne , dont l'esprit élevé , le cœur tout français et
l’érudition profonde , se sont trouvés d'accord dans la re-
cherche du vrai , sur cette pauvre fille que l’on serait tenté
de croire de céleste origine , tant sa conduite fut pure ,
tant sa pensée fut religieuse , tant il y eut en elle , durant
toute sa vie , comme uue tranquille assurance de retour
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172
ANNALES
au sein de Dieu , dès que sa mission de justice se trouverait
accomplie.
H y a dans le monde quelque chose de presque aussi
beau que la croyance sincère , c’est le respect pour la
croyance sincère.
Aussi , Messieurs , en reportant nos pensées sur Jeanne
d’Arc , inclinons-nous devant cet amour de Dieu , devant
cette impulsion divine , le seul secret , la seule explication
possible d'une vie qui fut simple comme celle d’une ber-
gère, pure et religieuse comme celle d’une sainte, glorieuse
enfin comme celle des grands martyrs.
Après quatre siècles , nous nous trouvons dans cette
chaumière qui vit naître Jeanne d’Arc ; après quatre siècles ,
remerdons-en Dieu , il nous est donné de placer l’image
de l’héroïne dans cette même chambre où , comme elle le
disait à la suite de saintes visions , ses voix , les voix du
ciel , se faisaient entendre à elle , et lui prescrivaient le
sacrifice de son repos , le sacrifice de cette vie tranquille
de Domrémy , pour prendre la vie des armes , au nom de
son Roi et de son pays.
« Elle crut d'abord qu'étant une pauvre fille des champs ,
» elle ne saurait ni monter à cheval , ni conduire des
» hommes d'armes / »
Mais , pressée de plus en plus par de secrètes inspira-
tions , elle finit , comme chacun sait , par s’adresser au
aire de Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs.
Long - temps il la repoussa , long - temps il la traita de
visionnaire et parut croire qu’elle ne jouissait pas de toute
sa raison , ou peut-être qu’une influence surnaturelle et
maligne , selon les préjugés du temps , l'avait saisie et la
faisait esclave d’une puissance bien différente de celle que
confessaient sans cesse et les récits , et les aveux et les
prières de Jeaune.
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173
b£ LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
Mais le temps et les épreuves devaient tourner à l’honneur
de la sainte fille ; elle vainquit le sire de Baudricourt par sa
patience , par le naïf accent d’une conviction éclatante de
pureté , par la ferme insistance d’une volonté toute em-
preinte de l’amour du pays , passion sacrée , sorte de reli-
gion terrestre qui se marie à l’autre , qui , quelquefois ,
s’empare des âmes les plus tendres , donne à leur cœur la
détermination et à leurs bras la force.
Ce fut le sort de Jeanne , lorsque , sous le charme irré-
sistible de ce saint enthousiasme, elle prit le vêtement
d’homme , elle chaussa les houzeaux , attacha des éperons ,
reçut une épée , et partit à cheval sous la conduite de deux
gentilshommes pour aller trouver le Roi. C’était au com-
mencement de 1429, Jeanne d’Arc avait alors dix- sept à
dix-huit ans.
Dès ses premiers pas elle courut de grands dangers : il
était si difficile de traverser ce pays de France , alors livré
à toutes les horreurs de l’anarchie et du brigandage.
De nos jours , Messieurs , sous cet empire des lois qui
règlent la vie , les droits , les devoirs de tous j dans une
parfaite mesure et sous l’action d’une constante harmonie ,
à peine pouvons-nous croire qu’il fut un temps où rien de
cela n’était ; et c’est presque fable À nos yeux que cette
peinture des misères de la première moitié du 1 5* siècle ,
des temps honteux d’isabeau de Bavière , de la domination
étrangère , et de la fortune française aux abois.
Quelle désolation dans les campagnes , quelle inquiétude
de chaque jour ! Dans la chaumière de Jeanne d’Arc ,
auprès de ce foyer que nous voyons là, la famille se pressait
pendant les soirées d’hiver. Les récits des voyageurs, ceux
des pèlerins , les bruits de toute sorte devaient frapper
l’imagination des pauvres gens ; le cœur de Jeanne devait
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174
ANNALES
battre , ses yeux devaient se remplir de larmes quand on
loi racontait et les triste» effets de la démence dn vieux Bol ,
et l'humiliation de l'béritier de ses droits , et les actes vio-
lents do pouvoir étranger.
C'était le cri de la patrie ) Jeanpe l’entendit avec cette
exaltation do bien contre le mal , qui se fait jour an fond
de certaines âmes.
C’était le cri de la patrie ! et la patrie, pour dis, c’était
le foyer du pauvre et le foyer du Roi ; c’étaient les lois , le
culte , le souverain des fleur» de lys, le souverain avec la
bonté de Charles V , avec l'honneur de sa maison et l’hnile
sainte qu’impose la religion.
Toutes ces pensées cher Jeanne étaient sans doute plutôt
nn sentiment qn'un raisonnement suivi. Ce qui l’avait frap-
pée , c’était le mal ; ce qu’elle voulait , c’était le secours ; et
dans sa naïve piété , elle s’adressait au ciel , à ceux qui y
intercèdent pour nous : elle implorait Saint-Michel , Sainte-
Catherine, Sainte - Marguerite ; elle les priait de loi venir
en aide pour qu’elle sauvût la France.
Tel fut l'enchaînement simple des idées d« Jeanne et de
ses résolution» .; telle fat la source de ses projets et de ses
espérances. La sorcellerie pour laquelle on la brûla , ce
fnt sa foi , ee fut son centrage , ce forent les grands coups
de sa bannière sur les casaque» anglaises à Orléans , à
Patay , à Paris et dans tous les combat».
Je m’arrête : l’histoire a dit le reste; et peut-être aurais-je
dû laisser parler seule à vo» yeux cette belle figure de Jeanne
que nous venons inaugurer et qni semble à chacun comme
le résumé le plus vrai de sa vie.
Oui, Messieurs, le Roi, dans sa paternelle bonté, cédant
aux voeux du conseil général dés Vosges, a daigné nous
donner la statue de Jeanne d’ Arc , et selon les intentiorts
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175
DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION.
de Sa Majesté , noos la plaçons dans la chambre même où
naquit l’héroïne, dans ce lieu qui plus que jamais va devenir
un sanctuaire de piété et de souvenirs glorieux.
Mais quel génie a donc créé cette œuvre si suave de forme
et d’expression ? quel esprit cultivé , quelle imagination
tendre et religieuse , quelle main habile ont pu se trouver
d’accord pour donner au bronze la vie , la volonté , les
intimes croyances de cette bergère des combats ?
Cette artiste , Messieurs , ce fut une jeune fille , une
princesse , la fille de notre Roi ; ce fut Marie d’Orléans 1
Elle aussi était belle , elle aussi était jeune , elle aussi
était pieuse , elle aussi aimait la France ! elle est au ciel
à côté de Jeanne d’Arc , puisque Jeanne d’Ârc est tout
auprès de Dieu.
Pour nous , pleins de reconnaissance envers le Roi qui
a daigné combler nos vœux par un si beau présent, ne
perdons jamais de vue que l’œuvre inspirée de Marie d’Or-
léans est l’expression des sentiments patriotiques qu’elle
sut puiser au sein de sa famille , sous les yeux du Roi ,
auprès de la Reine que le monde entier vénère , auprès
de ses frères Ils étaient cinq alors !
Mais que le courage et la résignation ne nous abandonnent
pas ! sachons , comme le Roi , ramener nos regards et nos
pensées sur la patrie, songeons à son avenir et à ces jeunes
enfants qu’une princesse adorée , mère tendre et dévouée ,
saura rendre aussi bons , aussi nobles , aussi vaillants ,
aussi français que le fut le frère de la princesse Marie.
Bénissons l’œuvre qui nous rappelle de tels sentiments
et réveille dans nos cœurs de si justes espérances pour
l’avenir d’une dynastie dont la bannière « comme celle de
Jeanne d’Arc, a pour premier mobile l’honneur de la patrie
et son indépendance.
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176
ANNALES
C’est à la garde des saintes filles du Seigneur , c’est & la
vénération du jeune troupeau qui peuple l’école des filles
de Domrémy que nous confions l’image de Jeanne d'Arc.
En la saluant chaque jour , en la décorant de fleurs , en
appelant sur elle les prières et l’encens, elles honoreront
en même temps deux belles et grandes mémoires : l’hé-
roïsme de l’action et le génie qui sait le comprendre.
Jeanne de Domrémy et Marie d’Orléans!
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
177
ÉTAT GÉNÉRAL
DES AMÉLIORATIONS
EXÉCUTÉES
DANS LES FORÊTS DOMANIALES ET COMMUNALES
DU DÉPARTEMENT DES VOSGES ,
Tant par les entrepreneurs à prix d? argent et
par les adjudicataires de coupes de bois , que,
par les concessionnaires et par les gardes ,
depuis le I er janvier 1842 jusqu? au I er janvier
i843,
DRXSSt
Par M. MUNSÇHINA,
CONSERVATEUR DBS FORÊTS ,
■wiu nnuuii
12
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178 ANNALES
TERRAINS REPEUPLÉS
PAR
PLANTATIONS
non évaluées en argent.
ARRONDISSE-
MENTS
COMMUNAUX.
entreprises
à prix
d'argent
et
parles
a ajudi ca-
taires
de coupes.
les
k.
Nombre de plants
employés par les
conces-
sionnaire
de
terrains.
les
gardes.
TOTAUX.
V
entre-
preneurs
et
adjudicataire
de coupes.
gardes.
Reiniremont.
hect. ares.
10 00
h. a.
53 92
h. a.
9 30
h. a.
73 22
258,000
FORÊTS
99,240!
Saint-Dié. . .
1 50
159 35
12 57
173 42
481,006
86,400
Mirecourt. . .
U
»
4 92
4 92
U
47,300
Neufchàteau.
15 00
1)
»
15 00
161,400
19,350
Épinal
22 33
29 05
6 00
57 38
110,867
61,050]
Totaux. .
48 83
242 32
32 79
323 94
1,011,273
313,340
Remiremont.
83 39
» 1
83 39
178,000
FORETS
»
Saint-Dié . . .
76 09
153 35
7 20
236 64
674,160
18,150:
Mirecourt. . .
18 8&
»
1 54
20 42
209,700
26,100
Neufchàteau.
3 00
5 00
3 78
11 78
146,865
64,000
Épinal
39 50
17 51
2 59
i
59 60
612,854
63,500
Totaux. .
220 86
175 86
15 11
411 83
1 ,821,579
171,750
FORETS
domaniales. .
48 83
242 32
32 79
1
323 94
1,011,273
RÉCAPI
313,340
communales.
220 86
175 86
15 11
411 83
1,821,579
171,750
Totaux généraux.
269 69
418 18
47 90
735 77
2,832,852
485, OOC
(*) Les travaux portés dans cette colonne ont été faits par les entrepreneurs d
coupes usagères ou k prix d’argenl. — 1,000 mètres de fossés ont été faits en ouLr
par les gardes.
Digitized by L^ooQLe
DE LA SOCIETE D ‘ÉMULATION.
179
SEM
non évalués e
loabre de kilogra
letilresde semen
par les
fotrepreneurs
et
«diodicataires
oe coupes.
1S
n hectares.
aimes ou d’hec-
ces employées
par les
gardes.
MÈTRJ
faits à neul
entre-
preneurs.
ES DE FC
i ou répai
adju-
dicataire
de
coupes.
1SSÉS
es par les
conces-
sionnaires
de
terrains.
CHEMINS
ou
ROUTES
faits
à neuf
ou
réparés.
Longueur
en
mètres.
NOMBRE |
D’il KO TA R ES
de bois
dont
l'aménage-
ment
a été exécuté
dans
l’année.
DOMANIALES
i.
(0
1%. litres.
lilog.
litres.
mètres.
mètres.
mètres.
mètres.
hect. arcs.
1,096 .
149
B
5,414
B
«
5,300
»
100 1,005
B
220
u
150
10,999
9,827
4,313 20
B
B
9,175
V
U
805
u
B
B
40
2,790
u
»
1,998
1,495 38
120 -
234
B
12,059
»
2,461
2,175
11
1,316 1,005
383
260
29,438
150
13,460
20,105
5,808 58
COMMUNALES.
i
i
1,658 >
M
23.506
»
»
9151
763 3,470
15
»
4,932
3,150
8,087
1,831 î
»
B
B
35,758
22,01 6
n
50
158 40
• 4,030
B
3,460
44,155
7,382
t
340
92 64
34 .
30
n
25,822
35,153
1 ,545
1,175
II
2,455 7,500
45
3,460
134,173
67,701
9,632
4,31 1
251 04 1
1 TtLATION.
1
1,316 1,005
383
260
29,438
150
13,460
20,105
1
5,808 58
2,455 7,500
45
3,460
134,173
67,701
i 7
9,632
4,31 1
251 04 1
3,771 8,505
428
3,720
163,011
67,851
23,092
24,416
6,059 62
f Pontceaux ont été construits sur des tranchées dans les forêts communales de
Hfirecourt , et 472 bornes remplacées ou relevées dans celles d*Épinal.
Digitized by L^ooQle
180
ANNALES
RELE
des améliorations exécutées en 1842 par
NATURE ET QUANTITÉ
NOMBRE
S
NOMS
DES DIVERS PRODUITS FORESTIERS DÉLIVRÉS.
D E
JOURNKI
Bottes
Bottes
Bottes
Stères
restant
!
des
d’herbes
de
de bruyère
cm-
a
de
50 kilogr.
genêts
mousse
de
dues.
INSPECTIONS.
de
50 kil.
de
50 kilogr.
souches.
ployées.
em-
ployer,
I
FO
RETS
Remiremont.
69,439
1,785
17,539
5,172
10,764
8,621
2,143
Saint-Dié. . .
121,696
U
21,050
1 1 ,895
1 1 ,276
9,813
1,646
NeufcMteau.
1,549
»
1 »
3,012
2,266
1,942
324
Mirecourt. . .
10,829
u
«
663
1,217
912
305
Épinal
24,273
450
31,970
3,207
5,366
2,157
3,209
Totaux . .
227,786
2,235
70,559
23,949
30,889
23,445
7,627
FORÊTS
Remiremont.
47,4681
330i
30,015
2,460
6,560
3,577
2,983
Saint-Dié . . .
53,126
50
1,578
6,807
6,227
7,130
1,103
Neufchàteau.
8,502
»
2,597
2,716
2,062
654
Mirecourt. . .
2,615
175
865
3,367
2,813
2,054
759
Épinal
18,225
»
7,575
1,871
4,138
3,282
856
Totaux . .
129,936
555
40,033
17,102
22,454
18,105
6,415
RÉCAPI
FORETS
domaniales. .
227,786
! 2,23 5
70,559
23,949
30,889
23,445
7,627
FORETS
communales.
129,936
555
40,033
17,102
22,454
18,105
6,4 1S
Totaux géhér.
|357,722
2,790
1 10,592
41,051
53,343
41,550
U, 04^
Digitized by L^ooQle
DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION
NÉRAL
cessionnaires de menus produits forestiers
181
Quantité
de
mnence
livrée.
Litres.
NATURE BBS TRAVAUX 1
FAITS AD MOTIR DIS JODKHÉKS KHPLOTÉKS. I
Nombre
d*ares
de coupes
à repeupler
préparés
pour
recevoir
U semence.
Nombre
d'ares vides
préparés
pour
recevoir
U
semence.
Quantité
de ki-
logrammes
de graine
semée.
Nombre
de
plants
repiqués.
Nombre
de mètres
de rigoles
d'assainisse-
ment
exécutés
ou fossés
réparés.
Nombre
de mètres
de
routes
réparés
ou faits
à neuf.
DOUAI
riAJLES.
1,608
21 »
103 62
1,336
1,125,593
9,698
5,389
2,472
76 74
57 79
1,852
396,506
11,234
B
*
>
»
B
B
1,100
2,335
»
5 80
»
220
25,900
1,284
1,740
B
»
32 05
»
121,267
5,096
2,175
4,080
103 54
193 46
3,408
1,669,266
28,412
11,639
■
COMMDHALES.
796
15 50
58 69
1,789
644,469
2,462
532
889
44 »
98 85
2,403
287,910
13,475
390
«
6 44
4 68
4,595
89,200
2,441
1,595
»
3 45
8 36
B
244,650
6,524
800
1 •
11 28
5 25
B
264,156
4,366
215
1,685
80 67
175 83
8,787
1,530,385
29,268
3,532
tclation.
1,080
103 54
193 46
3,408
1,669,266
28,412
11,639
1,685
80 67
175 83
8,787
1,530,385
29,268
3,532
5,765
184 21
369 29
12,195
3,199,651
57,680
15,171
Digitized by L^ooQle
182
ANNALES
Outre les travaux désignés ci-contre , les concessionnaires
de produits forestiers ont extrait , cassé et répandu sur des
routes forestières 1 ,356 mètres cubes de pierres ; ils ont
construit 584 mètres de murs de clôture , plusieurs aqueducs,
et enfin ils ont été employés au façonnage de bois provenant
de nettoiements de coupes.
Sur les 7,130 journées employées dans l'arrondissement
de Saint-Dié, 2,066 résultent de prestations volontaires.
Digitized by L^ooQle
DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION .
183
CRITIQUE.
EXAMEN
DES
QUESTIONS DE MORALE PRATIQUE
DE M. SALMON, MEMBRE CORRESPONDANT,
PAR M. MANSION ,
MEMBRE TITULAIRE.
Messieurs ,
Je sois chargé de tous rendre compte d’une publication d’un
de vos associés correspondants, M. Salmon , procureur du Roi
à Saint-Mihiel. Sous ce titre : Questions de morale pratique ,
l’auteur, dans un petit in- 12 de quelques feuilles, a réuni
trois écrits , dont un en forme de nouvelle , les deux autres
en forme de dialogue , et qu’il nomme entretiens. La nou-
velle a pour titre particulier, le Capitaine Robert ou le
Préjugé . Votre opinion est faite sur cette intéressante com-
position , dont j’ai déjà eu l’honneur de vous parler dans le
compte rendu de vos travaux pendant l’année 1841 ; je n’ai
plus qu’à m’occuper des deux autres ,
Le premier entretien , qui commence le petit volume dé-
posé sur votre bureau , roule sur le choix d’un état. C’est
une conversation ingénieuse entre un magistrat , un jeune
avocat, un prêtre, un médecin et un laboureur. Dans cet
Digitized by L^ooQle
(84
ARN ALU
écrit, l’autear fait sentir combien il importe d'embrasser la
profession qu’on est le plus capable de remplir. C'était une
belle question à traiter pour nn moraliste.
Il faut le dire : c’est du choix d'nn état que dépend notre
bonheur ou notre malheur. Heureux si nous avons pu re-
cevoir l’instruction suffisante , et nous trouver dans le milieu
qui se rapporte à nos goûts, à notre aptitude, à notre
capacité; malheureux, si, doués par la nature d'un enten-
dement souple et intelligent , nous n’avons pas reçu le»
éléments d’instruction convenables , et si nous n’avons pu
être placés de manière à les développer dans la profession à
laquelle notre aptitude aurait le mieux répondu. Combien,
en effet , doivent les angoisses d’une vie triste , inquiète et
jalouse , anx circonstances qui les ont éloignés , par lenr
faute ou autrement , du centre d’activité qui leur était propre !
Combien doivent les satisfactions de leur existence , et par
conséquent leur aménité , leur générosité , leur justice , à
la direction rationnelle qu’ils ont reçue dès leur entrée dans
le monde ! Il y aurait. Messieurs, une série de romans
critiques et fort dramatiques à faire sur les diverses situa-
tions qu'embrasse ce sqjet : que de déceptions à enregistrer ,
que d’orgueilleuses misèreç à révéler ! Mais M. Salmon s’a-
dresse à une classe d'hommes qui ne lit point les romans.
Comme écrivain , il appartient, par le fond et par la forme ,
h l’école classique des bonnes traditions : c’est en moraliste
didactique , et c’est avec une forme sérieuse qu’il a traité
cette question délicate.
On comprend qu’il a dû commencer par reconnaître la
difficulté qui, d’ordinaire, réside dans le choix d’un état;
aussi, est- ce par là qu’il entre en matière. Parmi les per-
sonnages qu’Ù met en scène , le laboureur est l’bomme du
peuple qui, en, raison de l’humilité de ses relations , semble
devoir éprouver le plus de difficultés pour placer ses enfants ,
Digitized by L^ooQle
DK LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
185
et il exprime ton embarras : or, l’embarras, c'est le doute;
le doute conduit à l'examen on à la éritiqae ; le laboureur, qui
représente le penple ou la majorité, en est à l’état de critique ,
et il se plaint, comme se plaint la masse qu’il personnifie ,
de ce que la préférence , accordée même an mérite , dans la
distribution des emplois , ressemble à la faveur , tant est
grand le nombre des concurrents. Il est soutenu dans son
opinion par un jeune avocat qui déblatère contre l’intrigue
et la protection qu’il dit être le privilège de la fortune. D
demande le règne de la capacité. C’est encore un interloca-
teur à l’état de critique , qui prend pour drapeau la réforme.
Il résume asses bien les idées de l'opposition qui, depuis
1 830 , s’est élevée contre le népotisme et la faveur , sous
quelque forme qu’ils se soient montrés. Il y a Han» les
anathèmes qu’il jette à la face des exploiteurs une généreuse
effervescence ; c'est une sorte de personnification de ces
jeunes gens qui , dans les premières aimées qui ont suivi
la révolution de juillet, ont marché sous la bannière d’un
républicanisme outré , mais sincère , et qui se sont laissés
exploiter , eux , leur probité et leur crédulité, par les in-
trigants qui ont travesti leur bannière, l’ont ruinée , des*
honorée pour ainsi dire.
Le médecin, troisième interlocuteur , veut le règne de
l’égalité et de la capacité réunira ; sa philosophie est celle
des hommes qui ont pris leur critérium dans cette formule i
à chacun selon ses ouvres. Il est de la classe des utopistes,
mais comme il est intelligent sousd’inspiratfon de l’auteur ,
et que tout ce qui rat intelligence recèle en soi des vérités ,
plusieurs de celles qu’il proclame parmi ses exagérations
ont lenr portée. Ce personnage est encore piaoé dans les
rangs de l’opposition , ce Protée de l'époque , qui ser» l'ex-
pression que l’histoire et la philosophie laissèrent dominer
Digitized by t^ooQle
186
ANNALES
dans les tableaux qu’elles feront de notre temps de révolu-
tion, c'est-à-dire, d’analyse et de transition.
Le magistrat est le Phüinte de l'entretien. C’est de lui
qu'émanent les appréciations les plus saines et les plus ra-
tionnelles. Il pose eu principe que l’homme est né sociable ,
qu’il ne peut exercer ses organes convenablement ailleurs
que dans la Société; il dit que, souvent, il y a entre deux
esprits une distance égale à celle qui sépare , par la forme ,
-le crétin de l’Apollon du Belvedère ; qu’il n’est pas deux
hommes sur dix qui puissent remplir le même emploi ou
exercer la même profession ; il veut que l’homme embrasse
un état selon ses goûts ; il repousse les systèmes des égali-
taires et des partisans de la vie commune qui détruisent
l’émulation ; il pense que l'homme doit exercer la profession
que lui assigne son aptitude ; que la plus honorable est celle
où l'on rend le plus de services à la Société ; que l’on doit
juger une position, par le degré d'intelligence qu’elle sup-
pose ; qu’un emploi n'est pas plus honorable qu’un autre,
parce que l’état confère le premier , et que le second dépend
d’un particulier ou de soi-même; il rappelle les diverses
infidélités de là fortune dans toutes les conditions ; il établit
que l’homme ne vaut que par ce qu’il fait, et qu’un citoyen
ne doit pas plus chercher une place , ou embrasser une pro-
fession au-dessus de son intelligence et de son instruction ,
qu'il ne doit vouloir porter un fardeau au - dessus de ses
forces : paroles honnêtes*, principes puisés dans la plus
saine morale et la plus* noble probité , puisqu’en effet ,
l’homme qui accepte un emploi qu’il ne peut remplir di-
gnement, dérobe à la Société les services qu’uu agent plus
capable lui aurait rendus.
L’auteur met dans la bouche du magistrat des raisons
solides, que rendent saisissantes des peintures très -bien
Digitized by
Google
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 187
senties de l’influence des vertus de famille ; mais à côté , il y
a des généralités qui mériteraient peut-être des développe-
ments, parce que, à l’état de simple esquisse, elles permettent
une interprétation plus ou moins satisfaisante. Ainsi, le
magistrat, en parlant des emplois publics , parait avoir une
tendance d’entraînement à les déprécier, quoiqu’il proteste
contre cette intention. C’est ainsi qu’il désigne, sous la dé-
nomination d’employés vulgaires, chargés de travail d’ordre,
les agents de l’administration , dont il compare les services à
l’utilité directe de certaines industries qu’il estime bien au-
dessus. IVous sommes de son avis , quant à l’abus qui fait
que beaucoup rendent peu de véritables services. Mais si
les emplois publics, ou mieux les employés , pour rester dans
l’esprit des idées de l’auteur , ont démérité de l’estime gé-
nérale, c’est, d’une part, et il ne le dit pas, à cause du
népotisme , de la faveur , et par suite , de l’incapacité ,
souvent très-notoire , des chefs principaux , et de la déplo-
rable exigence qui les enlève aux attributions de leur charge ,
pour en faire les agents des partis et des intérêts particuliers
de quelques ambitieux. C’est, d’une autre part , parce que
les emplois supérieurs et subalternes n’étant pas donnés
ordinairement au mérite , ceux qui les tiennent font toutes
les concessions et même quelquefois des bassesses inimagi-
nables pour les conserver. Il y a dans le monde une opinion
assez forte qui considère un fonctionnaire public , de haut ou
de bas étage , hiérarchiquement parlant , comme un homme
qui doit être sacrifié d’un moment à l’autre , s’il n’a pas
vendu l’indépendance de son àme et de son esprit ; il y en
a une autre , non moins persistante , qui établit qu’un ci-
toyen est à moitié suspect dès qu’il se fait un des agents du
pouvoir chargé de diriger les affaires publiques . Assurément ,
ce sont là des préjugés funestes , qui ont précisément pour
Digitized by L^ooQle
188
AHNALES
résultat d’entretenir ou d’augmenter le mal qu'on signale ;
car ils ne tendent rien moins qu’à écarter de l’administration
les hommes d’intelligence et de coeur, et à recruter le per-
sonnel de ceux qui sont chargés des intérêts du pays parmi
les incapables , par conséquent parmi les âmes vénales ou
pusillanimes. 11 est temps de sortir de cette erreur ; il me
semble que l'auteur avait, eu cette matière, une belle ques-
tion à traiter. Lui qui honore des fonctions publiques , il
lui appartenait , plus qu’à personne , de développer avec son
talent cette vérité antique , pour ne pas dire éternelle : que
la place ne fait pas l’homme , et que c’est au contraire
l’homme qui fait la place ; que si les employés publics ne
peuvent acquérir de la fortune , c’est peut-être par là surtout
qu’ils sont au-dessus , ou au moins les égaux de ceux qui en
possèdent par patrimoine ou autrement , et qu’on leur doit
le même respect et la même considération , quelle que soit
l’humilité pécuniaire de leur charge , que ceux qu’on accorde
aux hommes que l’industrie , le commerce et l’héritage ont
placés à la tête de gros capitaux le plus dignement possédés.
Disons-le : que les hauts fonctionnaires , que les chefs de
service soient toujours capables , ils seront indépendants ,
dans les limites de l’ordre et de l’honneur , parce que par-
tout l’homme qui a du savoir trouve une place où il peut
se mouvoir et se rendre utile. Qu’ils ne se laissent pas sé-
duire ou intimider, ou circonvenir par les intrigues; qu’ils
aient cette confiance et cette dignité que donne la capacité
spéciale , ils s'entoureront de subordonnés capables sur les-
quels ils s’appuieront , et dont ils ne songeront plus à faire
des ilotes ou des victimes. Le pays y gagnera certainement;
les emplois publics deviendront un sacerdoce, l’honneur de
les remplir sera considéré comme un signe d’intelligence et
de dévouement. Jusques là , je suis de l’avis de l’auteur ,
Digitized by L^ooQle
DE LA SOCIÉTÉ O’ÉMULATIOlf. 189
mais cela ne suffit pas : dans un livre d’éducation , j’aime à
entrevoir les ressources de l’avenir , sous quelque forme que
ce soit.
Le curé est le dernier interlocuteur : et je ne sais ce
qn'il faut trouver de plus remarquable , ou de l'habileté
avec laquelle l’auteur s’abstient de conclure à la manière des
premiers personnages qu’il a mis en scène, c'est-à-dire, en
posant une théorie plus ou moins hasardée , plus ou moins
praticable , ou de l'onctueux abandon qu’il fait découler des
paroles du prêtre qui rapporte tout à la Providence , et es-
time qu'il faut s’en remettre, dans tous les cas , à elle seule.
U y a dans cette dernière partie une réserve bien appropriée
à la difficulté dominante du sujet , c’est-à-dire , le moyen
radical pour arriver à la réforme ; et cette réserve iie peut
s’apercevoir de ceux au profit desquels est fait le livre que
j’examine. L’auteur a su avec talent éviter l’inquiétude
que l’examen aurait fait naître dans le cœur et dans l'esprit
de ses lecteurs. La Providence , cette immensité religieuse
et morale , plane au - dessus de tous les doutes et les fait
taire : et, bien qu’elle ne s’analyse pas, bien qu’elle soit à
l’état de mystère , même pour le prêtre qui la proclame et
qui l’invoque , elle convainc parce qu’elle se fait aimer.
C'est le symbole le plus saint et le plus eonsolant ; c’est le
plus beau critérium qu’on ait pu proposer en présence d’un
sujet qui embrasse dans son ensemble toute l'organisation
sociale , dont il est si dangereux d’aborder les détails pour
peu que l’on redoute , comme un prêtre doit le faire , le
découragement , ou si l’on a connu les déceptions. H est
évident que l’auteur, dans cet écrit, a voulu prouver qu’il
faudrait fixer à la campagne , pour les y rendre utiles ,
beaucoup d’aptitudes médiocres qui viennent végéter et se
perdre à la ville. H a entrevu la plaie de notre époque ; il
pense avec raison qu'il faudrait bénir celui qui en trouverait
Digitized by L^ooQle
190
ANNALES
un jour le remède. 11 termine par une invocation à la religion.
Ce morceau est d une éloqueuce et d’un style soutenu, qui
rappelle les bons écrivains de l’école de Bossuet.
Le deuxième entretieu , qui vient à la suite du Capitaine
Robert et qui termine le volume , traite du danger de se
mettre sous la dépendance de ses enfants. L’auteur a mis
à nu , dans cette pièce , les misères dont les enfants ingrats
abreuvent les parents imprévoyants, qu’une tendresse aveugle
conduit jusqu’à se dépouiller de tous leurs biens en faveur
de leurs fils ou de leurs gendres. Le principal interlocuteur ,
qui résume à lui seul l’idée mère de cet écrit, est un vieillard
qui raconte comment il a été successivement chassé, ou
contraint de sortir du domicile respectif de ses trois enfants ,
tous établis et tenus , par convention, de l’entretenir chacun
à son tour. 11 y a dans ce récit des situations vraies, des
appréciations intelligentes , des conseils très-judicieux ; et ,
si l’on se place au point de vue de l’écrivain , on sympa-
thise avec son intention de flétrir les fils ingrats et de donner
des avis aux pères qui seraient tentés de faire à leurs enfants
un entier abandon de leur bien , pour se mettre ensuite à
leur merci. Mais si l’on se place au point de vue de ce qui se
passe le plus communément, on souffre, et l’on se demande
au profit de qui , en face des hideux originaux qu’il donne
pour exemples. Je crains que l’auteur n'ait point atteint le
but qu’il s’est proposé.
Le dialogue de cette pièce est plus animé que celui de
l’entretien sur le choix d’un état ; il y a peut-itre plus de
mise en scène , plus d’entrainement dans la phrase. Le sujet ,
d’ailleurs , est plus dramatique. Mais soit que je trouve
l’infériorité relative de ce morceau dans le dégoût profond
que .m’inspire l’ingratitude , soit que je n’attache pas une
grande importance , ni aux jouissances purement matérielles ,
ni aux souffrances de cet ordre, il me semble que j’eusse
Digitized by L^ooQle
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
191
trouvé plus instructive et pins touchante, la peinture
d’une douleur morale, comme celle du Roi Léar de Sha-
kespeare , en présence de l’ingratitude d éniants envers leur
père , et que je l’eusse préférée à une douleur toute physique.
La loi d’ailleurs prévoit le cas où les enfants refuseraient
une pension alimentaire à leur père ; il est facile d’empêcher
un vieillard dont les enfants sont riches , d’être réduit à
l’aumône , et la mendicité qui me découvre les plaies puru-
lentes de sa chair ne m’intéresse pas : je n’ai de véritable
amour et de charité sainte que pour les maux de l’àme ; les
autres sont bien secondaires , on les soulage sans penser ;
ensuite l’ingratitude , au degré que l’a prise l’auteur, est la
conséquence nécessaire d’une éducation mauvaise , dont le
père est d’abord responsable. La première réforme est donc
à introduire là , et l’auteur a les qualités qu’il faut pour
cette tâche ; mais je doute qu’un gendre enclin à frapper
son beau-père, et un fils capable de reléguer l'auteur de
ses jours sur la paille et au froid , dans un grenier, comme
ceux qui font le sujet du second entretien , puissent tirer un
grand profit de la lecture de ce morceau. Pour ces gens-là ,
il y a la police correctionnelle et le banc de la conr d’assises ;
car , hélas! leur enfance est passée , et le temps # de l’éduca-
tion est passé pour eux avec elle. D’ailleurs , je redouterais
que ce récit et les conseils qu’il donne , ne servissent de
prétexte à bien des gens , qui ne demandent pas mieux que
de s’enraciner dans le sens inverse de l’abus que redoute
l’auteur. S’il est des fils ingrats , il est aussi des pères peu
raisonnables. Le proverbe a dit depuis long-temps : à père
avare, enfant prodigue ; et en voulant éviter un mal 4 il faut
bien prendre garde au moyen qu’on emploie et redouter de
tomber dans un pire. Oui , prenons garde de rétrécir, par
des précautions extrêmes qui se corrompent dans la pratique ,
le cœur déjà si facile à s’endurcir. Songeons, à priori, que
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ASSAUBS
de l’éducation des enfants dépend en principe le bonheur
des pères dans leurs vieux jours. Au reste il ne fout pas
perdre de vue que M. Salmon a écrit pour la campagne ,
et que là les souffrances ne deviennent morales qu’en passant
par le corps qu’elles éprouvent ; toutefois ma conclusion est :
que ce second entretien , quant au fond , quel que soit d’ail-
leurs le mérite des détails , est bien inférieur au premier.
Voilà , Messieurs , les réflexions qu’a fait naître dans
mon esprit la lecture attentive que j’ai faite de l'oeuvre
nouvelle de notre correspondant. Mais ce n’est que mon
opinion propre, et je ne prétends pas qu’elle soit sans appel.
Toutefois , les livres du genre de ceux de M. Salmon sont
appelés à avoir une grande influence sur l’avenir. Leur des-
tinée probable est de devenir livres classiques , livres d’édu-
cation, et ils donnent le droit d’dtre sévères. C’est ce droit
qui justifiera la sérieuse attention que j’ai apportée dans
leur examen. L’auteur, que je ne connais pas personnelle-
ment, a pris, par ses écrits, une place trop distinguée dans
mon estime , et je lui voue , à cause d’eux , une affection trop
sincère pour que j’aie.à me défier, en quoi que ce soit, de
mes dispositions à son égard. Aussi , sous le point de vue
de la forme, ne craindrai -je pas de dire : que si la diction
est pure, souvent élégante, il y règne un air froid qu’il ne
fout pas confondre avec la simplicité, et que l’auteur , avec
sa belle imagination , pourra réchauffer dans les autres écrits
que nous attendons de sa plume ; disons que si le style est
l’homme, nous avons vu dans l’écrivain qui nous occupe un
cœur essentiellement honnête ; il est placé dans les disposi-
tions les plus convenables pour remplir la belle mission
qu’il a choisie , d'enseigner le peuple. Il y a du bonheur
dans cette àme candide qui aime ses semblables , et dans
ce caractère ferme qui les juge pour les instruire. Certes, il
nous a paru bien loin de ces hommes vains , à l’organisation
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
chagrine et jalouse , qui, jetés par la force des choses , ou
par leur faute propre , dans une condition qu’ils trouvent
au - dessous d’eux , font retomber dans le commerce du
monde, sur ceux qui les entourent, les mauvaises inspira-
tions d’une morgue étroite et envieuse , ou d’une inquiétude
égoïste et hautaine ! H. Salmon a la conscience de sa force,
et ses allures sont bienveillantes ; il a suivi la pente qui lui
était propre , et ses livres respirent cette aménité , cette
droiture, et par conséquent cette justice dont je parlais en
commençant. Son dernier écrit est sans doute un reflet de
la pureté de ses mœurs , comme l’urbanité est toujours la
conséquence de la vraie supériorité.
Je me résume, Messieurs; le livre que vous m’avez chargé
d’examiner est une œuvre de conscience, une bonne action
accomplie avec talent. J’ai l’honneur de vous soumettre cette
proposition : qu’il soit inséré au procès-verbal de vos séances ,
et qu’il soit donné information par lettre à l’auteur , que son
livre intitulé : Questions de morale pratique , après un sé-
rieux examen , a été déposé très - honorablement dans vos
archives.
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ANHALES
L’AMOUR DE LA PATRIE.
POÉSIE
PAR M. MANSION ,
MEMBRE TITULAIRE.
(Lue en séance publique.)
L'indigène :
Mon jeune ami , lorsque la brise passe
Et de l'eau ride U surface ,
Toujours tu te prends b pleurer :
Dans nos climats , pourtant on ne fait point la guerre ;
Ici le ciel est doux , généreuse est la terre.
De l'espoir de nous fiiir pourquoi donc te leurrer!...
Ai-je souffert jamais que ton épaule porte
Le lourd fardeau que le robuste Indien
A sa tète suspend si bien (1) ?
Dans nos conseils, toujours c'est ta voix, qui l'emporte;
Nul ici ne te vend sa peine et son travail ;
Le repos l'est permis au hamac du portail ;
Pour t'abriter, ce n'est pas toi qui cueilles
Du bananier les larges feuilles ,
Et jamais sur les mains , comme un fils d'arriéro (2) ,
Tu n’as porté le cantaro (3).
C'est nous seuls qui courons, de citerne en citerne,
(t) C’est au moyen d’une écorce d’aloès que les naturels supportent leurs fardeaux
en prenant le front pour point d’appui.
(S) Muletier.
(8) C’est le rase dans lequel les naturels vont puiser l’eau aux fontaines.
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bE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
Puiser cette fraîche eau qui baigne tes cheveux ;
Je t’aime autant que mes neveux ;
Pana ma cabane , est-ce moi qui gouverne ?
C’est toi qui règles tout : mon sommeil , mes repas ;
Partout, si tu le veux , j’accompagne tes pas.
Ma fille t’aime , et d’espérance ,
Sa mère la surnomme France;
Et ce nom t’est bien cher, tu me Tas souvent dit*..
Cesse donc d’étre ingrat , ah ! cesse , par ton âme ,
D’affliger ton ami , mon enfant et ma femme ,
Ou bien je te croirais maudit. *
L’étranger :
Bon Indien ! quand la vague eut brisé sur la plage
Le bateau frêle où je m’étais jeté ,
Et que par toi sur le rivagu
Presque mort je fus apporté ,
Mieux eût valu qu’inhumain et farouche ,
De ton pied nu le repoussant h flot ,
Tu n’eusses point sauvé le pauvre matelot.
Ne maudis pas les mots que prononce ma bouche ;
N’accuse pas mon cœur, il sent comme le tien.
Va! dans l’ime, je suis Indien.
J’aime ta bonhomie et ta douceur candide ;
J’aime ton chaud soleil , ton eau fraîche et limpide ;
J’aime tes chants grossiers , tes repas , ton sommeil ,
Ton mais nombreux et vermeil ,
La pompe de tes cieux du couchant k l’aurore....
Ton langage incorrect , ami , je l’aime encore ;
J’aime enfin tes forêts , tes chasses , tes combats ;
Tes oiseaux-arc-en-ciel, si parfois j’en abats,
De tes jeunes enfants j’en décore les têtes (1) ,
J’en pare aussi mon front; tes plaisirs sont mes fêtes;
Et jamais l’Angelus ne s’entend au saint lieu ,
Sans que de tes bontés j’aille louer mon Dieu....
(I) Quelques peuplades de l’intérieur portent encoro des plantes.
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AA HALES
Mais , ami , comprends-moi : cette mer si profonde
Dérobe à nos regards un ciel, on antre monde....
Dans 1’abîme des flots qne ne sois-je resté ! . . . .
Indien , ton sol natal , l’as-tu jamais quitté ?
Non?. . # . Ta ne sais alors ce qne vaut la patrie;
Va , c’est pins qu’une épouse ou qu’une enfant chérie ,
C’est plus qu’un fils qu’on aime avec idolAtrie ,
C’est bien plus qu’une amante et toute sa beauté ;
Oui, c'est plus que la propre vie,
Car c’est plus que la liberté!. •/
Si quelque jour, ami , le besoin de connaître ,
Te révélait des lieux où tu n’as pas dû naître ,
Quitte alors ton pays , puis qu’un autre soleil ,
Sortant d’une autre mer, t’offre un autre appareil;
Que la brise , parfois , vers ta terre adorée ,
A l’heure où descend la marée ,
Au lieu de t’emporter, n’emporte qu’un soupir ;
Perds enfin tout espoir de revoir ton rivage ,
Tes forêts, tes oiseaux, ton asile sauvage,
Et tu diras encor : ma patrie .... ou mourir !
v
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
197
ORGANISATION ET PERSONNEL
DE LA SOCIÉTÉ EN 1843.
BUREAU.
Président, M .R. delà Bergerie (0. >&), préfet des Vosges.
Président honoraire , H . le vicomte Simion (0 . >&), dépoté,
directeur général de l’administration des tabacs à Paris.
Vice-président , H. Maud’heux.
Secrétaire perpétuel , M. Briguel.
Secrétaire adjoint , M. Mathieu >&. .
Trésorier , M. Guery.
COMMISSION PERMANENTE DE STATISTIQUE (9 membres).
MH. Mansion , inspecteur de l’instruction primaire ,
président , Hogard , agent - voyer directeur , Briguel ,
professeur , Haxo , docteur en médecine , Maud’heux ,
avocat , Mathieu , médecin vétérinaire , Perrin , juge ,
Charton , chef de bureau , Gle y , imprimeur.
' COMMISSIONS ANNUELLES.
1° commission d’admission (7 membres).
MM. Maud’heux, président; Haxo, Claudel, Hogard,
Munschina *&, Toillier, Gley.
T commission dbs fonds et d’abonnement (5 membres).
MM. Berher, président ; Claudel , Sarazin , Mougeot ,
Dysievoiez.
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ANNALES
3° commission de rédaction et de publication (7 membres.)
MH. Char ton, président; Maud'heux , Gle y, Saraxin,
Haxo, Mansion, Hogard.
4° commission des primes (7 membres).
MM. Beaurain, président; Toillier, Déblayé $(, Claudel,
Gley, Sarazin, Berher.
5° commission d’agriculture et d’horticulture
(9 membres).
MM. Mathieu , président ; Berher , Claudel , Déblayé ,
Mougcot, Dutac aîné, Guery, Toillier, Munschim ♦
6° commission des antiquités (5 membres).
MM. Grillot, président; Laurent, Hogard, Dutac jeune ,
Beaurain.
membres titulaires résidant au chef-lieu.
MM.
De la Bergerie (O. if), préfet.
Beaurain , architecte.
Berher , entomologiste.
Briguel , professeur de philosophie.
Charton , chef de bureau à la préfecture.
Claudel , ancien notaire.
Déblayé (Sébastien) , propriétaire.
Derazey (Honoré), juge.
Drappier , docteur médecin.
Dutac aine , praticulteur.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
Dutac jeune , praticulteur.
DtsiIwiez , professeur de langue allemande.
Evoh fils , agronome.
Garnier , docteur médecin.
Génie , propriétaire.
Gley, imprimeur.
Grillot , architecte du département.
Guery , caissier à la recette générale.
Haxo, docteur médecin.
Hogaed , ' agent- voyer directeur.
Ladbent, directeur du musée départemental.
Lemarquis , procureur du Roi.
Leroy , avocat.
Mansion , inspecteur de l’instruction primaire.
Mathieu # , médecin vétérinaire.
Maud’heux , avocat.
Mougeot , percepteur.
Munschina ifc , conservateur des forêts.
Rochatte, ancien notaire.
Rüaijlt $ , propriétaire.
Sarazin , professeur des sciences physiques.
Toilliek, pharmacien.
MEMBRES ASSOCIÉS LIBRES RÉSIDANT DANS LE DÉPARTEMENT.
MM.
Chevreuse , docteur en médecine à Charmes.
Delpierrb, ancien président de la cour des comptes à Val-
froicourt.
Denis , juge de paix à Bains.
De fr an oux , contrôleur des contributions indirectes à Plom-
bières.
Demangeon , docteur médecin à Chamagne.
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200
ANNALES
Espée (de l’) , propriétaire à Charmes.
Frire , correspondant historique dn ministère à Remiremont.
Gard , sons-inspecteur forestier à Senones.
Gaudel , pharmacien à Bruyères.
Gaulard , professeur à Mirecourt.
Gerardgeorge , propriétaire aux' Forges.
Girardin , pharmacien à Neufch&teau.
Grandgeorge, notaire à Dompaire.
Grange , agriculteur à Monthureux-sur-Saône.
Guilgot-Brocard , fabricant de papier à Deyvillers.
Uennezel (d’), maire à Bettoncourt.
Houel , ancien principal à Saint-Dié.
Husson-Durand , marchand à Mirecourt.
Lallemand , curé de Dompaire.
Lenfant , président du comice agricole de Mirecourt.
Lequin, propriétaire à Lahayevaux.
Mamelet, médecin à Bulgnéville.
Merlin , ancien chef d’escadron d’artillerie à Bruyères.
Mougeot ^ , docteur médecin à Bruyères.
Mougeot fils, docteur médecin à Bruyères.
Peureux , maire à la Chapelle-aux-Bois.
Pruines (de) , maître de forges à Semouze (Xertigny).
Puton , naturaliste à Remiremout.
R es al , avocat à Dompaire.
Simon , principal et bibliothécaire à Saint-Dié.
Tocquaine , architecte à Remiremont.
Turcr , docteur médecin à Plombières.
membres correspondants.
MM.
Albert Montémont , homme de lettres à Paris.
Allon ville (C ,e d’) (O. $?) , ancien préfet de la Meurthe.
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201
DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION.
Ajltmayer , propriétaire à Saint-Avold.
Bazelaire (de) , attaché aa ministère des cultes à Paris.
Beaulieu , membre de la société des antiquaires de France.
Beaupré, juge au tribunal civil à Nancy.
Bégin , docteur en médecine à Metz.
Bergé , chef de bureau à l’administration des tabacs , à Paris.
Bergé , inspecteur des forêts à Chàlons-sur-Saône.
Berr (Michel) , membre de plusieurs sociétés savantes , à
Nancy.
Berthier , propriétaire de la ferme expérimentale de Boville.
Billig , garde à cheval des forêts à Saint-Menehould.
Billy (de) , ingénieur en chef des mines à Strasbourg.
Blajse (des Vosges), professeur d’économie politique à Paris.
Bonnafous , directeur du jardin royal de Turin.
Bonfils (de) >jft , ancien sous-préfet à Mirecourt.
Bonn* , ancien secrétaire de la société royale des anti-
quaires de France, membre de plusieurs sociétés savantes.
Boula de Coulombiers îfe , ancien préfet des Vosges.
Boulât (de la. Meurthe) , député des Vosges.
Braconrot, directeur du jardin botanique de Nancy.
Brssson # , conseiller à la cour de cassation.
Buffévent (de) , conservateur des forêts à Grenoble.
Cressant, directeur de la ferme expérimentale d’Artfenilk.
Cuynat, chirurgien-major en retraite à Dijon.
Cherrier (O. îfc) , ancien sous-préfet de Neufchàteau, à
Paris.
Collard ^ , ancien substitut du procureur général à ftancy. '
Colin , professeur au collège de Strasbourg.
Coriolis îjfc , ingénieur en chef des ponts et chaussées à Paris .
Demidoff (Anatole) , propriétaire de mines aux monts Oural
(Russie).
Denis père , membre de plusieurs sociétés savantes , à Com-
mercy (Meuse).
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203
ANNALES
Denis, médecin à Tool.
Didklot , conseiller à la cour royale à Paris.
Didion , ingénieur des ponts et chaussées à Niort.
Dombasle (Mathieu de) à Rouille.
Domphartin , docteur médecin à Dijon.
Doué , ingénieur des ponts et chaussées à Sa verne.
Fournel , professeur à Mets.
Gadel , ' procureur du Roi à Vie.
Géhin (dit Vérusmaur) , homme de lettres à Cherbourg.
Gillet , substitut du procureur du Roi à Nancy.
Gobron , ancien élève de Ro ville.
Godde de Liancourt, fondateur de la société des naufrages ,
à Paris.
Golbert (de) , conseiller à la cour royale de Colmar.
Guibal père, juge de paix à Nancy.
Hausmann , sous-intendant militaire en disponibilité.
Heioniéré , entreposeur des tabacs à Saint-Amand (Cher).
Hubert, naturaliste à Yverdun.
Joly, ingénieur des ponts et chaussées à la Martinique.
Kirschleger , professeur de botanique à Strasbourg. .
Lair , secrétaire perpétuel de la société royale d'agriculture
et de commerce à Caen.
Languey de Sivry, propriétaire à Arney-le-Duc (Côte-d’Or).
Lebesque , ancien professeur au collège d’Épinal.
Lejeune , ancien chef de bataillon du génie à Metz.
Levaillant de Bovent , ingénieur en chef à Besançon.
Lehr , ancien fabricant à Strasbourg.
Maimat , lieutenant au 2 * régiment de hussards.
Malgaine , médecin à Paris.
Maillier (de) ^ , officier supérieur d’artillerie à Metz.
Marant fils , cultivateur à Rimaucourt.
Martel , lieutenant au 5* régiment de hussards.
Masson , conseiller à la cour royale de Nancy.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 203
Maulbon d’Arbaumont & , ingénieur en chef des ponts et
chaussées & Vesoul.
Ménestrel , chirurgien aide-major au 21 e léger à Nantes.
Miabeck (de) , officier en retraite à Darbas.
Monicault (de) ^ , préfet à Evreux.
Monnier , propriétaire à Nancy.
Morel de Vindé , vicomte , pair de France , à Paris.
Nau de Champlocis , pair de France , préfet à Dijon,
Nodot, directeur du musée de Dijon.
Noël , ancien notaire à Nancy.
Qlhy , professeur à la faculté des lettres de Strasbourg.
Ottmann père , ancien capitaine d’artillerie à Strasbourg.
Pariset , secrétaire de l'académie royale de médecine.
Pensée , professeur de dessin à Orléans.
Péricaut de Gravillon , capitaine d’état -major à Paris,
Petot , ingénieur en chef des ponts et chaussées à Bour-
bon-Vendée,
Pierrard, ancien officier du génie à Verdun.
Pinet, avocat à la cour royale de Paris.
Piroux , directeur de l’institution des sourds-muets à Nancy.
Pradel (Eugène de), improvisateur à Paris.
Putegnat , docteur en médecine à Lunéville.
Puvis, président de la société d'agriculture de Bourg.
Biquet , médecin vétérinaire au 7 e dragons.
Salmon , procureur du Boi à Saint-Mihiel.
Saucerotte, médecin à Lunéville.
Simon , juge au tribunal civil à Metz.
Simonin , médecin de l’hospice civil à Nancy . '
Soyer- Villemet , secrétaire de la société centrale d’agri-
culture de Nancy, bibliothécaire en chef de la même ville.
ScHWEiGHceusER , professeur à la faculté des lettres de
Strasbourg , correspondant de l'institut , etc. , etc.
Sou lacroix , recteur de l’académie de Lyon.
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204
ANNALES
Thikbaut de Bernéaud , conservateur de la bibliothèqae
mazarine à Paris.
Thomas (d’Épinal) , professeur en Russie.
Toussaint, agriculteur à Stuttgard.
Turck , médecin à Paris.
Tubck ( Âmédée ) , fondateur de l’école d’agricultnre de
Sainte -Geneviève près Nancy.
Yarlet, médecin à Hagnenau.
Yergnaud-Bomagnési , négociant à Orléans.
Yial , conservateur des forêts à Chaumont.
Ville poix (de), ancien professeur d'agriculture à Ro ville.
FIN.
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TABLE DES MATIÈRES
DU
TOME y. — I e * CAHIER. — 1843.
Procès-verbal de la séance publique du 2 mai i 843 . ... 5
Discours d'ouverture , par M. de la Bergerie , préfet des
Vosges, président 7
Compte rendu des travaux de la Société depuis le 2 mai 1842
jusqu’au 2 mai 1 843 , par M. Leroy, avocat, membre titulaire. 18
Rapport sur la distribution des primes, par M. Brigue!,
secrétaire perpétuel 4°
Proclamation des médailles et mentions honorables . ... 65
Concours pour les années 1844 et suivantes 68
Mémoire sur la nature de la 6èvre typhoïde, par M. Turck,
membre associé libre 72
Récapitulation des objets dlhistoire naturelle déposés au
musée départemental des Vosges en 1842 — 1843, par
M. Mougeot, de Bruyères, membre associé libre. . . . n 3
La Prise de la ville et du chasteau d'Épinal , extrait commu-
niqué par M. Ballon , avocat à Paris 1 44
Mémoire sur les obstacles à l'amélioration de l'agriculture dans
les Vosges et à l'augmentation des bestiaux , par M. Turck ,
membre associé libre 1 53
Extrait d'une lettre écrite de Saïda à M. Mougeot , par
M. Gaillardot , membre correspondant 164
Discours prononcé pour l'inauguration à Domrémy de la
statue de Jeanne d'Arc, par M. de la Bergerie, préfet des
Vosges 170
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206 TABLE DES MATIERES.
État général des améliorations exécutées dans les forets
domaniales et communales des Vosges en i84? , par
M. Munschina , conservateur, membre titulaire. • . . 177
Examen des questions de morale pratique de M. Salmon ,
membre correspondant , par M. Mansion , membre titulaire. 1 83
L’ Amour de la patrie , poésie par M. Mansion , membre
titulaire 194
FIN DE LA TABLE.
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